CHICS ET RESPONSABLES | Qui n’a pas rêvé de louer une tenue pour une soirée ou de grandes occasions. Avec aussi l’ambition de réduire l’impact écologique d’un secteur, la mode, pas toujours exempt de reproches. Découvrez Les Cachotières. Interview d’Agathe Cuvelier, sa fondatrice.


 

Quel est le principe des Cachotières ?

Agathe Cuvelier : Les Cachotières est une plateforme de location de vêtements chics entre particuliers, dont la particularité est que tout le stock est centralisé dans notre entrepôt afin d’assurer un service haut de gamme pour les locataires comme pour les propriétaires. Nous avons 5 000 pièces provenant des placards de particuliers, qu’il est possible de louer pour des durées comprises entre 4 et 12 jours.

Depuis le lancement, nous avons une seule chose en tête, la durabilité des vêtements avec l’idée de louer plus, diviser encore l’impact écologique d’une tenue et fatalement, produire moins.

Nous existons depuis 6 ans et faisons partie des acteurs historiques de la location de mode en France. Forts de cette expérience, nous avons lancé courant 2020 Les Cachotières For Brands, notre service B2B à destination des marques de mode qui souhaitent se lancer dans l’économie circulaire (location et/ou seconde main).

Nous créons pour elles leur propre site de location et/ou de seconde main en marque blanche, ou leur proposons de tester la location sur notre plateforme. Dans les deux cas, c’est un service clé en main dans lequel nous nous occupons de tout : gestion du site, logistique, nettoyage, réparation, stockage et entretien des pièces, service client, marketing et surtout collecte de datas extrêmement précieuses permettant aux marques de mieux comprendre la résistance de leurs articles aux usages multiples et de concevoir des collections plus durables.

 

 

Comment est née cette idée ?

Agathe Cuvelier : L’idée des Cachotières est née d’un constat qui est que l’on porte en moyenne 1 à 2 fois seulement un article acheté à plus de 250 €. La plupart de ces articles finissent donc dormant dans les armoires des particuliers, alors que leur production est extrêmement néfaste pour la planète : par exemple, la production d’une robe pèse environ 50 kg équivalent CO2, soit l’équivalent de 28 000 km en TGV, est c’est typiquement une pièce que l’on achète pour des événements ponctuels et que l’on reporte peu. Par le biais de la location, nous proposons aux femmes de ne plus acheter les tenues qu’elles vont peu porter, en faisant usage de celles que nous proposent les propriétaires.

Pendant ces 6 années, nous avons mis au point une techno pointue, permettant de suivre chaque référence de façon unique et ainsi pouvoir avoir un aperçu de sa durée de vie à tout moment (types de détachages réalisés, types de réparations apportées, usure de l’article dans le temps, retours des clients sur la qualité etc.). Cette techno nous permet également d’optimiser tous les process logistiques afin qu’une tenue qui rentre de location puisse repartir le jour même en ayant été nettoyée, détachée et retouchée. Nous avons internalisé le pressing ainsi que chaque étape du service et mettons un très gros accent sur la data et le retour que nous font les clientes après avoir porté les produits.

Nous mettons aujourd’hui cette expertise à disposition des marques afin qu’elles puissent se lancer dans l’économie circulaire sans aucune contrainte et surtout qu’elles puissent se nourrir de cette data collectée pour pouvoir améliorer les collections futures et les rendre encore plus durables.

 

Sur notre site Les Cachotières, nos tarifs de location sont en moyenne de 45€ pour 4 jours, pour des pièces dont la valeur neuve est de 150€ à 950€

 

 

Quels sont vos objectifs à court terme ?

Agathe Cuvelier : Notre objectif aujourd’hui est d’emmener un maximum de marques avec nous pour œuvrer ensemble vers une mode beaucoup plus respectueuse de l’environnement. Nous sommes convaincus qu’il est indispensable qu’elles passent par ce type de modèle circulaire pour, d’un côté, répondre à la demande pressante des consommateurs, mais surtout pour donner à ces articles produits non pas une nouvelle vie mais des dizaines de nouvelles vies.

En tant que précurseurs sur ces marchés, nous avons un rôle de pédagogie à jouer auprès des marques mais aussi auprès des consommateurs. Pour ces derniers, au-delà de l’aspect économique, le simple fait de louer une tenue plutôt que de l’acheter va réduire son impact environnemental en amortissant le bilan carbone lié à sa production et si en plus cela évite la production d’une pièce alors l’impact est considérable.

 

 

Quel est le modèle économique ?

Agathe Cuvelier : Sur notre site Les Cachotières, nos tarifs de location sont en moyenne de 45 € pour 4 jours, pour des pièces dont la valeur neuve est de 150 € à 950€. Ce tarif comprend le transport aller-retour et le pressing. Les clientes nous renvoient la tenue portée sans la nettoyer, nous gérons ensuite le nettoyage, le détachage et les réparations si nécessaire. De son côté, la propriétaire de la tenue perçoit une commission de 30% chaque fois que son article est loué.

Concernant Les Cachotières For Brands, le modèle économique est différent selon le service choisit par la marque : location sur notre propre site comme nous faisons avec Maison Lemoine, Ellozze et L’Amusée, location en marque blanche comme nous le proposons pour Ba&sh ou seconde main. Dans tous les cas ce sont des solutions clé-en-main dans laquelle nous gérons le service de A à Z.

 

 

Quel sont les avantages pour les marques à se lancer dans la location ?

Il est vraiment important, quand une marque se lance dans la location, de réfléchir ce nouveau service comme un bénéfice global pour l’impact de sa marque sur l’environnement et pas uniquement comme un business supplémentaire à court terme : par le biais de la location, les marques ont accès à énormément de datas concernant la qualité de leurs collections, car les clients retournent le produit après l’avoir porté, ce qui n’est pas le cas quand on vend un produit neuf. Toutes ces données permettent très rapidement aux marques d’avoir des retours concrets sur l’usage de leurs collections et donc sur leur qualité. Le but pour ces marques est d’utiliser cette data pour mieux produire : c’est-à-dire produire des collections plus durables, qui vont résister à de multiples usages (location/ seconde main) , et du coup limiter leurs invendus,  donc à la fin moins produire.

Économiquement, c’est un modèle qui peut être très vertueux : une robe produite, vendue 250 € TTC avec une marge commerciale de 60% va rapporter 150€ de marge à la marque. Si elle est d’abord envoyée dans un cycle de location, louée 30 fois à 45 €, avec une marge de 30% sur chaque location, elle va rapporter 405€ et sera ensuite revendue en 2nde main 90 €. Au total elle aura rapporté quasiment 500 € de marge à la marque, elle aura servi environ 35 usages et aura donc permis de limiter la production de 30 autres robes. Bilan : l’opération est quatre fois plus intéressante économiquement et permet de réduire plus de trente fois son impact sur l’environnement. Un modèle doublement gagnant pour l’entreprise ainsi que pour la planète. 

D’autres avantages sont bien sûr à prendre en compte tels que l’acquisition d’une clientèle plus jeune, plus engagée, mais aussi le fait de répondre à une demande très forte de la part des consommateurs qui souhaitent consommer autrement et attendent de vrais engagements de la part des marques.

 

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