Le couscous inscrit au patrimoine immatériel de l’Unesco ? Chiche ! Depuis quelques jours, c’est chose faite ! Les cuisines du monde sont à la fête, une tendance qui s’installe dans l’Hexagone. Parmi les ambassadrices de cette déferlante, la chef Sherazade, chantre d’une cuisine algérienne millénaire. D’un blog culinaire à l’animation d’émissions télévisées en tant que chroniqueuse gastronomique sur France 2, cette épicurienne s’est imposée avec succès. Retour sur le phénomène Sherazade.

Avec chef Sherazade, alias Fatima Zohra Laoudedj, vous seriez prêt à troquer votre café matinal et croissants pour un bon couscous. Le plus spontanément et goulûment du monde, si, si ! La papesse de la cuisine algérienne n’a pas son pareil pour vous ouvrir l’appétit à toute heure de la journée. Une prouesse qui lui a très tôt valu de prendre la lumière sur des chaînes de premiers plans à l’instar de France 2, Samira TV ou BeIn Sports. En invitant le phénomène Sherazade à assurer régulièrement la chronique culinaire de l’émission « C’est au Programme », Sophie Davant a révélé cette influenceuse au grand public. Il faut dire que les cuisines du monde sont à la fête, impossible d’y échapper. Le cœur des Français balancent entre sushis, bagels, tajines ou namen. Des envies d’ailleurs exacerbées par les réseaux sociaux et autres plateformes de livraison à domicile qui recensent tous les terroirs en un clic. Agrégeant une audience qui se chiffre en millions, Fatima Zohra Laoudedj est l’un des visages de cette tendance de fond. Pour la native d’Oran, « ce n’est pas juste des recettes à partager, mais aussi des histoires à raconter. J’ai été bercée par les saveurs de la cuisine de ma mère et ma grand-mère. Imaginez un même quartier où toutes les femmes faisaient leur pain, avec les mêmes matières, et tous avaient un goût différent… La cuisine est sensibilité, poésie, créativité. ».

© Chef Sherazade

 

Et passion, aussi. L’Algérienne diplômée de médecine n’a pas hésité à échanger le stéthoscope contre le tablier de cuisinière à son arrivée en France début 2000 après un mariage.

« J’avais besoin d’entretenir un lien avec mes racines. Quoi de plus symbolique que de concocter ses plus belles madeleines de Proust ? », partage-t-elle.

La naissance de son premier enfant accélère également ce changement de carrière. La jeune mère comprend qu’il sera difficile de concilier les deux. Jusqu’à 2010, sa seule vocation est de faire plaisir aux siens et d’assouvir sa nostalgie du pays. Le déclic viendra lors d’un événement scolaire : « A l’occasion d’une kermesse de fin d’année, j’ai apporté de nombreuses pâtisseries algériennes, chacune emblématique d’une région comme des cornes de gazelle et baklawas, ainsi que des ‘Msemmen’ (crêpes feuilletées originaires du terroir algérien). Il y a eu un vrai engouement autant chez les élèves que chez les parents et les enseignants ! La directrice de l’établissement m’a recommandé de tenir un blog de cuisine. Jusqu’à ce jour, je ne m’étais jamais posée la question. », poursuit-elle.

C’est l’acte de naissance de son site ‘Les Joyaux de Sherazade’. La bloggeuse y partage ses coups de cœur sucrés et salés, ses recettes revisitées agrémentées de tutoriels bien conçus. Son envie de présenter l’Histoire derrière le patrimoine gastronomique algérien devient aussi sa signature. « Je pensais toucher une audience confidentielle, plaire principalement aux connaisseurs mais ce fut, au contraire, le début d’une aventure sans frontières. ‘Les Joyaux de Sherazade’ ont touché des internautes aux quatre coins de la planète : Amérique, Asie, Océanie, France et, bien sûr, Maghreb. Certaines vidéos étaient visionnées plus d’un million de fois sur Youtube ! J’étais invitée à interagir avec mon audience, découvrant au passage la notion de communauté digitale… », rembobine la chef Sherazade.

