L’Executive MBA (EMBA) s’adresse aux cadres à haut potentiel, ayant entre 8 et 15 ans d’expérience, désireux d’accélérer leur carrière ou de changer de cap. Cette formation continue, qui se déroule sur 18 à 24 mois en parallèle d’une activité professionnelle, offre la possibilité de donner un caractère international à un curriculum vitae déjà bien remplis et d’accéder à des postes de direction. Témoignages.

Cocorico ! Loin devant Harvard, qui a pourtant créée les Master of Business Administration (MBA) en 1908, le premier MBA mondial est français. Selon le classement réalisé début janvier 2017 par le Financial Times, l’INSEAD (l’Institut européen d’administration des affaires) arrive en tête pour la deuxième année consécutive. L’établissement devance les universités américaines de Stanford, l’University of Pennsylvania Wharton et Harvard Business School. Les critères retenus pour réaliser ce classement sont notamment le salaire annuel trois ans après la sortie, la progression de carrière, la diversité internationale et la parité. Côté français, loin derrière la première place de l’INSEAD, HEC passe de la 15ème à la 20ème, l’Edhec fait le chemin inverse en passant de la 84ème à la 74ème, et enfin, dernière française, l’EM Grenoble passe de la 94ème à la 92ème position.


MBA vs EMBA

Attention, MBA et Executive MBA (EMBA), ce n’est pas la même chose. « Notre EMBA se différencie notamment par la séniorité de nos étudiants », indique Nathalie Lugagne, professeure affiliée et directrice déléguée de l’Executive MBA de HEC. « Ils ont au minimum huit, et plus souvent dix à quinze ans d’expérience. Et ils ont une quarantaine d’années quand nos étudiants du MBA ont autour de 30 ans. » En effet, les MBA s’adressent aux cadres à haut potentiel en début de carrière en leur proposant un diplôme international dans les domaines du marketing, de la finance, du management, ou des ressources humaines. Le profil de ces étudiants correspond à des personnes ayant envie de d’avancer rapidement dans leur carrière, notamment en changeant de domaine. De leur côté, les Executive MBA s’adressent à des cadres plus expérimentés. « Pour l’EMBA nous mettons l’accent sur la stratégie et la mise en œuvre du leadership car nous nous adressons à des personnes amenées à prendre des postes de direction ou qui ont pour ambition de créer leur entreprise », précise Nathalie Lugagne.   

Meilleurs-Masters.com a réalisé le top 20 des Executive MBA part time français en 2017 selon trois critères : la notoriété de la formation, le salaire à la sortie, et le retour d’expérience des étudiants. Premier du classement, l’executive MBA Paris-Dauphine ESG-UQAM. Juste derrière, toujours sur le podium, INSEAD global executive MBA et l’executive MBA de HEC. Suivent les formations proposées par l’ESSEC, l’ESCP Europe et l’EM Lyon.

Le profil type est un homme (85%), entre 35 et 49 ans (90%), ayant déjà entre 10 et 15 ans d’expérience (38%) et appartenant à la direction générale d’une entreprise (17%) ou informatique (15%) et R&D (15%). À la sortie de la formation, 51% d’entre eux a bénéficié d’un nouvel emploi et 63% d’une augmentation salariale, selon une enquête réalisée par TNS Analysis sur les étudiants des promotions 2013-2015 de l’Executive MBA de Paris-Dauphine.

S’enrichir des autres

Chez HEC, l’étudiant de l’executive MBA a 40 ans et 15 ans d’expérience. 25% travaillent dans le management général, 18% dans la vente et le business développement. À l’issue de la formation, 44% d’entre eux créent leur propre entreprise. C’est le cas de Phil Waknell de la promotion 2008-2010 de l’EMBA de HEC. Alors directeur commercial Europe chez Hewlett Packard, il convient avec son entreprise d’intégrer la formation. « J’avais besoin de combler certaines failles en finance et direction », indique l’ancien élève particulièrement séduit par une question posée en entretien par le jury. « Qu’allez-vous apporter aux autres étudiants ? ». Le britannique propose de courtes présentations en Anglais à chaque début de cours. « Mes camarades de promotion m’ont alors tous dit que c’était ce que je faisais de mieux. » Ni une, ni deux, avant la fin de la formation, Phil Waknell quitte Hewlett Packard et crée son entreprise, Ideas on stage, dont l’objectif est de permettre à ses clients de « réussir leur présentation ». Avec son associé, spécialiste du design des présentations, ils s’attaquent en France au marché de la préparation des conférences TED et des pitchs de start-up. « Mes camarades m’ont permis de comprendre quels étaient mes talents et ma vraie passion », remarque-t-il. Un élément souligné par Nathalie Lugagne, directrice déléguée du EMBA de HEC : « l’apprentissage par les pairs, c’est la moitié de l’enseignement car il y a 500 heures de présentiel, et autant en groupe. » Même discours à l’ESSEC. Selon un ancien étudiant, « ils ne sont pas à la recherche d’opportunistes, mais de personnes qui ont envie de changement et veulent apprendre des autres. »

