Le terme « changement climatique » nous évoque généralement des images d’incendies et d’inondations. Cette année, le ciel orange qui se profilait au-dessus de San Francisco début septembre, précipité par un violent orage, a davantage retenu l’attention des Américains. Les photographies de ce phénomène, banal par ailleurs, brossent un portrait inquiétant de ce qui attend notre planète. Plus de catastrophes, oui, mais aussi de véritables changements concernant notre mode de vie. 

 

Ce qui est en jeu, ce n’est pas seulement le bleu du ciel, mais des siècles de progrès en matière de santé humaine qui nous ont permis de mener une vie plus longue, plus active et globalement plus satisfaisante. Pour y parvenir, un nouveau rapport publié par The Lancet Countdown, une collaboration interdisciplinaire entre 120 experts et 35 institutions, utilise une collecte et une analyse rigoureuses des données pour relier les points entre le bien-être de la planète et le nôtre. Plus qu’un simple recueil de statistiques, le rapport est un appel à l’action pour les professionnels de la santé et les décideurs politiques du monde entier. Si nous voulons conserver les gains et les moyens de subsistance que nous avons réalisés, affirme-t-il, nous devons reconnaître et atténuer les pertes que nous avons subies dans le monde naturel.

De la Sibérie à la Californie, les incendies ont été un véritable fléau pour la Terre en 2020. Le nombre de personnes exposées aux risques d’incendie de 2016 à 2019, par rapport à la période entre 2001 et 2004, a augmenté dans 128 pays, c’est-à-dire dans la majeure partie du monde. En Californie, pays qui n’est pas étranger aux catastrophes naturelles mais qui est également connu et révéré pour son climat tempéré, cette année a été la pire au niveau des incendies de forêt. À peine un jour après la publication du rapport, un incendie a eu lieu dans les canyons du comté d’Orange, alimenté par des rafales de vent dépassant les 112  km/h. Durant le week-end du Labor Day, la calamité s’est révélée encore pire, avec des coupures de courant de grande envergure, de gros incendies et des barrages d’hélicoptères militaires envoyés pour sauver autant de  vies que possible.

À l’échelle mondiale, tous âges compris, le nombre de décès liés à la chaleur en 2018 s’élevait à près de 300 000 – triste témoignage de la puissance combinée de la montée en flèche des températures et de l’intensification des vagues de chaleur qui se produisent par centaines de millions chaque année. La chaleur extrême a été liée à toutes sortes de choses, des troubles civils et de l’instabilité politique à la violence et au suicide. Selon le rapport, au cours des 20 dernières années, le nombre de personnes aux États-Unis qui sont mortes de causes liées à la chaleur a presque doublé, atteignant un pic record de 19 000 en 2018. Vivre au-delà de 65, 80, 90 et même 100 ans, est maintenant possible grâce aux progrès de la science dans de nombreux pays. Malheureusement, ce progrès est menacé.

Selon un autre rapport publié cette année par le Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, les conditions climatiques extrêmes et les catastrophes naturelles ont tué plus de 400 000 personnes dans le monde depuis 2010. Sont notamment exclus de ce total les décès causés par des maladies infectieuses comme le VIH, Ebola, Zika, et bien sûr la Covid-19. En moins d’un an, la Covid-19 a fait plus de 1,5 million de victimes dans le monde, tandis que près d’un million de personnes meurent du VIH chaque année. Bien que les épidémies de maladies infectieuses ne soient pas classées comme des catastrophes naturelles en soi, elles sont inextricablement liées au climat et à la dynamique écologique – ce qui signifie qu’à mesure que les conditions environnementales deviennent plus volatiles et les paysages plus fragmentés, les virus pathogènes augmentent en largeur et en nombre.

Le rapport de The Lancet Countdown indique que la Covid-19 devrait contextualiser notre réponse au changement climatique pendant de nombreuses années à venir – comme il se doit, étant donné que les habitats perturbés, la déforestation et les marchés des espèces sauvages créent davantage de niches écologiques où de nouveaux virus et bactéries pathogènes peuvent prospérer. Les exemples donnés dans le rapport – sans parler des virus inconnus ou de ce que l’expert en pandémie Dennis Carroll appelle la « matière noire virale » – incluent la malaria, la dengue et le Vibrio, une bactérie côtière qui peut provoquer des maladies d’origine hydrique et alimentaire. Dans certaines régions du Nord-Est d’Amérique, les eaux côtières sont devenues 99 % plus adaptées à la bactérie Vibrio en cinq ans seulement, permettant la propagation d’un micro-organisme qui peut générer des bactéries mangeuses de chair et même la mort chez l’homme.

Une étude européenne estime que près de la moitié de la population mondiale ignore encore le lien entre le climat et les maladies, une lacune dans les connaissances générales que les professionnels de la santé, les scientifiques et les autres leaders d’opinion, utilisant la crise actuelle comme catalyseur, peuvent commencer à combler. Rien qu’entre 2018 et 2019, la couverture médiatique de l’intersection entre le changement climatique et la santé en général a augmenté de 96 %, tandis qu’entre 2007 et 2019, la recherche sur le même sujet a été multipliée par huit. Comme ce fut le cas pour les restrictions sur le tabac et les pratiques sanitaires et d’hygiène en général, la science soutenant la relation entre la santé humaine et la santé planétaire est bien présente, et les effets dévastateurs de la Covid-19 viennent appuyer son importance. Ce qu’il faut maintenant – ce que demande le rapport – ce sont des politiques économiques, sociales et environnementales qui codifient ces connaissances dans un cadre d’action durable.

À cet effet, le rapport recommande une série d’interventions de santé publique liées au climat, spécifiques aux États-Unis, qui couvrent toute la gamme des infrastructures nationales, notamment le renoncement aux combustibles fossiles, le passage à une électricité sans carbone et la réforme des normes obsolètes de production agricole. Elle plaide également en faveur d’une augmentation des dépenses de santé publique qui pourrait commencer à réparer les dommages croissants du changement climatique. Au cours de l’année fiscale 2018-2019, à peine 13 dollars (10,70 euros) par personne ont été dépensés pour l’adaptation au changement climatique dans le secteur de la santé. Nous devons non seulement augmenter cette part de manière substantielle, mais aussi communiquer au public l’urgence de telles mesures. Nous n’avons qu’une seule planète et la pandémie Covid-19 représente une occasion majeure de rallier les efforts pour la protéger. N’attendons plus pour agir, le changement, c’est maintenant. 

 

Article traduit de Forbes US – Auteur : William A. Haseltine

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