La Ruche est plus qu’un espace de co-working. Lieu de rencontre, incubateur et communauté dédiés à l’entrepreneuriat social, le réseau des Ruches a inauguré fin mai un nouvel espace de 3200m² au cœur du XXème arrondissement de Paris. Présente dans plusieurs villes de France, elle travaille à son essaimage en région et à l’international et proposera bientôt un site, sorte réseau social des entrepreneurs sociaux.

Au 5ème étage, sur l’immense terrasse d’un immeuble du XXème arrondissement, le bric-à-brac du quai de Jemmapes – sa petite cour intérieure arborée et ses mezzanines surchauffées – semble loin. Fin mai, La Ruche a inauguré rue de l’Est un nouvel espace de 3200 m² dédié à l’entrepreneuriat social. Dans le déménagement, certains fauteuils de cuir usés ont suivis, tout comme le vocabulaire – la salle de réunion est un « nid », la salle commune propose toujours un coin pour le « buzz », ce rendez-vous hebdomadaire qui permet aux co-workers de se rencontrer. L’esprit est toujours là : « entreprendre, innover, partager ».


Cofondé en 2008 par Bruno Humbert, La Ruche est plus qu’un simple espace de coworking. « C’est une communauté apprenante », indique Sophie Vannier, co-dirigeante du réseau des Ruches. Avec un point commun, l’économie positive. « Ici, les entrepreneurs développent des projets qui œuvrent à la création d’une société plus juste et plus durable », ajoute-t-elle en posant un mug de thé sur la table en bois de la cuisine commune. 140 entrepreneurs sont installés dans le nouvel espace, dans les anciens locaux d’un incubateur Paris&Co que La Ruche loue désormais à RIVP. Les projets, en résidence ou en incubation y sont variés, de la mobilité urbaine (Jaccede.com), au programme de lutte contre le surendettement (Crésus).

Incubation au cœur de Paris

« J’ai découvert qu’un festival gastronomique venait de changer de nom pour s’appeler Mmmh », annonce dans un sourire embarrassé Hugo Caffarel, cofondateur de la start-up Mmmh, première du nom. Sophie Vannier le redirige vers un co-worker qui a connu la même mésaventure. Finalistes en décembre 2016 du Digital Impact, concours proposé par Orange, partenaire de La Ruche depuis quatre ans, Maxime Patte et Hugo Caffarel bénéficient d’une incubation de dix mois à Paris XXème. Programme de mentoring, ouverture du réseau, formations et bureaux sont entièrement pris en charge. « Avant, on bossait de chez nous », se remémorent les deux jeunes entrepreneurs. « Ici, en plus des bureaux, on bénéficie d’un écosystème très particulier qui n’est pas uniquement composé de start-up. Il y a aussi des associations, des médias… », bref, une mine de rencontres.

ruche-bis / Sources La Ruche
L’incubateur Social Factory de La Ruche, c’est la possibilité d’être accompagné dès les premiers pas. « Nous les aidons à chercher leurs premiers partenaires, à trouver leurs premiers clients », ajoute Sophie Vannier. A terme, Paris XXème compte aider 60 jeunes pousses, à raison de dix entrepreneurs par promotion. Autre programme, spécialement conçu pour les femmes : Les Audacieuses intégrera en septembre sa troisième promotion. À La Ruche, l’incubation se fait sans angélisme. « Nous ne sommes pas des ‘pousse-au-crime’ », précise Bruno Humbert. « Notre philosophie n’est pas celle du ‘tous entrepreneurs’, mais il y a un changement de société avec une tendance lourde : ‘si tu ne t’aides pas, le ciel ne t’aidera pas’. Donc l’accompagnement est indispensable ! »

Des déploiements en région et à l’international

Un accompagnement – et un esprit – que le cofondateur de La Ruche souhaite voir se développer en région, et à l’international. La communauté regroupe aujourd’hui 500 porteurs de projets, dont les 140 entrepreneurs installés rue de l’Est (Paris XXème). Les autres sont accueillis dans les Ruches réparties sur le territoire (Montreuil, Bordeaux, Marseille, Paris Denfert). En dix ans, le réseau s’est agrandit, mais Bruno Humbert n’aime pas le terme d’essaimage. « Chaque Ruche est une réponse locale. Quels sont les enjeux de ce territoire ? Ce n’est pas Paris XXème qui débarque. Les solutions doivent émerger du bas et nous jouons notre rôle de communauté bienveillance. » Pour aider la ruralité, les Ruches seront en collaboration avec les missions locales. Il précise que les Ruches existantes, celles en création (Nice, Picardie, Saint-Nazaire…) et les deux temporaires (Clichy, Les Grands Voisins) sont très souvent montées par un service civique, formé à La Ruche parisienne. Une sorte de passage de témoin. Fort de ce modèle vertueux, La Ruche a récemment été contacté par le Maroc. « Ils souhaitaient ouvrir vingt Ruches d’un coup », s’étonne Bruno Humbert. « L’idée est d’abord d’en ouvrir une première, voire comment ça fonctionne, et ensuite de réfléchir au maillage territorial. »

Le Village, un réseau social de l’entrepreneuriat social

Si la création du premier espace de co-working est venue de cette idée de permettre la rencontre et l’entraide entre innovateurs, La Ruche, ayant grandi depuis, compte aller plus loin. « Les échanges fonctionnent très bien à l’intérieur d’une même Ruche », souligne Bruno humbert. « Mais nous avons remarqué qu’il était parfois difficile de permettre aux entrepreneurs de Ruches différentes de se rencontrer. » À la rentrée, un site internet, Le Village, sera ainsi mis à disposition des entrepreneurs. « L’idée est de leur proposer de créer des fiches profil en donnant leur expérience, leurs disponibilités pour aider et répondre aux questions de la communauté, donner des conseils… » Une sorte de réseau social des entrepreneurs sociaux, et des salariés qui souhaitent se lancer dans l’intrapreneuriat. Un moyen de plus de faciliter les connections et favoriser l’entrepreneuriat social.