[Mise à jour du 31 mai, avec l’annonce de la levée de fonds, d’un article initialement publié le 27 février 2018]

La start-up Klaxoon, qui propose des outils de gestion de travail en équipe annonce en cette fin de mois de mai, une levée de fonds de 50 millions de dollars auprès d’Idinvest et bpifrance (à travers le fonds Ambition numérique), Sofiouest et du fonds américain White Star Capital. L’entreprise rennaise annonce plus d’un millions d’utilisateurs dans 1 500 organisations. Avec cette nouvelle levée, Klaxoon espère accélérer son implantation en Europe et en Amérique du Nord, et développer de nouveaux produits. 

 


Des réunions matin, midi, et soir. Par service, de groupe, de travail. Dans les entreprises, les salariés passent – et perdent – leur temps en réunion. Beaucoup de temps. Environ quatre semaines par an, (et plus de six pour les cadres) selon un sondage OpinionWay de 2017. La moitié sont considérées comme productives, et seule une réunion sur quatre permettrait d’aboutir à une prise de décision. Plus que des moments propices aux choix, les réunions deviennent, dans de nombreuses structures, des temps de paroles. Qui pour exposer ses résultats, qui pour insuffler sa vision, qui pour imposer des changements, qui pour faire acte de présence… Quid de la stratégie de l’entreprise, de l’intelligence collective, de l’écoute de chacun, de la participation de tous ? Pour casser cette routine de la réunionite – cette tendance à multiplier inutilement le nombre de meetings – et pour instiguer une nouvelle approche plus collaborative de la réunion, la start-up Klaxoon conçoit des outils pour développer l’engagement de chaque participant.

Au fonds d’une cours parisienne, derrière une porte vitrée se déploie un espace de présentation occupé par la start-up Klaxoon. Les couleurs sont criardes, la bande sonore est dynamique, et les espaces sont chaleureux, propices au travail en petit comité. Depuis décembre dernier, la start-up fondée en mars 2015 s’expose à ses potentiels futurs clients. Les entreprises, notamment, viennent y découvrir les outils d’intelligence collective qui vont transformer la vie du bureau. Terminé le temps des échanges de messages entre collègues, de petits sommes au coin du radiateur ou des partis de Sudoku pendant la présentation du patron.

Découverte des méthodes agiles

Aux murs du « Klaxoon store », des sortes de tableaux blancs amovibles sur lesquels écrire et dessiner. Un écran, sur pieds et roulettes avec « box » Klaxoon intégrée. Semblable aux « box » des opérateurs Internet, celle-ci permet de travailler à plusieurs sur un même outil en étant relié à l’engin, mais hors connexion, pour préserver la confidentialité des entreprises. Un point essentiel, souligne Matthieu Beucher, fondateur de la jeune pousse.

Cet ingénieur Télécom, passionné de logiciel, commence sa carrière chez Daimler. « En 2003, nous travaillions déjà sur le véhicule autonome », raconte-t-il. Trop tôt peut-être, le projet est arrêté l’année suivante, et Matthieu Beucher rentre en France, où il intègre Valeo à un poste de management. Le jeune homme se retrouve alors à Dijon, à gérer un tiers de l’équipe d’une usine. « Nous étions sur un produit old school, mais nous faisions sept réunions par jour, de moins de trente minutes chacune, avec tous les métiers, et tout se passait très naturellement. J’ai découverts à ce moment-là les méthodes agiles, directement inspirées du lean management de Toyota. Un coup de cœur. »

Démocratiser les méthodes agiles

L’entrepreneur retourne s’installer à Rennes, d’où il est originaire, pour monter une entreprise de consulting dont le rôle est d’installer les méthodes agiles dans les usines. Un premier pivot en 2009 pousse l’entreprise à se transformer en structure permettant de coupler agilité et numérique. Puis en 2014, une équipe de designers informatique se structure. « Ce que nous faisions sur mesure pour les entreprises, nous décidons alors de le faire dans le produit », indique Matthieu Beucher. Pour lui, la mission de Klaxoon est de « démocratiser les méthodes agiles au travers de solutions accessibles ». Ainsi, les différents outils, qui couvrent une trentaine d’usages au total, permettent de rendre la prise de parole plus fluide, d’augmenter la participation collaborative… « En réunion, il y a deux problèmes principaux », diagnostique le fondateur : « certaines personnes ont des difficultés à exprimer clairement ce qu’elles pensent, et en face, il y a un problème d’écoute. »

Matthieu Beucher l’assure, il ne s’agit pas d’un outil supplémentaire qui vient s’ajouter à l’intranet, au réseau social d’entreprise et autres. Pour la simple raison que la plate-forme est une solution web qui ne demande aucune installation et ne nécessite qu’un code d’accès. En utilisation wifi ou en utilisation box, l’ensemble des données sont cryptées.

La suite d’applications Klaxoon est construite par 150 salariés, dont 40 en recherche et développement, pour 1 500 clients, soit 600 000 utilisateurs uniques dans 120 pays, dont 50% de grands groupes et 90% du Cac 40. Le tout, en presque auto financement. L’entreprise tourne grâce à un abonnement de 19 euros par mois et par salariés utilisateur pour les outils, et un abonnement de 99 euros mensuels pour la box. En septembre 2016, l’entreprise a levé 2,9 millions d’euros pour accélérer son déploiement à l’international avec l’ouverture d’un bureau à New York en mars 2017 où les américains ont l’habitude de travailler régulièrement de chez eux. « La diffusion de l’outil se passe souvent par les employés », a remarqué Matthieu Beucher. « Les entreprises viennent prendre un abonnement chez nous après s’être rendues compte que de nombreux salariés nous utilisaient déjà. »