De nombreuses études en sciences comportementales montrent que nous ne comprenons que rarement les intentions de ceux qui nous entourent. Les malentendus sont en effet fréquents, que ce soit dans le contexte personnel ou professionnel.

Malheureusement, même si les intentions n’étaient pas forcément mauvaises à l’origine, un simple malentendu peut parfois avoir des conséquences graves sur la carrière. Si l’on prend en plus le risque de discuter de sujets controversés ou litigieux, la situation peut véritablement se corser.


Les sciences comportementales nous indiquent par exemple que nous avons tous des aprioris, et que ceux-ci sont inscrits au plus profond de nous-même. Bien souvent, notre cerveau fait des raccourcis et tire des conclusions rapidement pour économiser de l’énergie. Et quand nos émotions s’en mêlent, nous pouvons même déformer la réalité. Il suffit parfois d’un commentaire déplacé pour que la situation ne dégénère. 

Il faut donc surveiller son comportement pour ne pas aggraver les biais de nos interlocuteurs, notamment sur le lieu de travail. Voici donc 9 sujets à éviter avec vos collègues (que ce soit au bureau, à distance ou sur les réseaux sociaux) :

 

  1. Les élections présidentielles, la politique et la religion. Ici, la question ne se pose même pas. Bien souvent, les gens ont des positions arrêtées sur ces sujets. Il y a donc de fortes chances pour qu’ils ne soient jamais entièrement d’accord avec vous, malgré vos arguments. Des chercheurs de l’University College London ont par exemple trouvé que partager ses convictions politiques lors d’une conversation ne faisait souvent que consolider les convictions de son interlocuteur. Par ailleurs, d’autres études en sciences comportementales montrent que les débats politiques entraînent un jugement au sujet de son allocutaire, et peuvent nous rendre irrationnels, or la position de jugement peut entraîner une faiblesse mentale, aussi appelée biais de la tache aveugle (qui consiste à reconnaître l’impact des biais sur le jugement des autres, tout en omettant de voir l’impact des biais sur son propre jugement).

  2. Les origines ethniques et le genre. Si les discussions politiques ou religieuses sont une mauvaise idée au travail, il en va de même pour les questions ethniques et identitaires, puisqu’ils peuvent dévier sur les questions mentionnées ci-dessus que nous voulons éviter. Ces sujets tabous font intervenir le biais émotionnel, qui limite notre rationalité. Il va de soi que si les origines ethniques ou le genre représentent un véritable problème sur votre lieu de travail, engager la discussion peut aider à améliorer la situation. Mais ce genre d’intervention dépend lui-même des connaissances en sciences comportementales de celui qui l’entreprend. En entamant une discussion avec une approche normative ou accusatoire, vous pourriez faire plus de mal que de bien. Des études prouvent en revanche que le meilleur moyen de discuter de ces questions est de faire un exposé concret présentant une sélection de faits historiques et scientifiques à ce sujet, sans faire entrer en jeu les opinions personnelles.

  3. L’immigration. Les discussions autour de l’immigration se déroulent rarement sans que le sujet de l’emploi ne soit abordé. Cette question peut être une source d’angoisse pour nombre de vos collègues qui peuvent se sentir menacés, et c’est bien connu, le stress est mauvais pour la productivité. Ainsi, à moins que votre entreprise ne travaille directement dans l’un des secteurs mentionnés jusqu’à présent, mieux vaut éviter de les mettre sur la table.

  4. Les manifestations. À travers le monde, des milliers de personnes tentent de faire entendre leur voix en descendant dans le rue pour protester contre un régime politique, un conflit ou une oppression quelconque comme le mouvement Black Lives Matter qui secoue actuellement les États-Unis). Toutes ces motivations qui les poussent à aller manifester sont lourdes en bagage émotionnel, et peuvent faire intervenir le biais émotionnel, voire jouer sur la performance.

  5. La sexualité. À moins de travailler dans une clinique ou de vendre des produits ou services liés à la sexualité, ce sujet est à fuir. Des études nous montrent que les hommes et les femmes ne sont souvent pas sur la même longueur d’onde concernant leur attirance physique. En Norvège, des chercheurs ont par exemple remarqué que les hommes percevaient presque toujours une dimension sexuelle dans leurs relations, tandis que les femmes y voyaient une dimension amicale. Soyez donc sur vos gardes : les conversations tournant autour de la sexualité peuvent être mal perçues et mettre vos interlocuteurs dans l’embarras.

