Lorsqu’on est adolescent, protéger sa vie privée est essentiel, spécialement vis à vis de ses parents. Durant ces années là, le cabinet dentaire de mon père était à deux pas de notre appartement à Paris. C’était parfait pour l’équilibre vie professionnelle/vie privée de notre famille, mon père était toujours à l’heure pour le dîner, mas cela l’était moins lorsque je voulais discuter avec mes amis. Mon père à son cabinet avait une double ligne téléphonique pour son travail et notre appartement. Bien sûr il faisait comme tout bon père de famille en France – surveiller ses filles de 13 et 15 ans en écoutant nos conversations. Même si cette attitude est plutôt typique de la part de parents, aujourd’hui ils ne sont plus les seuls à jouer au ‘big brother’ dans une version de 1984 d’Orwell; nos merveilles technologiques intelligentes sont aussi à l’écoute.

 

L’année dernière, j’ai abordé une série de problèmes relatifs à la protection de la vie privée, des pièges que recèlent ces nouveaux outils connectés —Is There A Price For Privacy— aux droits des enfants sur la sauvegarde des données personnelles—Privacy And Regulation: The K-12 Edition. Je ne savais pas que 2020 se révèlerait être une grande année pour la protection des données personnelles et le test des garde-fous mis en place pour les protéger. La pandémie mondiale a provoqué un confinement général, en accélérant encore le basculement de chacun vers le digital.


Les entreprises se sont installées dans le 100% télétravail, et les frontières entre vie professionnelle et vie personnelle ont quasiment disparu. En écrivant ceci, je prends mon dîner avec une fourchette dans une main, la seconde étant consacrée à répondre à des emails, à aider ma fille sur ses leçons de piano en virtuel et à vérifier que mon fils fait bien ses devoirs en mathématiques sur l’iPad. Ce que j’ai écrit sur la protection de la vie privée en 2019 reste vrai, mais le sujet a pris une toute autre dimension en 2020.

 

La vie privée est ouverte à tous les vents.

 

Nous sommes à l’âge du ‘big brother’ d’Orwell grâce à tous nos équipements connectés. Une enquête de Pew Research a révélé que les américains déclarent qu’il n’est pas un seul jour sans qu’ils soient suivis à la trace par au moins l’un de leurs terminaux ou objets connectés. Même si ce concept n’est pas nouveau, son fonctionnement lors d’une pandémie mondiale l’est assurément. Soyez en sûrs, ces objets nous écoutent.

 

Si vous avez un assistant personnel Alexa, Siri, Google Home ou Amazon Echo installé dans votre espace de travail à la maison, ces équipements pourront enregistrer, et le feront, toutes les informations sensibles dont vous discutez avec vos collègues. Réfléchissez-y de cette façon : votre employeur désire-t-il que vous partagiez des informations sensibles avec le monde entier, y compris des analyses sur ses concurrents, des états financiers et des problèmes de personnel? Les informations que collectent ces assistants intelligents se retrouvent quelque part, et on ne sait pas vraiment ce qu’elles deviennent une fois parties dans le cyber espace.

 

Aucun de ces équipements n’a une place à table dans ma maison. Je privilègie la vie privée aux côtés pratiques tous les jours de la semaine. Même si je réalise que cette stratégie ne soit pas réaliste pour toutes les familles, quelques mesures simples telles qu’éteindre le micro, effacer votre historique, ou contrôler quelles autres applications y sont connectées peuvent aider à mieux protéger votre vie privée.

 

Nos maisons sont devenues nos bureaux et nos salles de classe. Les enfants utilisent des ordinateurs, des iPads et des smartphones, et parfois ces terminaux sont aussi ceux que les parents utilisent pour leur travail, ou ils sont connectés via le même Apple ID que les terminaux professionnels des parents. Nous avons sans nul doute accru notre exposition aux risques en migrant notre bureau dans notre salon. La logique élémentaire pour maintenir la sécurité voudrait de nous déconnecter de tout lorsque nous ne travaillons pas et de ne pas partager notre mot de passe avec les autres membres de notre famille. Et de changer régulièrement nos mots de passe. Mais combien d’entre nous le font réellement?

 

J’ai appris de mon erreur. Au début du confinement, mes enfants avaient accès aux terminaux toute la journée. Une nuit, j’ai trouvé mon fils sur son iPad envoyant un SMS à l’un de mes contacts, qu’il pensait être l’un de ses amis. J’ai rapidement vérifié que personne dans ma sphère professionnelle n’avait reçu un SMS de mon fils de huit ans, ni mon CEO, ni mes collègues ni les membres de mon équipe. Depuis cet incident, l’iPad est désormais mis sous clé la nuit. Toutes les nuits.

 

L’année 2020 tirant à sa fin, nous avons appris de nombreuses leçons concernant la cyber sécurité et notre vie privée. La plus importante d’entre elles est que nous devons les sauvegarder à tout prix. Nous pouvons être aujourd’hui à l’âge de la vie privée ouverte à tout le monde, mais parfois les résultats les plus extraordinaires sont nés dans les endroits les plus improbables.

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