Ce jeudi, Lady Antebellum, groupe américain de country ayant remporté un Grammy Awards, a officiellement changé de nom pour celui de Lady A. Dans une longue déclaration expliquant ce changement, les membres du groupe ont admis qu’ils n’appréciaient pas complètement la douleur ressentie par ceux qui associaient, à juste titre, ce terme à la période esclavagiste avant la guerre de Sécession.

Dans un geste surprenant mais sincère, les membres du groupe (Hillary Scott, Dave Haywood et Charles Kelley) ont exprimé leur regret et leur embarras de ne pas avoir associé le mot « antebellum » à l’esclavage plus tôt. Une déclaration du groupe publiée sur les réseaux sociaux explique l’origine du nom, et la décision de le changer.


« Lorsque nous avons formé le groupe il y a quatorze ans, nous lui avons donné le nom de la maison de style ‘antebellum’ du sud où nous avons pris nos premières photos, » explique Lady A. « En tant que musiciens, cela nous rappelait à tous toute la musique née dans le sud qui a nous influencés notamment le southern rock, le blues, le R&B, le gospel et bien évidemment la country. »

« Cependant nous regrettons et nous sommes gênés de mentionner notre indifférence quant aux associations qui pèsent sur ce mot renvoyant à la période historique précédant la guerre de Sécession, notamment l’esclavage. Nous sommes profondément désolés pour le mal causé et pour toute personne qui ne s’est pas sentie en sécurité, vue et valorisée, » écrit le groupe. « Faire souffrir n’a jamais été l’intention de nos cœurs mais cela ne change pas le fait qu’effectivement cela a été le cas. Alors aujourd’hui nous prenons la parole et faisons la différence. »

Lady A
Charles Kelley, Hillary Scott et Dave Haywood (de gauche à droite) de Lady Antebellum se produisent sur scène lors du CMT Music Awards 2019 au Schermerhorn Symphony Center le 16 octobre 2019 à Nashville, dans le Tennessee.Source : Getty images.

Le changement de Lady A coïncide avec l’acceptation de certains des tournants les plus dramatiques et les plus rapides dans l’attitude américaine envers le racisme dans l’Histoire. Les manifestations, qui ont balayé la nation suite à la mort de George Floyd à la merci des agents de police de Minneapolis, ont secoué la nation et ont provoqué un examen de conscience profond chez plusieurs personnes sur le passé raciste du pays. Par la suite, chaque recoin de la société américaine a été prise par l’instant comme pour les leaders politiques, les célébrités et les sportifs qui doivent tenir compte de la façon dont leurs conduites ont renforcé le racisme institutionnel. Les ligues sportives comme la NFL et NASCAR s’occupent des anciennes politiques qui semblaient porter préjudice à la communauté afro-américaine. Même les grandes productions médiatiques ont été contraintes de présenter leurs excuses pour les actions du passé.

La Confédération comprenait le groupe d’Etats qui avait fait sécession aux États-Unis et déclenché la guerre civile. Cependant de manière plus radicale, l’association raciste et incendiaire, que représentaient ses vieux symboles de la Confédération auprès des afro-américains, a finalement été reconnue. L’initiative d’enlever les statues des héros de guerre, débat interminable aux États-Unis, s’accélère de manière exponentielle. Les ligues sportives comme NASCAR bannissent le drapeau de la Confédération à ses événements. Un changement de nom est envisagé pour les bases militaires portant le nom de généraux de guerre. Et même les films, comme Gone With the Wind oscarisé, seront temporairement enlevés des plateformes en ligne. Le changement de nom de Lady A est l’exemple le plus récent.

Et ce n’est que le début…

Un siècle et demi après la fin de la guerre de Sécession et de la réunification des États-Unis, l’Amérique est peut-être  finalement sur le point de venir à bout du travail inachevé de rapprochement et de guérison d’une nation divisée par le racisme. Malgré un effort de reconstruction après la guerre, l’Amérique n’a jamais vraiment fait amende honorable pour l’effet dévastateur de l’esclavage sur la nation et sur les descendants d’esclaves. En dépit du mouvement pour les droits civils des années 1950 et 1960 et des efforts continus déployés depuis pour parvenir à la justice raciale, les États-Unis n’ont jamais vraiment lutté contre le racisme institutionnel. Il demeure ancré dans leur société et incarné par une grande partie de leur culture. En échouant dans cette entreprise, le pays n’a pas vraiment accepté la responsabilité de leur bilan longtemps troublé en matière de racisme.

Et aujourd’hui, la nation traverse une période d’introspection dans le sillage de la mort de George Floyd, où chacun d’entre nous se met face à soi-même en se demandant ce qu’il est et comment pourrait-il être meilleur.

Le fait est que toute l’Amérique blanche devrait actuellement avoir son moment Lady Antebellum. Nous devrions nous demander comment nos actions et nos paroles ont pu perpétuer des stéréotypes, le racisme, ou d’autres expressions blessantes envers nos compatriotes américains qui sont afro-américains, amérindiens, ou des personnes de couleur. Nous devons profiter de ce moment pour nous demander ce que nous aurions pu faire mieux et ce que nous devons changer pour pouvoir faire mieux à l’avenir.

La déclaration de Lady A est un bon repère :

« Des angles morts dont nous ignorions même l’existence ont été révélés » affirme le groupe. « Après de nombreuses réflexions personnelles, discussions de groupe, prières et plusieurs conversations sincères avec certains de nos amis et collègues proches afro-américains, nous avons décidé d’enlever le mot “antebellum” de notre nom et de continuer en tant que Lady A, le surnom que nos fans nous ont donné presque dès le début. »

Lady Antebellum n’existe peut-être plus, mais le groupe continuera de jouer sous un nouveau nom, et peut-être même muni d’un nouvel état d’esprit qui le rendra plus accueillant et plus compréhensif qu’auparavant.

Prions pour que nous puissions dire la même chose de l’Amérique.

 

Article traduit de Forbes US – Auteur(e) : Seth Cohen

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