Les entreprises qui recherchent des solutions pour lutter contre le changement climatique dans les villes peuvent apporter leur contribution à l’environnemental tout en offrant de meilleurs rendements aux actionnaires. Par Christopher Kaminker.

Il y a encore peu de temps, Wuhan était l’une de ces nombreuses villes chinoises exposées à un risque majeur d’inondation suite à l’expansion galopante du béton et de l’asphalte. En 2016, des pluies torrentielles ont rendu inaccessibles des quartiers entiers de la ville et causé 14 décès.

Mais aujourd’hui, Wuhan connaît une métamorphose urbaine et écologique. Des chaussées perméables sont reliées à des zones humides et des étangs artificiels conçus pour absorber les eaux de pluie, qui pourront même être utilisées plus tard.

Wuhan est l’une des « villes éponges » qui se multiplient en Chine. Ces villes recourent à la technologie pour atténuer les effets des phénomènes météorologiques extrêmes causés par le réchauffement climatique. Mais Wuhan est aussi un symbole de l’opportunité que la lutte contre le changement climatique représente pour les sociétés, en termes de rendement pour les actionnaires et de contribution à la préservation de la planète.

Le groupe d’ingénierie néerlandais Arcadis est à l’origine du projet de refonte de la politique urbaine de Wuhan. A Chongqing, une autre entreprise européenne, Suez Environment, a mis au point un système de drainage urbain de pointe assurant des analyses en temps réel et permettant d’établir des prévisions relatives à l’évacuation, la réutilisation des eaux et l’exposition au risque d’inondation.

Les opportunités commerciales se multiplient de par le monde pour les entreprises qui entendent avoir une activité économique générant moins d’impact sur l’environnement, dans la droite ligne de la révolution de la soutenabilité. Pour l’heure, seuls 5% des investissements dans le domaine du changement climatique sont consacrés à des activités d’adaptation. Toutefois, même s’il reste beaucoup de chemin à parcourir, l’adaptation laisse augurer de solides rendements. Selon la Commission mondiale pour l’adaptation, investir USD 1’800 milliards dans le renforcement de nos infrastructures et d’autres domaines d’intervention clés permettrait d’éviter des pertes et de générer des bénéfices représentant USD 7’100 milliards, soit un rendement de quatre pour un. (1)

Les températures augmentent à un rythme sans précédent, les taux de pollution sont historiquement hauts et le niveau des mers ne cesse de monter. A en croire les projections du C40, un réseau mondial de mégapoles engagées dans la lutte contre le changement climatique, 1,4 milliard de personnes vivront dans les zones côtières d’ici 2050. Parallèlement, 570 villes, dont certaines comptent plus de 10 millions d’habitants, sont situées dans des zones qui risquent d’être submergées avec la montée des eaux (2).

Beaucoup de ces villes ont perdu leurs protections naturelles suite au recours à des matériaux de construction imperméables, comme le béton et l’asphalte, qui empêchent les sols d’absorber l’eau. Certaines s’affaissent du fait de la déstabilisation causée par les puits souterrains illégaux et du poids colossal de l’infrastructure urbaine. Chaque année, Jakarta, la capitale de l’Indonésie, s’enfonce de 20 à 25 cm (3).

Investir dans les entreprises qui prennent part à la révolution de la soutenabilité n’est pas uniquement nécessaire pour encourager le changement : il y aussi des perspectives de gains plus élevés à la clé pour les investisseurs. Sur ce créneau, l’éventail de possibilités est immense entre les sociétés pionnières dans les techniques d’atténuation des inondations et celles qui portent des projets liés aux énergies renouvelables, en passant par les entreprises qui innovent dans le domaine des accumulateurs.

Il n’empêche que les « aigles », autrement dit les bénéficiaires de la transition vers un modèle économique plus respectueux de l’environnement, sont rares et difficiles à débusquer. Ces entreprises avant-gardistes ont compris qu’adopter des pratiques commerciales raisonnées et responsables s’avérera rentable tout en générant un effet positif pour l’environnement et la société.

Les « autruches », entreprises moins visionnaires, sont des organisations qui ne parviennent pas à trouver leur place dans cette révolution de la soutenabilité, parce qu’elles n’ont pas conscience du rythme et de l’ampleur de la transition ou simplement parce qu’elles sont dans le déni. Ce qui peut surprendre, c’est que les grandes sociétés du moment sont en majorité des autruches. Selon une estimation récente, 200 des plus grandes sociétés mondiales supportent déjà USD 1’000 milliards de risques liés aux impacts du changement climatique, sachant que la plupart de ces impacts devraient se matérialiser dans les cinq prochaines années.

La révolution de la soutenabilité crée des tendances de fond qui redessinent déjà nos économies. Sachant que les défis liés à la lutte contre le réchauffement climatique et à l’identification de solutions pour restaurer la stabilité de la planète se font de plus en plus pressants, bon nombre des entreprises impliquées dans la conception de systèmes urbains durables prospéreront. Les aigles seront les grands gagnants.

Tribune par Dr Christopher Kaminker est Head of Sustainable Investment Research & Strategy chez Lombard Odier Investment Managers (LOIM).

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(1) https://gca.org/global-commission-on-adaptation/report
(2) https://www.c40.org/other/the-future-we-don-t-want-staying-afloat-the-urban-response-to-sea-level-rise
(3) https://www.c40.org/other/the-future-we-don-t-want-staying-afloat-the-urban-response-to-sea-level-rise