Smartphone en main, les cinq sens en éveil, le sourire jusqu’aux oreilles, la reporter Saliha Hadj-Djilani sillonne la planète pour défricher les destinations maintes fois explorées, que l’on croyait dépourvues de tout mystère. Ses carnets de voyage pour Beur FM ou Le Petit Futé, l’une des publications francophones les plus lues, sont riches de rencontres humaines et de découvertes renversantes. Celle qui, à quatre ans déjà, prévenait son monde que voyager serait « son métier », a réussi à nous dépayser même pendant le confinement avec les Podtrips de Saliha. Cet été, elle nous donne rendez-vous sur RMC pour des chroniques matinales inspirantes.

Vous écrivez pour Le Petit Futé, l’une des publications francophones les plus lues de la planète. Est-ce aujourd’hui un challenge, plus qu’hier, d’embarquer les voyageurs 2.0 dans l’Atlas du monde ? Un monde devenu à portée de clics… 


S.H-D : C’est très juste comme remarque, mais Le Petit Futé a toujours été très fort sur le digital avec un site Internet avant-gardiste qui fournit tout le contenu de ses guides gratuitement en ligne et des guides papiers toujours disponibles également en version digitale. C’est pourquoi j’aime travailler pour eux, ils ont toujours un pas d’avance sur les autres et ils sont souvent plus créatifs et audacieux. Pendant le confinement, ils ont par exemple eu l’idée de faire des guides « 100 km autour de… » Paris, Nantes, ou Lille, soit 12 grandes villes de France, uniquement en version digitale et entièrement gratuits. Et s’ils ont pu le faire, c’est que justement, ils maîtrisent très bien l’outil numérique. Quelle aubaine à un moment où toutes les librairies étaient fermées ! 

Comment concevoir le guide exhaustif d’un pays quand il s’agit d’aborder des contrées gigantesques à l’image de la Russie, de la Chine ou de l’Australie ? 

S.H-D : C’est un vrai challenge en effet… Mais un guide ne peut pas tout contenir en réalité, au risque sinon de verser dans l’encyclopédie et in fine d’alourdir le sac à dos du globe-trotter ! De fait, on se concentre sur l’essentiel des zones touristiques avec une partie hors des sentiers battus pour dénicher les vraies pépites du pays. Dans cette optique, on se renseigne auprès des autorités locales de l’écosystème touristique, mais c’est principalement auprès des habitants que l’on se source : leur apport est inestimable. Autre élément clef, laisser parler son instinct d’aventurier. Le voyage, c’est comme une bobine de fil qu’il faut suivre sans trop savoir où elle vous mènera parfois. Ou l’art de savoir se perdre pour mieux accueillir la découverte… 

Comment partir véritablement à la découverte d’un lieu quand on dispose d’un temps limité sur place ? 

S.H-D : Il faut s’organiser et avoir un itinéraire, bien sûr, mais il est très important de laisser de la place à l’imprévu et de garder une souplesse dans cet itinéraire. Ne pas réserver tous ses transports intérieurs ou ses hébergements à l’avance par exemple, juste ceux du début du séjour. Ainsi au gré des rencontres et des envies, on peut s’adapter plus facilement… Ne surtout pas chercher à TOUT voir, puisque cela suppose de faire les choses en accéléré. En prenant le pouls de la destination, on laisse la porte ouverte aux plus belles expériences. C’est d’ailleurs comme cela que j’ai eu l’idée de lancer ma chaîne de podcasts voyage « Les Podtrips de Saliha » disponible à l’écoute gratuitement sur les plateformes Soundcloud, Spotify, Deezer ou Podcast Addict. Concrètement, il s’agit d’entretiens consacrés à des personnes passionnantes que je rencontre en voyage dans mon parcours et qui vont me parler de leur pays ou de plusieurs parfois. Ce sont de vrais insiders et des guides de voyage vivants. 