  6. Vos problèmes médicaux. Bien souvent les gens nous jugent en fonction de notre condition physique, et des recherches en sciences comportementales montrent que celui joue sur la manière dont ils perçoivent nos compétences. En règle générale, les leaders sont donc plus considérés comme tels s’ils sont en bonne santé et jouissent d’une condition physique optimale. Ainsi, le fait de donner trop de détails sur ses problèmes de santé pourrait dégrader la vision que vos collègues ou supérieurs ont de vous, et pourrait même vous faire louper une promotion. Cela dit, si votre position de leader est confirmée depuis un certain temps et que votre réussite est évident, votre santé ne sera plus associée à une faiblesse potentielle, mais à l’avenir de l’entreprise. Vos équipes seront inquiètes car elles comptent sur vous. Mais restez vigilants, ce n’est pas un sujet à aborder à la légère avec vos collègues.

  7. Vos problèmes financiers. Tout comme pour le point précédent, le sujet de l’argent peut dégrader la manière dont vos collègues valorisent vos compétences. En d’autres termes, partager ses problèmes financiers au travail (qui touchent sans doute le même salaire que vous) pourrait faire de vous le suspect no1 si quelque chose de valeur venait à manquer au bureau. Dans une étude menée sur des salariés américains, 52 % d’entre eux admettent avoir déjà volé quelque chose sur leur lieu de travail (et il y a de grandes chances pour qu’une partie des autres ne veuille pas l’admettre). Au sens large, discuter de vos problèmes d’argent peut pousser vos collègues à penser que vous gérez mal votre argent, ce qui révèle un certain degré d’incompétence.

  8. Vos collègues, vos supérieurs, la direction. Il va sans dire que le bureau n’est pas le bon endroit pour discuter de vos collaborateurs. Pourtant, nous sommes nombreux à le faire quand même. Si la situation s’y prête (évaluation d’un collègue, discussion de sa productivité avec la direction), vous serez invité à partager votre avis dans un cadre formel. Par ailleurs, si vos collègues autour de vous abordent ces questions avec vous, ne les coupez pas sèchement, invitez-les plutôt à changer de sujet.

  9. La pandémie de Covid-19. Ces derniers temps, la peur s’est installée dans notre quotidien, et le coronavirus en inquiète plus d’un. De plus, les experts de la santé et les hôpitaux craignent l’arrivée d’une deuxième vague, qui pourrait représenter un danger à long terme, bien au-delà des risques sanitaires. Sachez donc que chacun gère la situation de manière différente, et que bien souvent, la peur peut entraîner diverse réactions, comme l’irrationalité. Ainsi, n’adoptez pas de comportement de panique au bureau, avec vos collègues, car la dernière chose dont ils ont besoin pour travailler, c’est un environnement anxiogène.

 

Les sujets mentionnés ci-dessus couvrent une variété de conversations que vous devriez éviter, il est donc légitime que vous vous demandiez de quoi vous allez bien pouvoir parler à la pause café. En réalité, de nombreux sujets se prêtent bien aux discussions entre collègues et s’incluent pas de charge émotionnelle. Ceux-ci incluent par exemple :

  • Le travail, la tâche en cours. Après tout, c’est pour parler de ça que vous et vos collègues sont payés.
  • Vos animaux.
  • Les sujets liés aux enfants, mais pas les vôtres. En général, les gens n’apprécient pas vraiment les conversations centrées sur les enfants des autres. Mais des sujets génériques, comme l’école, sont acceptables.
  • Le sport.
  • Les sciences, mais pas les actualités litigieuses (comme le réchauffement climatique, l’avortement ou le transhumanisme).
  • La musique et l’art en général, tant que vous ne faites pas le snob.
  • La technologie, mais sans se plaindre des visioconférences.
  • La nourriture et la mode, mais sans se plaindre que vous mangez trop ou pas assez.
  • Tout sujet de discussion qui n’implique aucun biais émotionnel.

 

En conclusion, si nous ne sommes pas payés pour discuter de sujets controversés au travail, c’est peut-être pour une bonne raison. Certaines conversations peuvent être risquées et avoir des conséquences, dont il faut être conscient.

 

Article traduit de Forbes US – Auteur : Tony Ewing

 


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