Chypre est sur le point d’interrompre son programme offrant une voie rapide vers la citoyenneté et l’accès à un visa permettant de circuler dans toute l’Union européenne. Cette décision fait suite à une controverse au sujet de certains fonctionnaires d’État, qui auraient aidé des criminels condamnés à accéder à un passeport chypriote.

Mardi, la BBC a annoncé que Chypre suspendait son programme de « passeports dorés » qui permet aux personnes investissant un minimum de 2 millions d’euros dans le pays, généralement dans l’immobilier, d’obtenir la nationalité chypriote et de voyager sans visa dans les pays de l’Union européenne.

Cette suspension devrait entrer en vigueur le mois prochain. Elle intervient après que la chaîne de télévision Al Jazeera a filmé des fonctionnaires chypriotes faisant appel au programme pour aider un homme d’affaires chinois, inventé de toutes pièces par les journalistes, mais qui avait pourtant un casier judiciaire, afin de lui permettre de circuler dans l’UE.

Parmi les personnes filmées, on peut voir Demetris Syllouris, président du Parlement chypriote, qui propose d’user de son influence pour aider l’homme d’affaires chinois fictif. En tant que deuxième plus haut fonctionnaire de Chypre, il a déclaré qu’il se retirait de ses fonctions pendant qu’une enquête sur l’incident était en cours. Il devrait quitter son poste temporairement à partir du 19 octobre.

Dans une lettre d’excuses publiée mardi, Demetris Syllouris déclare qu’il est désolé pour « cette image déplaisante transmise au public chypriote… et tout bouleversement qu’elle a pu causer ».

L’incident a été mis en lumière deux mois après que l’unité d’enquête d’Al Jazeera a publié ce qu’elle appelle The Cyprus Papers, une investigation comprenant des centaines de documents fuités qui, selon le média, montrent que les fonctionnaires chypriotes ont régulièrement manqué à leur devoir de respecter les lois du pays, et ont permis à des criminels d’obtenir la citoyenneté.

À la publication des documents, Chypre a continué à défendre le programme, affirmant que dans l’ensemble, il y avait suffisamment de contrôles en place pour empêcher les criminels d’obtenir des « passeports dorés ».

Dans une déclaration publiée en ligne mardi, Maira Martini, experte en recherche et politique sur les flux monétaires corrompus du groupe de surveillance Transparency International EU, a estimé que l’incident mettait en évidence la manière dont les programmes de passeports et de visas dits « dorés » peuvent être exploités.

Selon elle : « L’enquête secrète publiée hier par Al Jazeera confirme une fois de plus ce que nous disons depuis des années : le risque […] que des fonctionnaires publics gèrent ces programmes est bien trop élevé et ils peuvent souvent être prêts à contourner les règles et les normes existantes pour attirer davantage d’investissements, quelle que soit l’origine des fonds ou les antécédents des demandeurs ».

L’experte poursuit : « Les allégations atteignent le plus haut niveau politique à Chypre et elles doivent également faire l’objet d’une enquête approfondie, sans aucune impunité pour les actes de corruption. Nous voulons voir une analyse correcte des passeports précédemment accordés et des révocations, le cas échéant ».

Elle déclare en fin de compte : « La seule option était de mettre fin au système. Ces dernières révélations sont la goutte d’eau qui fait déborder le vase dans l’affaire des passeports dorés de Chypre et viennent s’ajouter à la pression publique et politique croissante ».

Maira Martini conclut : « La preuve accablante est que le système de visas dorés du pays sert des intérêts corrompus, et non le peuple chypriote. L’annonce d’aujourd’hui est assurément un pas dans la bonne direction ».

 

Article traduit de Forbes US – Auteure : Chantal Da Silva

 

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