© Chef Sherazade

 

Des gourmets friands de découvrir ses techniques et les spécialités locales. Pour répondre à l’appétence de sa communauté, elle renouvelle constamment ses formats entre démonstrations culinaires didactiques et carnets de voyage. « On dit souvent que l’Algérie est un pays continent. Cette appellation lui est donnée, d’une part, pour son étendue et, d’autre part, pour sa diversité pareille à celle d’un continent. Ainsi, le patrimoine gastronomique algérien se démarque des autres par son cachet méditerranéen et saharien qui présente une diversité et une multitude de combinaisons selon les saisons et les régions. Enrichissez cela au brassage civilisationnel qu’a connu l’Algérie et ses voisins (influences numidiennes, dites berbères, arabes, juives, andalouses ou françaises). Un véritable bouillon de cultures ! ».

Au-delà de ses connaissances culinaires, Fatima Zohra Laoudedj affiche également son aisance à capter un auditoire venu d’horizons divers. La vingtenaire attire l’œil de producteurs qui comprennent le potentiel médiatique de cette épicurienne dans l’âme. Sa photogénie ne leur échappe pas non plus. On lui fait savoir que sa personnalité et son physique avantageux participent aussi à son succès. Elle se voit rapidement proposer une première émission : ‘Sherazade au cœur de l’Algérie’ sur deux saisons. A cette occasion, elle entreprend un tour d’Algérie en vue de conjuguer gastronomie avec découvertes culturelles et artisanales. Cette première incursion télévisuelle lui permet de décrocher sa propre émission gourmande, point de départ de nombreuses collaborations. La consécration viendra de France Télévisions grâce à Sophie Davant qui la repère. Cette fois, c’est tout le monde francophone qui la découvre. « On me reconnaissait dans la rue et certains me demandaient des selfies. C’était tout à fait nouveau pour moi… ». Autre temps fort de sa carrière, la reconnaissance de ses pairs à l’image du chef Cyril Lignac ou encore de Mercotte. L’emblématique jury du ‘Meilleur Pâtissier’ sur M6 fera le déplacement à Alger pour la soutenir à l’occasion du lancement de son premier livre ‘Ma cuisine algérienne’ (Editions Solar).

Chef et entrepreneure

Devenue incontournable et bankable, chef Sherazade étend sa galaxie en passant de l’autre côté de la caméra pour produire des émissions culinaires. Cette boulimique de travail a toujours plus d’un projets sous sa toque. Bientôt, elle décide d’ouvrir son premier restaurant à Paris (2019), le MoSaïc by Sherazade dans le troisième arrondissement. Sans quitter la Ville Lumière, elle convie les gourmets à voyager en Algérie de région en région au gré d’une carte très généreuse : « Je peux proposer jusqu’à 300 variantes de couscous ! Parmi les plats signature algériens, il y a aussi le tajine sucré-salé, la chorba (soupe de légumes mijotée avec de la viande), les méchouis dont celui du Sahara avec sa truffe locale, les chakhchoukha (poêlée de légumes)… Des mets agrémentés de parfums enivrants comme la fleur d’oranger, l’eau de rose, la cannelle ou les citrons confis. ». Encore une fois, le succès est au rendez-vous. La mère de trois enfants se mue en entrepreneure au service de sa passion. Sacré parcours pour la parente d’élève jadis encouragée par la directrice de maternelle, une femme à laquelle elle pense souvent.

S’affairant au four et au moulin, elle est aidée dans ses missions par son mari qui endosse le costume de gestionnaire. « Je suis la passion et il est la raison. La bonne recette, c’est que nous nous complétons bien. Mais, je suis avant tout une privilégiée de pouvoir vivre de ma passion. », sourit-elle.

 ➡ En 2021, elle compte bien continuer à innover en s’essayant à la fusion gastronomique. Une chef aussi passionnée qu’insatiable.

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