Depuis 2006, le Forum économique mondial publie un rapport sur la parité entre les femmes et les hommes dans le monde. Pour la première fois, après dix ans de progrès, l’écart entre les genres se creuse.

« Coup d’arrêt ». Après une décennie « de progrès lents mais constants en termes d’amélioration de l’égalité des sexes », l’écart entre les genres se creuse pour la première fois depuis 2006, date du premier rapport mondial sur la parité entre les femmes et les hommes réalisé par le Forum économique mondial. « Au rythme de progression actuel, l’écart mondial entre les genres devrait prendre 100 ans à se résorber, contre 83 l’année dernière. » Et 217 ans pour résorber les inégalités sur le lieu de travail. Plus qu’un coup d’arrêt, c’est un recul.


Si 68% de l’écart mondial entre les genres a été comblé, l’organisme note une « détérioration » par rapport à 2016 et 2015 où l’écart était de 68,3 et 68,1%. Éducation, santé, survie, opportunités économiques et émancipation politique sont les quatre piliers qui marquent un écart accru entre les femmes et les hommes. « Ces deux derniers piliers sont particulièrement préoccupants dans la mesure où ils accusent d’ores et déjà les disparités les plus criantes », insiste le rapport. Et jusqu’à présent, « les progrès les plus rapides y étaient enregistrés ». Or, pour Klaus Schwab, fondateur et président exécutif du Forum, « l’inégalité entre les genres prive le monde d’un immense réservoir de talents inexploité ».

L’Islande sur la première marche du podium

144 pays ont cette année été étudiés : « plus de la moitié ont vu leur score s’améliorer au cours des 12 derniers mois », souligne tout de même le Forum Économique Mondial. La fondation connue pour sa réunion annuelle à Davos, en Suisse, propose un indice mondial de l’écart entre les genres. Depuis neuf ans, l’Islande est le pays le plus égalitaire au monde après avoir comblé près de 88% du fossé. L’Islande est suivie sur le podium par la Norvège et la Finlande qui enregistrent toutes deux une aggravation de leurs fossés. Dans le top 5 arrivent le Rwanda puis la Suède.

La France n’est pas dans le top 10 et se classe 11ème, (elle était 17ème l’an passé), derrière le Nicaragua (6ème) et la Slovénie (7ème) qui résorbent 80% des écarts, l’Irlande (8ème), la Nouvelle-Zélande (9ème) et les Philippines (10ème). Mais la France est passée de la 70ème place sur 115 en 2006 à la 11ème place en 2017. Dans le détail, elle est 1erè sur l’éducation, 9ème sur l’émancipation politique (contre 60ème en 2006), 54ème sur la santé (alors qu’elle était 1ère en 2006), et 64ème sur la participation et les opportunités économiques (elle était 88ème en 2006).

Avec sa 11ème place, la France est le premier des pays du G20 pour la parité, devant l’Allemagne (12ème), le Royaume-Uni (15ème), la Canada (16ème), l’Afrique du Sud (19ème) et l’Argentine (34ème). Les Etats-Unis reculent à la 49ème place.

Emancipation politique

Dans le domaine crucial de l’éducation, le rapport souligne que 27 pays ont résorbé l’écart entre les genres, soit trois de plus que l’année précédente. Mais dans les domaines de la santé et de la survie, 34 pays ont comblé les disparités, soit quatre de moins qu’en 2016. Et au total, seuls six pays ont effacé les écarts dans ces deux piliers.

La situation reste plus que mitigée en terme de participation et d’opportunité économiques : « aucun pays n’a totalement résorbé l’écart entre les genres, mais 13 pays (deux de plus que l’année dernière) ont comblé plus de 80% de l’écart. Pire, l’émancipation politique est le pilier qui « enregistre les plus grandes disparités entre les hommes et les femmes, seule l’Islande ayant comblé plus de 70% de son fossé », ajoute le rapport.

Dans l’ensemble, l’Europe de l’Ouest demeure la région la plus performante avec « une disparité moyenne de 25% entre les hommes et les femmes », malgré les mauvais résultats de la Grèce (78ème), de l’Italie (82ème), de Chypre (92ème) et de Malte (93ème). Neuf pays sur les vingt couverts pour le rapport ont amélioré cette année leur score global par rapport à l’an passé. Mais onze ont régressé.

Le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord sont les deux zones les moins bien classées de l’indice avec un écart moyen entre les genres de 40%. La Tunisie est à la 117ème place, les Emirats arabes unis à la 120ème, Bahreïn à la 126ème, le Koweït à la 129ème, le Liban à la 137ème, le Qatar à la 130ème. Le Yémen occupe la 144ème et dernière place. Mais la situation s’améliore : 11 pays sur les 17 étudiés dans cette zone ont amélioré leur score global.

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