La « start-up nation » se construit-elle dans ses grandes écoles de commerce ? Il est devenu enviable de créer son entreprise à la sortie de l’école plutôt que de suivre la voie royale en cabinet de conseil ou prendre un poste de responsabilité dans un grand groupe. Mais peut-on apprendre à entreprendre, alors que le succès dépend de facteurs comme la chance, la résilience et le réseau ? Forbes France a questionné quarante grandes écoles de « grade master ». Les critères quantitatifs ont permis de mesurer le succès entrepreneurial (nombre d’entreprises créées par les anciens élèves, l’argent qu’elles ont levé, etc) et l’importance pédagogique de l’entrepreneuriat dans le cursus (les incubateurs, les sommes investies, etc). L’enquête a été complétée par des critères qualitatifs, basés sur le parcours des entrepreneurs issus des écoles. Voici les dix meilleures écoles pour apprendre à entreprendre.

 


HEC : à la pointe de l’entrepreneuriat

La prestigieuse école des Hautes Etudes Commerciales (HEC) ne déroge pas à sa réputation « d’éternelle première ». Première sur le nombre d’entreprises incubées avec 498 jeunes pousses, leader sur le volet de l’investissement avec 4 millions d’euros au service des étudiants et alumni porteurs de projet, et enfin championne sur le versant des levées de fonds : l’école affiche le score vertigineux de plus de 1,3 milliards d’euros récoltés entre 2015 et 2017. A titre de comparaison, son dauphin, l’ESCP Europe, se situe à 45 millions d’euros. Numéro un également au niveau de la diversité de ses cursus dans l’univers de l’entrepreneuriat, avec trois majeures (digitale, entrepreneurs et Sasi : sustainable and social innovation) et cinq autres programmes dédiés à la création d’entreprises allant du MBA au MOOC. Depuis l’ère Robert Papin il y a 40 ans, père fondateur de la discipline, l’entrepreneuriat fait partie de l’ADN de l’école de Jouy-en-Josas.

« Apprendre à oser », devise d’HEC, pourrait légitimement être réinterprétée par « Apprendre à entreprendre » eu égard aux générations de dirigeants qui se sont succédé sur ses bancs : chefs d’État, capitaines d’industrie, intellectuels, les HEC sont abondamment mentionnés dans l’iconique Who’s Who (près de 1400 sociétaires y figurent). Nathalie Gaveau, co-fondatrice de la market place PriceMinister au côté de Pierre Kosciusko-Morizet, considère que l’école délivre « un apprentissage vivant et efficace pour appréhender la profession d’entrepreneurs dans toute son exhaustivité ». Accréditant également le « mythe » autour du puissant réseau de la fabrique HEC : « il y a un réseau national et global très connecté, qui dépasse d’ailleurs la communauté avec les multiples alliances internationales. Cet écosystème permet de recruter dans tous les secteurs d’activité.»

SKEMA : l’incubation comme levier de croissance

Skema, c’est le pont des antipodes. Lille et la Côte d’Azur. Le Nord et le Sud. En 2009, l’ESC Lille fusionne avec Ceram, une école basée à Sophia Antipolis entre Nice et Cannes, pour donner naissance à Skema Business school. L’école propose trois filières pour apprendre à entreprendre, de douze à trente-six mois au sein de ses programmes grande école (PGE) et deux MSc (Master of Sciences). Skema a également mis sur pied un dispositif d’incubation -accélération avec un total de huit incubateurs à Sophia Antipolis, Lille, Paris, aux États-Unis, et en Chine. C’est l’école qui possède le plus grand nombre d’incubateurs, mais malgré cette abondance, Skema n’est pas celle qui incube le plus de jeunes pousses. En 2017, l’institution a couvé 68 start-up, contre 498 pour HEC, 124 pour l’EM Lyon et 99 pour l’ESC Montpellier. En trois ans, 130 jeunes entreprises directement sorties des bancs de Skema ont été immatriculées.

NEOMA : développer l’esprit d’entreprendre

En 2013, les écoles de commerce de Reims – une pionnière, fondée en 1928 – et de Rouen allient leurs forces pour créer Neoma Business School. La spécialisation Entrepreneurship regroupe 9% des effectifs et travaille sur trois aspects : la création, la reprise d’entreprise et la gestion de projets entrepreneuriaux au sein de structures existantes. « L’objectif global de cette spécialisation est de développer l’esprit d’entreprendre », explique-t-on à l’école. L’apprentissage est structuré autour d’un projet Fil Rouge, à savoir la création en équipe d’une entreprise. Neoma propose six autres programmes consacrés à l’entrepreneuriat, dont un executive MBA avec immersion dans la Silicon Valley, mais aussi des programmes originaux comme Tema, un parcours alliant management et technologies, et une pédagogie innovante pour former des managers agiles capables d’accompagner des organisations dans leur transformation numérique. Ses trois incubateurs, un sur chaque campus à Rouen, Reims et Paris, ont permis à 89 jeunes pousses de sortir de terre, avec de belles réussites telles que Vente-privée, dont le directeur innovation et stratégie est un ancien. Coaching, mentoring, interventions de CEO… Tout est fait pour permettre aux incubés de développer leur start-up.

