L’Union européenne a fait un grand pas en avant en adoptant le projet de taxonomie des activités durables.

Plutôt que de lister des éco-activités « purement » vertes, qui permettrait d’écarter celles tentées de pratiquer purement et simplement le “greenwashing”, les Etats européens ont distingué trois cas de figure : 


  1. les purement vertes neutres en carbone (exemple : les transports bas-carbone)
  2. les activités en transition, (exemple : la rénovation de bâtiments)
  3. et celles qui rendent possible la transition(exemple : usine de fabrication d’éoliennes)

L’idée de ce référentiel est d’offrir une liste de technologies assorties de seuils de performance.

Les entreprises européennes vont désormais devoir ventiler leurs chiffres d’affaires et leurs investissements dans une ou plusieurs de ces technologies. Ce faisant, ce sera un jeu d’enfant de connaître à quel point leur activité est durable.

De leur côté les investisseurs, comme par exemple les fonds durables, devront afficher clairement quelle part de leurs encours sert à financer des activités relevant de la même taxonomie. Il sera dès lors plus simple pour ceux qui achètent des fonds de savoir à quoi servent leurs investissements.

Une vision large de l’environnement

Le futur cadre reposera sur six objectifs environnementaux de l’UE :

  1. L’atténuation du changement climatique ;
  2. L’adaptation au changement climatique ;
  3. L’utilisation durable et la protection des ressources aquatiques et marines ;
  4. La transition vers une économie circulaire ;
  5. La prévention et la réduction de la pollution ;
  6. La protection et la restauration de la biodiversité et des écosystèmes.

Les activités économiques doivent être en mesure de démontrer qu’elles apportent un bénéfice substantiel à au moins un des six objectifs environnementaux, tout en évitant des effets négatifs sur les cinq autres. 

Plusieurs étapes sont prévues :

  1. La taxonomie concernant les deux premiers objectifs doit être établie d’ici la fin de 2020, afin de pouvoir entrer en vigueur d’ici la fin de 2021. Les 70 secteurs les plus concernés ont déjà été cartographiés.
  2. Deux secteurs faisant l’objet de débats, le gaz et le nucléaire, ont pour le moment été laissés de côté.
  3. Pour ce qui est des quatre autres objectifs, la taxonomie devrait être définie d’ici la fin de 2021 en vue de son application d’ici la fin de 2022.

Cette nouvelle législation s’inscrit dans le cadre plus large du Green Deal de l’Union européenne. La taxonomie doit être l’un des principaux vecteurs de la réalisation de certains objectifs européens, comme :

  • La réalisation de l’accord de Paris pour 2030, notamment une réduction de 40 % des émissions de gaz à effet de serre (GES)
  • Et la neutralité climatique d’ici 2050.

Pour les seuls domaines du climat et de l’énergie, il faudrait 180 milliards d’euros d’investissements annuels supplémentaires pour réaliser les objectifs fixés pour 2030. En fléchant les bonnes catégories d’actifs, la taxonomie verte doit faciliter ce mouvement.

Certains acteurs ont commencé à s’y préparer

Certains acteurs ont d’ores et déjà annoncé qu’ils allaient intégrer cette taxonomie verte dans leur activité, comme la Banque européenne d’investissement, qui va cesser de financer les énergies fossiles à partir de 2021.

Par ailleurs, les normes prudentielles qui s’appliquent aux banques pourraient être allégées lorsqu’elles investissent dans des actifs verts. Ces derniers sont en effet réputés plus résilients et moins volatils. Ils résisteraient mieux aux risques climatiques.

Certains parlent même d’un Green Asset Ratio. Cet indicateur est notamment promu par l’European Banking Authority, qui a envoyé un questionnaire sur ces thématiques à toute la profession en septembre dernier.

Dans le même sens, il faut savoir qu’à la suite de la crise du Covid-19, les Européens ont décidé de flécher 30% des fonds du plan de relance vers les projets verts. Une dimension environnementale qui pourrait pénaliser la Pologne, qui dépend toujours beaucoup du charbon.

Pour aller plus loin :

Faut-il une taxonomie brune ? : Why we need a brown taxonomy, Louie Woodall

https://www.climateriskreview.com/p/brown-is-the-new-black

 

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