L’Observatoire des multinationales s’est penché sur les aides publiques perçues par les firmes du CAC 40 pendant la crise du Covid-19. Toutes ont bénéficié de baisses d’impôts de l’Etat. 23 ont versé des dividendes malgré la crise. Sept l’ont fait tout en supprimant des emplois.

En juillet, l’Etat français annonçait une baisse de 20 milliards d’euros des impôts de production. En octobre, le coût du chômage partiel s’élevait à 22 milliards d’euros. Dès le mois d’avril, l’Etat s’était engagé à injecter 300 milliards d’euros de prêts garantis… La puissance publique s’est démenée pendant cette crise du covid pour maintenir l’économie – à défaut du système de santé – à flot, en injectant des liquidités et en mettant en place un arsenal de mesures visant à conserver un maximum d’activité.


Les entreprises du CAC 40 ont bel et bien bénéficié de ces aides pour soutenir dans certains cas des entreprises en grandes difficultés notamment dans l’industrie automobile (Renault) et dans l’aéronautique (Airbus). Comme le relève l’Observatoire des multinationales dans le premier volet de son bilan 2020 des multinationales, toutes les firmes du CAC ont bénéficié des aides directes ou indirectes de l’Etat. Rien de scandaleux, eu égard à la situation économique actuelle… Sauf que certaines d’entre elles n’ont pas trouvé opportun, en ces temps de crise, de diminuer, ou même complètement annuler le versement de dividendes à leurs actionnaires cette année. D’autant que certaines firmes comme Total, Sanofi ou Schneider Electric n’ont pas hésité à augmenter la somme des dividendes versés… Tout en supprimant des emplois sur le territoire français. 

13 firmes de l’indice boursier ont supprimé leurs dividendes cette année, comme Airbus qui a réalisé une perte nette de 1,9 milliards d’euros au premier semestre 2020 ou Safran qui a connu un résultat net de -340 millions d’euros sur la même période. A l’autre bout du graphique, Total et ses 8,4 milliards d’euros de pertes nettes pour le seul deuxième trimestre 2020 a tout de même versé près de 7 milliards de dividendes. Des firmes ont maintenu leurs dividendes avec plus ou moins de logique, puisqu’elles ont connu des pertes mais conservent des résultats nets positifs – tout en bénéficiant des aides de l’Etat… – ; c’est le cas de Danone par exemple. 

 

15 000 emplois supprimés chez Airbus, même chiffre pour Renault, 10 000 du côté de Safran, et 400 chez SE. La crise du covid a amené bon nombre d’entreprises du CAC 40 à couper dans leurs effectifs. Le covid apparaît davantage comme un prétexte pour certaines de ces firmes qui ont à la fois profité des aides de l’Etat et tout de même réalisé des bénéfices début 2020 : c’est le cas par exemple de Sanofi et ses 1 000 emplois liquidés sur le sol français alors que le géant pharmaceutique a réalisé un excédent au second trimestre de… 7,6 milliards d’euros.

En résumé, les auteurs de l’étude rappellent qu'”aucune contrepartie réelle n’a été exigée des entreprises ni en matière environnementale, ni en matière sociale. Les engagements climatiques des groupes soutenus sont inexistants ou en trompe-l’œil. Une proportion significative de leurs filiales reste située dans des pays considérés comme des paradis fiscaux et judiciaires”. Et de conclure sur “l’opacité qui continue de régner en matière d’aides publiques aux entreprises. On ne sait presque rien du montant des aides effectivement versées ou débloquées, notamment en ce qui concerne les reports de charge, le chômage partiel ou la montée au capital d’entreprises “stratégiques”. Si ce rapport se focalise sur les multinationales du CAC40 et quelques cas emblématiques, elles ne sont pas les seules “corona-profiteurs” et de nombreuses autres exemples d’entreprises, cotées ou non, pourraient être cités.”

 

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