KEDGE : célébrer l’innovation et l’esprit d’entreprise

Fruit de la fusion en 2013 de l’école de management de Bordeaux et d’Euromed Management de Marseille, Kedge Business School bénéficie d’une grande attractivité auprès des entreprises. Sa communauté d’étudiants (12 600, dont 25% d’étrangers) évolue parmi ses quatre campus hexagonaux (Paris, Bordeaux, Marseille et Toulon), ses trois facultés internationales (Shanghai et Suzhou en Chine et Dakar au Sénégal) et ses trois campus associés (Avignon, Bastia et Bayonne). L’incitation à développer des projets et à s’inscrire dans le concret, le délivrable, est au coeur de la pédagogie de l’établissement. Cinq parcours différents préparent les élèves à la création d’entreprise, dont le programme « Innovation & Entrepreneuriat » dispensé sur deux ans et demi. Durant ce cursus, ils bénéficient d’un accès privilégié à l’accélérateur d’entreprise qui réunit étudiants, associations, diplômés, entreprises et investisseurs pour favoriser l’éclosion de start-up. Cette interconnexion des acteurs semble générer un grand élan entrepreneurial. KEDGE domine ses consoeurs en termes d’immatriculation d’entreprises : 393 sociétés ont vu le jour entre 2015 et 2017.

Kedge

ESCP EUROPE : apprendre à changer le monde

La faculté aux six campus européens occupe régulièrement les premières places des palmarès des écoles de commerce. ESCP Europe sait également valoriser la filière entrepreneuriat en offrant six programmes consacrés à la création d’entreprises. L’option entrepreneuriat est la plus demandée, mais aussi la plus sélective : entre art thinking, design thinking, start-up bootcamp, hackathon & exploration à San Francisco et finance entrepreneuriale, « les élèves apprennent à fabriquer des situations qui n’étaient pas pensées par le plus grand nombre et qui avaient peu de chance de survenir », explique Maeva Tordo, directrice des incubateurs ESCP Europe. L’un des atouts majeurs de la plus ancienne école de commerce du monde, auparavant fréquentée par Jean-Pierre Raffarin, Christophe de Margerie, Antoine Riboud ou la lauréate du Goncourt 2016, Leila Slimani, est son réseau d’entreprises partenaires associées à ses dispositifs d’études (Orange, Mercedes, Bpifrance, Edf,…). Les étudiants en quête de prototypage de leur projet, d’accélération ou d’internationalisation de leur start-up bénéficient également de ressources matérielles et économiques de premier ordre puisque l’établissement dispose de quatre incubateurs ainsi que d’une force de frappe financière substantielle : entre 2015 et 2017, ESCP Europe a orchestré une levée de fonds de plus de 45 millions d’euros.

EDHEC : des incubateurs comme rampe de lancement

Dès son site internet, la couleur est donnée. L’Edhec Business School est « fondée par et pour les entrepreneurs ». En l’occurrence, à Lille en 1906. Aujourd’hui présente à Lille, Paris, Nice et Singapour, l’EDHEC propose plusieurs parcours dédiés à l’entrepreneuriat. Le programme Start-up Boost prévu pour 54 étudiants de Master 1 pour leur permettre de concrétiser leur projet de création d’entreprise. Innov’Act, un parcours aménagé de dix mois pour 131 étudiants souhaitant s’investir dans une association ou lancer leur entreprise. L’EDHEC met trois incubateurs à disposition de ses élèves, à Lille, Nice et à Paris (à Station F). Augustin Jaclin, cofondateur de Lemon Tri et ancien étudiant de l’EDHEC, a intégré en 2010 la version bêta de l’incubateur parisien de l’école et du Master MSI spécialité « entrepreneurship ». « C’est un gain de temps. Cela m’a permis de me lancer », raconte le jeune entrepreneur qui a pu « tester l’idée » auprès de ses camarades et enseignants, « construire un business plan » et « bénéficier d’un accompagnement juridique et d’experts » pour répondre à ses questions. Surtout, Augustin Jaclin a eu l’impression de ne pas souffrir de l’isolement souvent mal vécu par les jeunes entrepreneurs. Même constat pour Hugo Sallé de Chou, cofondateur de Pumpkin avec un de ses anciens camarades de promotion : « avoir du temps à consacrer à son projet durant son parcours est déterminant. Nous nous sommes pris au jeu et nous avons pu lancer notre entreprise dès la sortie. C’est une rampe de lancement. » L’Edhec a investi 500 000 euros ces trois dernières années dans les parcours entrepreneuriaux.

