Est-ce que tout ce battage médiatique autour de la méditation de pleine conscience (ou mindfulness) est justifié ? Dans son dernier livre, Altered Traits, Richard Davidson, neuroscientifique américain, révèle comment méditer change en profondeur notre esprit, notre cerveau et notre corps.

À condition d’être pratiquée régulièrement, la méditation de pleine conscience peut avoir cinq impacts profonds sur nous :


1. La méditation améliore notre résilience face au stress Selon les recherches du Pr Davidson, les pratiques régulières méditatives atténuent l’activité de notre amygdale (la vigie de nos émotions dans notre cerveau limbique) et augmentent les liaisons entre elle et le cortex préfrontal. Nous devenons moins réactifs au stress et plus rapides à en sortir.

2. La méditation augmente notre sentiment de compassion envers autrui La plupart d’entre nous sommes capables de ressentir de la compassion, mais aussi de souffrir lorsque nous voyons les autres souffrir, pouvant entrainer chez nous un état de paralysie ou d’inhibition. Les études montrent que la pratique de la méditation dite de « l’amour bienveillant » augmente notre volonté d’agir pour soulager la souffrance des autres. Elle diminue l’activité de l’amygdale face à la souffrance, tout en activant des circuits dans le cerveau liés aux bons sentiments.

3. La méditation augmente notre capacité de concentration et d’attention Rien d’étonnant à ce que la méditation affecte l’attention, car de nombreux exercices méditatifs se concentrent sur cette compétence. Les chercheurs ont constaté que la méditation contribue à lutter contre l’habituation (tendance à cesser de prêter attention aux nouvelles informations qui surviennent dans notre environnement). Des études ont montré que l’amélioration de l’attention semble durer jusqu’à cinq ans après un programme de mindfulness, suggérant ainsi que des changements de nos traits de caractère sont possibles. Ce bénéfice de la méditation est particulièrement important, car il agit sur ce qui nous rend efficace : meilleur apprentissage, vision créative, perspective d’un projet jusqu’à son terme.

4. La méditation améliore certains marqueurs de notre santé De nombreuses preuves existent montrant les bénéfices de la méditation sur notre santé (réduction de la douleur, par exemple). Par ailleurs, il existe des preuves solides de l’impact de la méditation sur les indicateurs physiologiques de la santé. Ainsi, la pratique méditative à long terme diminuerait la réponse inflammatoire chez les personnes sous stress psychologique. En outre, les méditants semblent activer la télomérase (enzyme impliquée dans une vie cellulaire plus longue), donc augmenterait leur longévité.

5. La méditation nous aide à nous sentir plus sereins et moins centrés sur nous mêmes Selon les études, l’activité de notre « réseau par défaut » (partie du cerveau qui, lorsqu’elle n’est pas occupée par une activité ciblée, entraine la rumination anxiogène de nos pensées, sentiments et expériences désagréables) se calme chez les méditants expérimentés, suggérant que nous nous apitoyons moins sur nous-mêmes et notre place dans le monde. Les méditants réguliers semblent également avoir des noyaux accumbens plus petits (partie du cerveau associée au plaisir, mais aussi aux addictions). Selon les auteurs, ces régions du cerveau confirment très probablement ce que les textes bouddhistes traditionnels considèrent comme les causes profondes de la souffrance : l’attachement  et l’aversion, quand l’esprit se fige pour désirer quelque chose ou se débarrasser de quelque  chose de désagréable.

Méditer faciliterait la transformation de nos organisations

Les entreprises proposant un programme de méditation en pleine conscience sont de plus en plus nombreuses. Si la raison première qui les y pousse demeure la santé de leurs collaborateurs (lutte contre le stress), on commence à évoquer  les vertus de la pratique notamment dans la facilitation des transformations perpétuelles que vivent les entreprises. Ainsi, plus de 3 000 collaborateurs de SAP ont suivi un programme  de mindfulness. Peter Bostelmann, directeur  en charge des programmes, insiste sur l’objectif d’aider à changer la culture de l’entreprise (plus innovante, plus centrée « services »). Il semble que l’empathie devienne une compétence socio-émotionnelle majeure dans le succès des transformations organisationnelles afin de mieux appréhender les nouvelles façons de penser, de travailler et les émotions associées. Or, la pratique de mindfulness renforcerait cette capacité d’entrer en résonance affective avec les sentiments d’autrui, selon une recherche menée en France.

Est-ce qu’un programme d’entraînement au leader positif (combinant pratiques de pleine conscience, de psychologie positive et de neurosciences) permet aux leaders de gagner en attention, empathie, altruisme et à leurs collaborateurs, par contagion positive, de se sentir plus reconnus, engagés et coopératifs ? Nous avons comparé les résultats d’un groupe de managers ayant suivi ce programme et les perceptions de leurs collaborateurs avec ceux d’un autre groupe contrôle de managers et de leurs collaborateurs.
Cette étude (cf. graphique) montre qu’après seulement dix semaines d’entraînement (à raison de 1 h 30 par semaine en groupe et des pratiques méditatives individuelles entre les sessions), les managers ont développé de manière statistiquement significative plus d’altruisme perçu par leurs collaborateurs, qui se sentent plus aidés et mieux considérés. Cette perception d’altruisme chez leur manager déclenche un sentiment de justice informationnelle chez les collaborateurs (« mon manager communique de manière claire, franche, adaptée avec moi »). Et ce sentiment  de justice renforce chez eux l’engagement affectif envers leur entreprise.

Ainsi, développer des qualités de générosité et d’altruisme pour un leader, par la pratique de mindfulness régulière, entraine in fine plus d’engagement émotionnel chez ses collaborateurs. Une transformation personnelle vertueuse qui faciliterait aussi la transformation de l’entreprise en atténuant les charges émotionnelles associées.

 

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Par Yves Le Bihan, Président de l’Institut Français du Leadership Positif et Coach de dirigeants