Le renouveau urbain impose une remise en cause totale de nos modes de consommer, de se déplacer, de se divertir, de travailler et d’habiter.

L’heure n’est plus à la demi-mesure mais à des transformations extrêmement profondes. Dans cette perspective, le grand mouvement des villes intelligentes est une belle occasion pour repenser un modèle de développement inclusif et écosystémique. Dirigeants politiques, Urbanistes, Citoyens responsables, Innovateurs, Acteurs Economiques et Scientifiques, ont la lourde responsabilité de surmonter les grands défis de demain et de moderniser complètement les modalités de fabrication des espaces de vie.

Les villes intelligentes impliquent un mode organisationnel créateur de nouvelles passerelles permettant de prendre des décisions fondées sur des technologies fiables et des données issues du terrain. L’intérêt central des Smart Cities est de bâtir des communautés optimisées et des espaces plus vivables et désirables sur la base d’une approche transformationnelle aiguillée par l’ouverture et la transparence. Pour arriver à cette grande ambition urbaine et humaine, les maires visionnaires seront d’une grande utilité en soutenant une gouvernance plus partagée.


D’ailleurs, les interdépendances des systèmes numériques et physiques d’une ville impliquent une conduite concertée et mutualisée des infrastructures et des espaces pour fournir des services qualitatifs aux humains et s’attaquer aux failles. Afin d’opérer une gestion urbaine performative conduisant à une prise de décision éclairée, il est indispensable d’adopter une stratégie de fiabilisation des villes, qui doit être accompagnée d’une humanisation de sa mise en œuvre, afin de fédérer un grand nombre de citoyens autour des transformations et tirer les conclusions de leurs expériences.

Les multiples interactions éco-systémiques des villes rendent difficile la maîtrise de certains aspects mutants de la gestion municipale. En effet, pour que la gestion territoriale soit maîtrisée par les décideurs, il faudrait s’outiller en technologies décodant les points sensibles visant à faciliter l’action immédiate et à favoriser une démarche de prospective.

En Russie, la ville de Moscou en tant que mégalopole mondiale, se caractérise par le Smart City Lab agglomérant pléthore d’initiatives et mettant en commun les ressources de la ville en cohérence avec les besoins de la population. Les nombreuses actions entreprises par les responsables sont représentées par la mise à disposition de services publics packagés et dématérialisés, l’installation massive de la vidéosurveillance de proximité, la numérisation de l’école, la généralisation du Wifi-public territorial et la mise en place de canaux interactifs rapprochant les moscovites du gouvernement local. La stratégie de Moscou est renforcée par le déploiement de systèmes de transport intelligents consolidés par le centre de gestion du trafic qui ajuste les flux en temps réel suivant les contraintes et les évolutions. Cette ville-plateforme accentue la centralisation des données et permet l’instauration d’un système de référendum en ligne réservé aux citoyens actifs. Ces initiatives forment les points de différenciation du modèle russe en appuyant la collecte et le traitement efficace des suggestions venues de la population concernant des problématiques concrètes de la vie quotidienne. Dans une démarche de citoyenneté urbaine, les autorités locales ont mis en place un système de récompenses incitatives en faveur des citadins les plus impliqués.

Au Canada, Mississauga située dans la province d’Ontario, construit les fondations d’une ville intelligente à fort impact transformationnel. Ce territoire met d’ores et déjà à exécution un large réseau public de fibre optique, un mobilier urbain digitalisé, des infrastructures numériques robustes, une mobilité évolutive et autonome, des espaces de co-working et un campus virtuel pour une éducation encore plus démocratisée. La stratégie Smart City de Mississauga ne se contente pas de quelques mesurettes mais insuffle une politique globale de croissance économique pour attirer de nouveaux business en coopération avec les entreprises pionnières des technologies intelligentes et les plus grands investisseurs nationaux et internationaux. Pus spécialement au niveau du Lac d’Ontario, le Lakeview Village Square est l’une des composantes mixtes emblématiques du plan directeur approuvé par la municipalité dans le cadre de sa strategie Smart. Les piliers de Mississauga sont symbolisés par la dynamique territoriale, l’équité sociale, la connectivité et l’adaptabilité. La puissance de ces thématiques fondatrices repose sur un écosystème solide et durable.

Dans le vieux continent, Helsinki, capitale de la Finlande poursuit sa marche vers le progrès et la prospérité. C’est une ville à la carte, agile et fonctionnelle qui se place parmi les Smart Cities les plus prisées à l’échelle du monde. Cette métropole très européenne est à la pointe de la recherche et de l’analyse en matière d’inclusivité urbaine. Le concept « City as a Service » soigneusement appliqué par les dirigeants municipaux et leurs partenaires, est axé sur l’invention de services orientés vers les citoyens. Les éléments saillants des dispositions en place combinent plus d’ouverture et de souplesse des procédures administratives, plus de flexibilité dans le secteur des mobilités, plus d’écologie urbaine, plus de sécurité et moins d’inégalités sociales. Les gestionnaires locaux prônent une gestion méticuleuse, qui démontre une véritable bienveillance envers les habitants pour faire d’Helsinki une ville plus attentive.