©Saliha Hadj-Djilani

Un top 5 des destinations à faire une fois dans sa vie ?

S.H-D : C’est une question difficile… Après avoir visité une cinquantaine de pays, je peux dire que je suis clairement portée sur les voyages dépaysants, là où l’on va à la rencontre de l’autre pour vivre des moments de partage et d’émotions. J’aime aussi les paysages préservés et les plages paradisiaques, donc selon ces critères, voici mon top 5 :

Hawaii : Pour la beauté de ses paysages de rêve, ses plages immaculées aux eaux turquoise, la force tellurique de ses volcans, et sa culture si unique, à la fois américaine et polynésienne. La culture des Hawaiiens natifs renaît de ses cendres et j’aime beaucoup cela. Aujourd’hui minoritaire, ce peuple originel exterminé par le Capitaine Cook en 1778 puise ses origines des Marquises et de Tahiti.

La Mongolie : Avec des milliers de kilomètres de steppes et de désert comme le désert de Gobi, la nature domine en majesté. C’est aussi un pays avec l’une des dernières cultures nomades de la planète. Je recommande de vivre avec une famille nomade quelques jours au cœur des steppes, avec les troupeaux et de dormir en yourte. C’est un retour aux sources et aux moments simples de la vie, loin de son smartphone et d’internet… On réapprend à se réveiller avec le lever du jour et à dormir quand le soleil se couche tout en étant dans la chaleur simple d’un foyer au milieu de nulle part. Un retour à l’essentiel qui fait un bien fou !

– L’Algérie : D’origine algérienne, j’ai régulièrement voyagé dans le pays de mes parents durant mon enfance. Plus tard, j’ai parcouru ses immenses contrées dans le cadre de la rédaction du guide touristique le Petit Futé consacré à l’Algérie. Entre les sites romains majeurs de Tipasa et de Cherchell, les gravures préhistoriques intactes, les plages sublimes de la région de Jijel ou Bejaia, les villes au patrimoine exceptionnel comme Alger, Oran ou Constantine… Et puis ce Sahara, le plus beau désert du monde selon moi, où l’on s’émerveille à chaque instant. L’Algérie est un joyau à l’héritage culturel millénaire. Encore préservé du tourisme de masse, les visiteurs y sont toujours bien accueillis, l’hospitalité est érigée en véritable art de vivre.

– Cuba : Ah, quel petit pays et quelle histoire incroyable ! Au-delà de toute considération politique, comment ne pas être fasciné par cet Etat minuscule des Caraïbes qui continue de tenir tête à son voisin les Etats-Unis… première puissance mondiale ? Oui, tout n’est pas rose à Cuba, mais ils continuent à porter secours aux pays à grands renforts de médecins. Nous l’avons vus récemment avec l’Italie durement frappée par la crise sanitaire. Et puis, plus légèrement, il y a cette musique cubaine, la salsa, la rumba… Ce mélange de cultures afro-hispaniques et, bien sûr, les plages de rêve et la fiesta légendaire à la Cubana. Gros coup de cœur par ailleurs pour la Havane et son quartier colonial préservé classé à l’Unesco, la Varadero : le mini Ibiza de Cuba à la nuit tombée…

– Miami : La ville mythique du Sunshine State est souvent taxée de superficielle ou de « ville de retraités »… Loin de là ! Miami, c’est en réalité une ville vibrante aux multiples quartiers tout aussi attachants les uns que les autres. South Beach et son quartier Art Déco coloré bordé de jolies plages, Coral Gables et son architecture méditerranéenne étonnante, il y a aussi le mythique hôtel Le Biltmore (mon préféré), Little Havana et sa culture cubaine, Little Haiti où d’ailleurs on parle principalement français, et puis Wynwood, le quartier où le street art est roi avec des centaines de fresques sublimes réalisées par les meilleurs artistes du moment comme Obey alias Shepard Fairey, pour ne citer que lui. 