Attention à la vie de famille

Si plusieurs formats d’EMBA sont proposés – cours en fin de semaine, un jour par semaine ou par blocs répartis durant les 24 mois – tous les EMBA ont en commun la charge de travail personnel et collective. « Je lisais 200 pages par semaine », calcule Pascal Belaud, chez Microsoft depuis 1998 et au profil « très technique ». En 2011, après plus d’un an de réflexion, il intègre l’EMBA de l’ESSEC.  « Pendant un an et demi, ni week-end, ni vacances. Je travaillais chez Microsoft de 8h30 à 20h, puis de 21 à 2h du matin j’étais en conf call avec mes camarades de promotion pour effectuer nos case studies. » Un rythme soutenu à prendre en compte. « J’’avais anticipé la quantité de travail, je savais quel serait le rythme », souligne Pascal Belaud qui a rencontré de nombreux alumni en amont. Selon cet ancien étudiant, « aux Etats-Unis, environ 50% des personnes qui se lancent dans un EMBA divorcent avant la fin, et le tiers se met avec une personne de la promotion. » Sorti en octobre 2012 de l’EMBA, Pascal Belaud a été débauché en interne et a géré pendant deux ans une équipe de vingt personnes. En 2015, il s’est installé avec sa famille aux Etats-Unis : après avoir été directeur commercial des produits Microsoft à destination des entreprises pour la zone de New York, il gère aujourd’hui toute la partie est des Etats-Unis, du nord au sud.

« S’il faut lever le pied sur un de ces trois éléments (famille, cours, travail), cela ne peut être que sur le travail », souligne Phil Waknell qui a suivi l’EMBA de HEC. « J’ai eu la chance d’avoir le soutien de mon entreprise qui comprenait que j’avais besoin de me concentrer sur l’apprentissage », indique-t-il. De 8h à 10h il se concentrait sur ses cours, puis de 10 à 20h il était au bureau et quand il était en semaine de cours à HEC il n’était plus joignable par son entreprise.

Expérience de transformation

Phil Waknell constate que « les entreprises sont de plus en plus frileuses à financer les EMBA car les personnes qui suivent ces formations veulent ensuite changer de carrière ou quittent l’entreprise », comme cela a été le cas pour lui. Et les cursus sont onéreux : plus de 45 000 euros à l’ESSEC, près de 70 000 euros à HEC. Mais il précise, « si une personne a décidé de faire un executive MBA, cela signifie qu’elle partira de toute façon. » À ce prix, surtout s’il le finance sur ses propres deniers comme cela a été le cas de Pascal Belaud qui a contracté un prêt, l’étudiant doit s’investir pleinement. « La pire approche est de se dire : « ça fera bien sur le CV », met en garde l’ancien de l’EMBA de l’ESSEC. « On ne s’achète pas un diplôme ! », ajoute-t-il.

La sélection est donc à l’image de ces parcours, très exigeante. « C’est une expérience de transformation », souligne Nathalie Lugagne de HEC. « Les personnes ne sont pas les mêmes avant et après. Si l’entreprise ne sait pas répondre aux nouvelles attentes, il y aura de la frustration de la part du salarié. » En effet, l’EMBA engage un « changement profond », selon Pascal Belaud, « sur le plan professionnel et personnel ». L’ancien élève de l’ESSEC indique par exemple avoir « pris de la profondeur de réflexion » qui lui permet d’avoir un poste de direction. Il l’affirme, au cours de ses entretiens en interne pour gravir les échelons de Microsoft, il n’a jamais eu besoin de préciser qu’il avait fait un executive MBA. « Ce n’est pas la peine, ça se voit. »