Comme il est étrange d’allier émotions et innovation de nos jours quand on entend souvent le terme “innovation” accompagné de mots clés très technologiques ou économiques. On parle volontiers de performance et bien souvent toutes les notions de développement économique sont totalement dénuées des émotions qui nous traversent pourtant tous et qui sont souvent au cœur de nombreuses décisions, que ce soit assumé ou non! L’être humain est un être émotionnel avant d’être un adepte du développement économique. De quelles émotions parle-t-on ? Les émotions universelles sont au nombre de 4 : la peur, la colère, la tristesse et enfin, la joie !

Si la croissance de chiffre d’affaires est un moteur souvent cité pour motiver l’innovation, c’est une façon, certainement plus acceptable professionnellement, de ne pas révéler le fondement de la motivation première. Pourquoi est-ce nécessaire et important en effet de faire progresser son chiffre d’affaires ? Le plus souvent, c’est pour que l’entreprise soit pérenne. Mais au final, qu’est-ce que permet une entreprise pérenne ? Ni plus ni moins qu’une forme de sécurité pour ses dirigeants et salariés, et ce bien avant le besoin de se sentir utile. Quelle émotion est alors nourrie par le sentiment de sécurité ? Il s’avère que la sécurité amoindrit la peur et la tristesse, pour augmenter potentiellement la joie (qui se traduirait par la fierté d’appartenance à cette entreprise pérenne par exemple).


Finalement, est-ce que toutes nos actions quotidiennes ne seraient pas dirigées par ce besoin d’avoir moins peur, d’être moins triste ou en colère? Et pour les plus chanceux, d’être plus joyeux, voire de répandre la joie autour de soi? De là à dire que la joie devrait être un moteur central de l’innovation, il n’y a qu’un pas, puisque la joie contribuerait à diminuer la peur, la tristesse, la colère. Se concentrer sur la joie comme émotion quand on innove, c’est implicitement intégrer la notion d’empathie, pour comprendre ce qui rend joyeux autrui.

Aussi, la joie qu’apporte une innovation devrait être un paramètre incontournable qui permette d’apprécier réellement son utilité. Mais aussi son caractère responsable et respectueux de l’environnement si l’on transpose cette réflexion jusqu’à rendre “heureux” son environnement ! Les bienfaits sociétaux de ce type d’innovations devraient contribuer à progressivement transformer la société en un écosystème plus équilibré et harmonieux tant la joie pourrait être pleinement assumée. Cela ressemble à de la science-fiction tant le français moyen est réputé pour être un râleur (comprendre ici que l’émotion prédominante en France serait la colère, probablement nourrie par la peur et la tristesse).  Parler de joie en affaires ou en économie ne fait pas très sérieux, convenons-en… ou pas.

Posez-vous cette question : qu’est-ce qui vous apporte de la joie quotidiennement ? Si vous ne trouvez rien, vous prendrez conscience que quelque chose ne vas pas…Si vous parvenez à identifier vos joies, vous saurez d’autant mieux les apprécier. Il y a ensuite fort à parier que vous verrez progressivement le monde qui vous entoure de façon bien différente.

Bien entendu, la révolution de la joie doit passer par une reconnaissance de l’importance des émotions comme moteur de nos actions. Il s’agit d’abord d’une prise de conscience individuelle, qui aurait pour ambition d’imprégner lentement, mais sûrement, la conscience collective.  

Qui n’a pas envie d’être plus joyeux ? Toute innovation qui nourrit cette émotion ne serait-elle pas plus facilement adoptée ? Est-ce finalement si utopique et inconvenant de dire qu’innover consisterait à réfléchir à comment apporter plus de bonheur alentour ? Les façons d’y parvenir sont nombreuses. Réfléchissez à ce qui motive chacun de vos achats. Vous comprendrez rapidement que derrière chaque achat se cache une émotion : réduire un inconfort émotionnel (peur, tristesse, colère) ou augmenter son confort émotionnel (joie). Chacun connaît le marketing de la peur… A quand le marketing de la joie véritable ? Le niveau de qualité de la joie proposée devrait également progresser. Aujourd’hui, acquérir un nouveau produit peut nourrir différents besoins (se rassurer, afficher son niveau social, se sécuriser…) pour apporter un confort provisoire ou durable, parfois tout à fait égotique. Ce confort, même s’il n’est que physique, est directement lié à un besoin émotionnel. Chaque étage de la célèbre pyramide de Maslow est sous-tendu par ces émotions universelles.

Repensons aussi à la crise sanitaire actuelle. Chaque action, des gouvernants comme des citoyens, a été impulsée par l’émotion, en premier lieu la peur (de mourir, d’être considéré responsable, d’être contaminé, etc.), puis les émotions qui s’y associent rapidement telles que la colère (vagues de complotisme, de haine) ou la tristesse (forme de dépression, d’impuissance). Selon l’éducation et le parcours de chacun, chaque événement ne suscitera ni la même émotion, ni la même réaction. N’est-ce pas ce qui nous rend complexes et intéressants?

La joie, à y réfléchir, n’est réellement prise en compte que dans certains secteurs qui s’y prêtent facilement : l’art, la culture en général, le tourisme, la restauration, les loisirs, le bien-être, la mode et même l’automobile… Mais encore trop peu dans le secteur médical, de l’accompagnement des personnes fragiles, fragilisées ou des seniors, ou encore la politique (!) par exemple. 

Le moteur de la joie (véritable et non d’apparat) reste encore peu travaillé alors qu’il s’agit de l’émotion la plus fédératrice. Cela pose in fine de nombreuses questions sur l’évolution de notre société et de ses aspirations profondes. Quand cette émotion sera davantage mise en avant, quand le marketing chantera bien plus souvent l’ode à la joie, il y a fort à parier que nous aurons collectivement progressé vers une société désirable. La plupart des problèmes qui nous minent ne nous mineraient plus. Soit parce qu’ils auront été réglés, soit, à défaut, parce que nous aurons appris à les accepter pour ce qu’ils sont et à vivre en paix avec (solution du vieux sage)…

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