Algérie @Getty Images

Est-ce qu’il y a des lieux dont vous êtes rentrée transformée ? Et pourquoi ?

S.H-D : Sans hésiter : l’Inde. Je suis partie là-bas, seule, et pour la première fois en 2010. C’était dans le cadre d’un voyage professionnel pour la rédaction du guide Petit Futé ‘Inde du Nord’. J’y suis restée deux mois. Avant mon départ, j’étais assez anxieuse… En tant que femme voyageant seule, j’avais notamment peur de rencontrer des problèmes ou de tomber malade. Une fois sur place, toutes ces idées ont été balayées ! Ce fut un reportage mémorable. J’ai été très touchée par la gentillesse, la spontanéité et par la simplicité des Indiens vis-à-vis des touristes. Leur civilisation est millénaire et je me suis prise de passion pour les dieux et déesses de l’hindouisme. Que de temples grandioses partout ! Quant au Taj Mahal… une splendeur à vous couper le souffle !

Il y a aussi toutes ces villes pleines de charme à l’image de Calcutta et de Darjeeling, deux destinations à ne pas manquer ! Mais la vraie ‘transformation’, je l’ai vécue à Benares (également appelée Varanasi) : en m’asseyant au bord du Gange, j’ai assisté au départ de bûchers funéraires sur l’eau (rituels religieux de crémation). Les dépouilles partent rejoindre leur dernière demeure et cela n’était pas effrayant, c’était une cérémonie à la fois belle et émouvante. Les Indiens ont un autre rapport à la mort, ils croient en la réincarnation ce qui rend ce moment moins tragique. Une expérience marquante qui a complètement changé mon regard sur la mort… Et s’ils avaient raison ? 

©Saliha Hadj-Djilani

Un voyage ultime à réaliser ? 

S.H-D : Je dirais l’Indonésie, car ce pays immense, aux milliers d’îles, est encore méconnu en grande partie. Avec sa nature prodigieuse, ses cultures multiples et toutes ses ethnies, il faut plusieurs vies pour le visiter. Et j’adore la gastronomie indonésienne que j’ai découverte au restaurant Djakarta Bali à Paris ! Depuis j’ai envie de goûter à tous les plats indonésiens à travers le pays et je pense que cette cuisine gagne à être connue. Elle peut même devenir aussi branchée que la cuisine japonaise ou coréenne ! Et puis, Philippe Robichon, qui anime avec moi l’émission radio le Monde de Saliha sur Beur Fm, est un passionné d’Indonésie et il m’a transmis son amour inconditionnel pour ce pays. Il est des rencontres qui vous transforment alors que vous êtes immobile, c’est ainsi que les vrais voyages commencent.  

Où nous donnez-vous rendez-vous cet été ? 

S.H-D : En France, pour une fois ! J’ai décidé de redécouvrir la mère patrie. Qu’on se le dise : l’Hexagone est l’un des plus beaux pays du monde et la première destination touristique à l’échelon international. Durant ces vacances, je vais d’ailleurs rejoindre la grille d’été de RMC en vue d’animer une chronique quotidienne sur le tourisme en France tous les matins à 7h50, du lundi au vendredi, en direct, du 13 juillet au 21 août… J’interviendrai au sein de cette grande radio nationale en tant que journaliste spécialisée du Petit Futé. Je vous donne rendez-vous dans mon île française préférée : Porquerolles, une île d’Hyères sublimement préservée et chère à mon cœur. C’est là-bas que je prends mes quartiers depuis ma plus tendre enfance. Ses plages aux eaux cristallines n’ont rien à envier à celles des Caraïbes… 

©Saliha Hadj-Djilani

Pour aller plus loin :  

– Les podtrips de Saliha : https://soundcloud.com/saliha-hadj-djilani 

-Podcasts des émissions de voyage sur Beur Fm « Le Monde de Saliha » :

https://www.beurfm.net/podcasts/le-monde-de-saliha-231/1

-Site de voyage : https://1001decouvertes.com