MONTPELLIER BUSINESS SCHOOL : miser sur le travail en groupe

L’ancienne Ecole Supérieure de Commerce de Montpellier, fondée en 1897, a été la première à s’ouvrir aux jeunes femmes dès 1915. Pionnière alors, elle compte rester en avance sur son temps : si l’institution ne compte qu’une seule filière grande école consacrée à l’entrepreneuriat, elle met l’accent sur l’incubation. Ainsi, au sein de son incubateur de 150m², MBS a incubé, sur la seule année 2017, 99 jeunes pousses. Surtout, l’école est très active sur la partie événementielle, avec des start-up weeks proposées à tous les étudiants de deuxième année terminant leur spécialisation, soit 700 élèves en 2017. L’école s’astreint à « donner à chaque étudiant une méthodologie à la création d’entreprise et à développer leur esprit d’entreprendre, par la prise de conscience que chacun d’entre eux est un potentiel futur entrepreneur ». Un module qui se déroule en mode projet, avec des étudiants qui travaillent en groupe. A la fin de la semaine, chaque groupe présente son projet de création d’entreprise devant un jury composé d’investisseurs. 

EM LYON : l’impulsion du mouvement maker 

L’EM Lyon propose un choix de cinq programmes dédiés à la création d’entreprise. Ainsi, 100% des 2 800 étudiants du programme grande école effectuent une partie de leur cursus spécifiquement sur des modules de lancement d’entreprise. « Early Makers » est la signature de l’école en la matière. Depuis dix ans, ce concept inspiré du principe « Do It Yourself and Together » reflète la vision entrepreneuriale de l’établissement lyonnais : celui qui essaie, expérimente, se trompe, recommence, apprend en marchant et en collaborant. En 2017, cette pédagogie a vu germer 124 entreprises au sein des trois incubateurs répartis entre la capitale des Gaules et Paris. Les élèves ont aussi la possibilité de s’appuyer sur l’un des fonds d’investissement du supérieur les plus généreusement dotés, soit 1 276 500millions d’euros. Diplômé de l’EM Lyon, le fondateur du puissant fonds d’investissements Cathay Capital, le Chinois Mingpo Cai, estime avoir forgé sa culture entrepreneuriale et industrielle dans les bancs de l’école lyonnaise, saluant également son rôle « visionnaire pour son ouverture à l’international, bien avant d’autres ».

EM LYON
INCUBATEUR

EDC PARIS : classe internationale 

EDC Paris BS dispense quatre parcours axés sur l’entrepreneuriat dont un cursus spécifique « étudiant – entrepreneur » sur cinq ans. Près de 20% des diplômés créent ou reprennent une entreprise à la sortie de l’école, un chiffre qui place l’école de commerce post-bac en bonne position. Michel Trollé, issu de la promotion 1971 et connu pour avoir importé le concept de Century 21 en France, a fondé une dizaine d’entreprises dans sa carrière, dont huit encore en activité : « Tout élève désireux de devenir son propre patron trouvera les clefs chez EDC », confie celui qui y oriente encore des enfants d’amis aujourd’hui. L’ancienne « Ecole Des Cadres » rayonne particulièrement sur les levées de fonds où elle tutoie des figures de proue non moins prestigieuses telles que HEC et ESCP Europe. Par ailleurs, l’école affiche un nombre important d’entreprises immatriculées, 118 sociétés ont été créées depuis 2015. Quelques années plus tôt, des start-up comme Easybike ou Des Bras en plus, ont attesté de la vitalité pédagogique d’EDC.

GROUPE ESC TROYES : un écosystème au service des porteurs de projets

À travers son Master de Science de l’innovation, de la création et de l’entrepreneuriat – fondé à partir d’un partenariat entre la Business School du Groupe ESC Troyes, l’EPF Graduate School of Engineering et la Technopole de l’Aube en Champagne -, les étudiants acquièrent un double-diplôme dans la gestion entrepreneuriale et le design thinking. Le dernier semestre est l’occasion d’intégrer, au choix, une compagnie innovante ou l’incubateur de la Technopole afin de finaliser son projet de création d’entreprise. Sur cet item, l’école cultive un dynamisme notoire avec l’émergence de 121 entreprises sur les trois derniers exercices. Ancien pensionnaire, Fabien Pierlot a créé la société Coyote Systems (valorisée aujourd’hui à 120 millions d’euros), l’entrepreneur estime que « l’approche innovante et disruptive du directeur de l’école, à la faveur d’un sens de management plus proche d’un chef d’entreprise que d’un gestionnaire d’établissement, a permis de stimuler le tissu économique de la ville et de contribuer au rayonnement de l’école ». 

Palmarès réalisé par Jean Rognetta, Sabah Kemel Kaddouri et Audrey Chabal

Article initialement publié dans le deuxième numéro de Forbes France, en kiosque depuis le 7 février.