Créer du lien social grâce à l’art et à la culture. Telle est la mission de Ce Que Mes Yeux Ont Vu, une entreprise solidaire qui organise des ateliers culturels avec les bénéficiaires d’associations et les salariés de grandes entreprises. Pour ces derniers, ces journées participent à la cohésion des équipes et permettent de leur faire changer de regard sur des publics fragilisés. Pour ces personnes, les ateliers ont pour objectif de leur ouvrir de nouveaux horizons. La jeune entreprise solidaire espère, grâce à l’art et la culture, favoriser l’inclusion sociale.

Des salariés d’entreprises. Des bénéficiaires d’associations. Et l’art et la culture pour unir les deux. Ce Que Mes Yeux Ont Vu est une entreprise solidaire qui organise des journées autour d’un projet culturel. « Nous proposons des ateliers artistiques à des associations telles qu’Aurore ou Emmaüs. Nous insérons ces briques culturelles dans les associations pour appréhender les problèmes sociaux de manière différente », expliquent les deux fondatrices de Ce Que Mes Yeux Ont Vu. « Dans le même temps, nous intervenons aussi en entreprise pour proposer aux salariés des journées d’engagement pour redonner du sens au travail. » Et entre ces deux mondes éloignés, presque étrangers l’un à l’autre, Stéphanie Merran et Sara Paubel en médiatrices, avec la culture comme outil pour créer du lien social.


Elles se sont rencontrées dans une autre vie. En début de carrière, quand rien ne les prédestinait à l’entrepreneuriat. Stéphanie Merran a suivi des études de lettres, en Italie et au Danemark. Avant de se lancer dans la muséologie. Sara Paubel a fait une classe prépa littéraire, et un DESS en édition, avant de travailler pour différentes maisons d’édition de livres pour enfants. Monumenta, l’exposition du Centre National des Arts Plastiques (CNAP) permet leur rencontre. « Un coup de foudre humain et professionnel dans un moment intense, fédérateur. »

Ce Que Mes Yeux Ont Vu

 

« Dans une grande entreprise, nous aurions été qualifiées d’intrapreneures », remarque Stéphanie. C’est au terme du CDD de Sara que les deux jeunes femmes décident de se lancer pour de bon ensemble. Avec cette idée force : « utiliser la culture comme outil, non comme une fin. »

Leur constat de départ est évident : « Dans la société, mais aussi en entreprise, nous sommes confrontés à l’isolement, au mal-être et à la perte de sens. » Elles se disent alors que ce qu’elles montaient dans des milieux très précaires, elles peuvent le déployer en entreprise.

Leurs ateliers sont construits avec les associations pour qu’ils répondent au mieux aux besoins de leurs bénéficiaires. Pour Sol En Si, elles ont ainsi organisé un atelier de danse avec des mères atteintes du VIH. En parallèle, elles interviennent dans les entreprises pour redonner du sens au travail en proposant aux collaborateurs de s’engager autour de projets à impact social et culturel. « Nous ne proposons surtout pas de l’occupationnel ! » Ni pour les uns, ni pour les autres.

Pied d’égalité

Ainsi, les cadres de BNP Paribas ont travaillé avec une association et un artiste à la réalisation d’une œuvre d’art. « Dans ce genre de situation, tout le monde est sur le même pied d’égalité. Car aucun d’entre eux n’est artiste. » De plus, l’œuvre a pour vocation de s’inscrire dans le temps. Comme pour laisser sa marque dans ces centres d’hébergement souvent impersonnels. Rien d’étonnant à ce que les deux jeunes femmes aient pris leurs quartiers à La Ruche des Grands Voisins, cet ancien hôpital réhabilité grâce à la force d’associations.

« Nous faisons de la médiation entre les entreprises et les associations pour que les premières ne se croient pas au supermarché, comprennent les besoins et les contraintes des bénéficiaires. » Avant la journée de création, le projet est construit avec l’artiste et les personnes fragilisées afin de créer une récurrence.

Chez Salesforce, les salariés disposent de six journées à dédier à des associations, mais bien souvent, les entreprises n’en proposent qu’une. Comment transformer cette expérience en apprentissage ? Pour aller au-delà de ces rencontres et de cette journée souvent qualifiée d’émouvante, Stéphanie et Sara ont mis au point un questionnaire et posent six fois la même question, le jour même, puis quelques jours et semaines plus tard : « avec quels éléments repartez-vous ? » « Les trois premières réponses sont dans l’émotionnel, puis les participants prennent de la distance et apportent des solutions. »

« Ces expériences sont transformantes pour le collaborateur. » Depuis leur lancement il y a un peu plus d’un an, les deux entrepreneures ont mis sur pieds 22 projets avec 17 entreprises et fait travailler une dizaine d’artistes. Des artistes évidemment rémunérés, pour créer un cercle vertueux. En 2018, elles souhaitent accélérer le nombre de projets, mais aussi en proposer sur le long terme comme c’est déjà le cas avec L’œil est la voix, ou la possibilité d’enregistrer des descriptifs d’œuvres d’art à destination des personnes mal-voyantes.