Warren Buffett est sur le devant de la scène comme jamais auparavant dans la longue carrière d’investisseur de « l’Oracle d’Omaha ». Il est maintenant propriétaire de quelque 240 millions de parts d’Apple, qui valent environ 44 milliards de dollars (37 milliards d’euros). C’était la grande révélation de Buffet à Becky Quick, journaliste de CNBC, peu de temps avant l’assemblée annuelle des actionnaires de Berkshire, la société du célèbre investisseur, ce samedi. Son groupe d’investissement a ainsi ajouté 75 millions d’actions Apple aux 165 millions qu’il possédait déjà, ce premier trimestre.

Il y a toute une liste de raisons qui justifient que Buffet décide de devenir le deuxième actionnaire d’Apple. Entres autres : Apple est l’entreprise la plus rentable au monde. Elle a un compte de résultats sans failles. Les utilisateurs de ses produits avant-gardistes et de ses services sont chaque jour plus nombreux. Les coûts de conversion pour passer d’un système d’exploitation à un autre sur ordinateur ou smartphone sont élevés. Enfin, les actions d’Apple commencent à avoir des dividendes intéressants, à près de 2 %. Qu’y a-t-il à redire à cela ? En particulier venant d’une entreprise qui échange avec une valeur inférieure à un douzième de l’EBITDA sur 12 mois. Buffett a fait carrière (et gagné des dizaines de millions de dollars) en investissant sur son bon sens. Et il devient de plus en plus dur de ne pas admettre qu’Apple est un investissement évident.


Sans surprise, les investisseurs ont réagi à l’importante acquisition de Buffet en achetant eux aussi des actions, ce qui a provoqué un léger pic du cours d’Apple, qui a frôlé les 4 % vendredi, et ce qui l’a mis dans le vert pour l’année. Pour ceux qui seraient réticents à acheter des actions Apple, voici un petit indice  : cet énorme pari de Buffett est peut-être une indication qu’il est tout à fait acceptable de surreprésenter les actions technologiques dans son portefeuille, comme Facebook, Amazon, Apple, Google, et Netflix (les FAANGS, ou « crocs » en anglais).

Mon argent est dans un fonds de l’indice S&P 500. Mais les tenants de l’investissement passif pensent que c’est de la folie. Pour eux, ceux qui (comme moi) investissent dans des indices, achètent aveuglément et sans réfléchir des actions technologiques à des prix toujours plus élevés, rendant leurs portefeuilles à chaque fois plus dangereusement exposés aux FAANG. Mais en fait, si l’on considère la société de Buffett, Berkshire Hathaway, comme un fonds à coûts zéro, il est clair qu’il reproduit les transactions de mon fonds indiciel.

Avec plus de 30 milliards de dollars (25 milliards d’euros) investis dans Apple, le fabriquant d’iPhones représente désormais 8 % des 350 milliards de dollars (293 milliards d’euros) de portefeuille de Berkshire. Avant Apple, Berkshire était sous-exposé aux actions technologiques, et Buffet et son lieutenant en charge des investissements, Charlie Munger, ont récemment déclaré à des rencontres d’investisseurs qu’ils avaient « manqué » quelque opportunités en actions technologiques comme Amazon et Google. Peut-être essaient-ils de se rattraper avec Apple, qui est le moins cher des FAANG.

Par ailleurs, après cette acquisition de parts Apple, l’exposition de Berkshire est, de manière surprenante, très semblable à celle d’un fonds indiciel.

Le poids de Apple chez Berkshire est comparable aux 10 % que représentent les FAANG sur le S&P 500. Autrement dit, avec cette acquisition, Buffet construit un portefeuille à l’équilibre semblable à ceux des investisseurs passifs. Et sans surprise, Buffet est un grand fan de l’investissement passif. Il a appelé Jack Bogle, du Vanguard Group, pionnier de la révolution passive de milliers de milliards de dollars, un « héros ».

Voici comment il le décrivait dans sa lettre aux actionnaires de Berkshire en 2016 :

« Si une statue devait être érigée en l’honneur de la personne à qui les investisseurs américains doivent le plus, ce serait sans aucun doute Jack Bogle. Pendant des décennies, Jack a poussé les investisseurs à choisir des fonds indiciels très peu chers. Lors de sa campagne, il a récupéré un petit pourcentage de la fortune que récupéraient typiquement les gestionnaires qui promettaient à leurs investisseurs beaucoup de choses, mais ne produisaient rien ou même, comme nous le parions, moins que rien, en valeur ajoutée.

Les premières années, Jack était souvent moqué par le milieu de la gestion d’investissements. Mais aujourd’hui, il a la satisfaction de savoir qu’il a aidé des millions d’investisseurs à réaliser de bien meilleurs retours sur leurs fonds que ce qu’ils auraient pu gagner autrement. Pour eux, et pour moi, il est un héros. »

Conclusion : La prochaine fois que les détracteurs de l’investissement passif vous mettent en garde contre votre surexposition à Facebook, Amazon, Apple, Google ou Netflix, prenez votre mal en patience. Votre fonds de l’indice S&P 500 est désormais aussi exposé aux géants technologiques que Berkshire.