Dans le continent Asiatique, plusieurs villes se singularisent par leurs stratégies écosystémiques impactantes. L’exemple le plus frappant est celui de la ville de Singapour qui s’est transformée radicalement en un temps record. L’élément phare de cette Cité-Etat est l’adoption de Smart Nation, une initiative du gouvernement de Singapour priorisant l’intérêt des citadins, et qui déploie des technologies de pointe optimisant la mise en réseaux et la production de solutions basées sur une démarche empirique. Cette innovation remarquable permet d’initier des projets urbains durables à fort impact national, portés par l’Urban Redevelopment Authorithy, en insistant sur une politique d’aménagement éco-systémique assistée par le City Information Modeling, une multi-modalité des transports, une multifonctionnalité et inter-connectivité des infrastructures. Les gestionnaires de cette ville très attractive ont inclus la fiscalité dans la vision de décarbonisation de la ville. A cet effet, le dispositif du péage urbain retenu par Singapour a prouvé son efficacité, malgré son impopularité. Il a permis à la fois de responsabiliser les automobilistes et d’allouer les recettes fiscales au budget réservé à l’amélioration des infrastructures. La priorité des responsables locaux est de promouvoir une ville soignante qui agit pour la santé et le bien-vivre des Singapouriens. Également, la digitalisation des services gouvernementaux et le fort soutien à l’entrepreneuriat et au tissu économique notamment les start-ups, revêtent un caractère significatif de cet hyper-lieu par excellence.

A propos de l’Afrique, l’aménagement numérique des territoires, l’e-éducation, l’e-santé et le mobile payement sont les principaux volets connaissant une montée exponentielle. Ce continent abrite une population jeune et de plus en plus consciente des enjeux colossaux d’un digital d’utilité publique. Dans ce cadre, l’alliance Smart Africa accélère l’implémentation de solutions dans un certain nombre de pays africains. Il est important de préciser que c’est par l’entreprise locale que des modèles performants peuvent s’ancrer dans l’économie. Durant la dernière décennie, le taux de pénétration du numérique dans les modes de vie des africains a observé une nette progression. Ce qui fait émerger des solutions hyper-puissantes comme l’électrification des zones rurales via le système SmartGrids pour aller vers des sociétés décarbonées, l’usage des technologies pour suivre la qualité sanitaire de l’eau ou bien pour fluidifier les transports et réduire les externalités négatives du trafic routier. Dans ce continent d’avenir, il est plus qu’urgent de cesser d’organiser des colloques et des événements ultra-coûteux sans résultats probants et d’activer plutôt les leviers opérationnels d’une action appropriée et rapide bénéficiant directement aux citoyens.

Un tel mouvement international, à la fois connecteur et stimulateur finira assurément par éveiller les consciences africaines pour se débarrasser d’une certaine médiocrité urbaine ambiante. Quelques projets-pilotes émergent dans plusieurs zones africaines, à l’image de la ville du futur Diamniadio au Sénégal et la technopole de Foum El Oued au sud du Maroc qui mise sur l’économie du savoir et l’innovation territoriale. Aussi, la capitale rwandaise, Kigali dessine les contours de la ville intelligente de demain. Toutes ces villes se saisissent de cette poussée transformatrice pour affiner leurs plans et pérenniser leurs modèles.

En Australie, la ville de Melbourne s’est lancée dans le dispositif City Possible imaginé par Mastercard en collaboration avec le Centre de Technologie et de l’Entrepreneuriat à Harvard (TECH). Ce programme appelé « Smart City Accelerator of Melbourne » redéfinit un cadre de coopération entre les managers municipaux et le secteur privé, pour le soutien de la construction des milieux urbains plus écologiques, plus connectés et plus inclusifs grâce à un réseau de partage de connaissance et d’analyse des données entre les villes, pour apporter le meilleur service aux citoyens et promouvoir leur autonomisation. Ce type d’innovation urbaine transformative compose au fur et à mesure, avec les communautés locales, des villes à la carte. Cela mène à villes ubiquitaires et algorithmiques à terme. L’enrichissement de cette démarche s’opérationnalise par la plateforme d’échanges « City Innovators Forum » animée par des chercheurs de haut niveau et des élus de premier plan pour réfléchir ensemble aux challenges de demain.

Afin de financer des projets urbains ambitieux, certains mécanismes de financement comme l’investissement à impact social, le budget inclusif et le Partenariat Public-Privé-Participatif (4P) sont des pistes sérieuses qui méritent d’être utilisées de manière plus large. L’idée selon laquelle les mesures allant dans le sens des villes intelligentes ne peuvent être enclenchées, que grâce à la mobilisation de l’argent public, est vraiment dépassée et ne justifie en aucun cas l’immobilisme et la paralysie. C’est aux élus et acteurs locaux de trouver des moyens alternatifs en signant des accords gagnant-gagnant avec les investisseurs privés. De manière plus claire, c’est par la promotion d’outils de financement innovant que la ville devienne génératrice de revenus supplémentaires et d’investissements utiles.

Il est évident que les technologies urbaines intelligentes apportent une amélioration mesurable de la qualité des espaces de rassemblements humains, mais elles doivent accroître la vigilance de toutes les parties prenantes pour contrecarrer toute intrusion dans la vie privée des individus ou d’éventuelles Cyber-attaques. Ainsi, la démarche Safe City sert à identifier les risques avec anticipation et à agir en temps réel par une analyse minutieuse des situations afin de prendre des décisions crédibilisées par la modélisation de l’espace et la vidéosurveillance. Pour une ville plus sûre, il est primordial de réorganiser les modalités d’interventions, de renforcer l’interopérabilité de l’ensemble des systèmes et d’assurer une coordination centralisée des équipements et infrastructures.

Enfin, le combat pour un avenir prospère et durable est étroitement corrélé à l’évolution des méthodes de smartisation de nos villes. Toute maîtrise de l’expansion urbaine dépend du mixage des acteurs et de leurs capacités à fabriquer une ville juste, à anticiper les besoins, à innover en permanence et à appuyer des actions fortes en matière de protection de l’environnement tout en impulsant des logiques collaboratives et inclusives.