Deuxième Chinois de Hong-Kong le plus riche de la liste Forbes en 2014, Dr Lui Che Woo ne compte pas prendre sa retraite. À 73 ans, il a créé une entreprise de divertissement et de loisirs à Macao. Un destin exceptionnel pour un homme qui valorise aussi l’humain au travers de sa fondation «Prize for World Civilisation» qui décerne chaque année les prix Lui Che Woo qui récompensent la bienveillance et l’esprit positif, sur le modèle du Prix Nobel. 

Pourquoi avoir créé un Prix Lui Che Woo?


« Si l’on regarde l’histoire des récompenses, il y a eu des prix reconnaissant des individus dans des disciplines telles que la chimie, la physique, la littérature ou l’économie. La différence entre notre fondation et les autres prix est que nous avons pour objectif de reconnaître les valeurs humaines. Nous pensons qu’il faut favoriser la pensée individuelle pour qu’elle soit toujours au centre des préoccupations. Notre prix porte sur trois domaines : l’appréciation du développement durable, la bienveillance et la détermination à améliorer le sort des personnes et de la société, enfin et surtout, la démonstration d’un esprit positif qui permet à l’humanité de faire face à différents défis. Le prix est donc la reconnaissance de la noblesse de cœur et de la persévérance des lauréats. »

Dr LUI dans ses bureaux

Quel est l’accomplissement de la Fondation dont vous êtes le plus fier? Pourquoi créer un prixLui Che Woo ?

« La motivation initiale du prix est mon émerveillement au monde. Celui-ci existe depuis des millions d’années. Au cours des cent dernières années, nous avons assisté à des changements profonds, tels que les progrès technologiques mais aussi l’amélioration de la paix dans le monde. L’humanité aurait dû bénéficier de ces progrès, améliorant ainsi la situation de la planète. Nous devrions tous pouvoir profiter des ressources du monde dans de telles circonstances. Cependant, il existe encore des écarts et des différences entre les pays. Les conflits et la guerre perturbent toujours les quatre coins du monde. Pourquoi ?

Je me posais souvent la question. Mon expérience des difficultés rencontrées au cours de ma vie durant la guerre a façonné mes convictions, qui sont à la base d’un livre intitulé Lasting Serenity, écrit il y a 30 ans. Dans le livre, j’ai partagé mes observations, réflexions et croyances sur ces paradoxes philosophiques. Enfin, j’ai créé le prix Lui Che Woo — qui constitue ma réponse à ces paradoxes. 

Vous avez évoqué les difficultés de votre enfance?

« J’ai vécu durant la Seconde Guerre mondiale. Cette période était très difficile non seulement pour la Chine, mais aussi pour le monde entier. J’ai vu des famines, une crise de réfugiés… Et encore de nos jours, nous pouvons encore trouver de telles tragédies dans des pays moins développés économiquement comme l’Irak et la Syrie. De mon point de vue, je souhaite simplement que le monde soit plus pacifique et respectueux des valeurs humaines. Nous devons préserver l’environnement et la nature, dans l’intérêt de l’humanité. Ces expériences ont conforté mon souhait de créer le prix. »

Un prix dont le processus de sélection est structuré en 3 tours. Les membres comprennent par exemple Son Altesse Royale la princesse Sirindhorn de Thaïlande ou encore l’ancien président de la Banque mondiale, Sir James D. Wolfensohn.

 

Quel est votre secret pour réussir?

« Je suis né dans une famille de classe moyenne où l’affection avait une place très importante. Lorsque la guerre a éclaté, j’ai été plongé dans le chaos. J’ai vu la souffrance des peuples, la famine à cause de la guerre. Mais mon parcours d’entrepreneur n’a pas été freiné par de telles expériences. Ma persévérance et ma détermination ont finalement conduit à une certaine réussite. Malgré des hauts et des bas, je crois toujours que la société m’a renforcé et m’a apporté beaucoup de choses et que je ne dois jamais oublier d’être reconnaissant et de lui rendre ce que j’ai reçu. Je n’ai pas commencé la philanthropie par la seule création du prix, mais bien plus tôt. J’ai commencé à faire des dons pour l’enseignement primaire, pour des services publics et bien d’autres. En dépit des difficultés et l’adversité, je suis convaincu que même les plus pauvres ne devraient jamais abandonner car nous devons tous continuer à nous battre. Si nous sommes nés riches ou dans le luxe, nous devons rester humbles et aider ceux qui sont dans le besoin. Par conséquent, j’ai créé le Prix afin de saluer cet état d’esprit et encourager ceux qui sont positifs. »

Quelle est la chose la plus importante selon vous?

« Certains disent que la santé est la chose la plus importante, mais je crois que la paix et la sérénité devraient être les choses les plus valorisées, car nous pourrons ainsi aider psychologiquement les gens autour de nous. La santé ou la richesse ne peuvent pas être amenées après la vie, ni étendues à notre prochaine vie. Je pense que la tranquillité est prioritaire, car elle nous permet d’avoir un aperçu de notre vie et de celle de chacun. »

Les ecrits de Dr Lui

Y a-t-il un livre que vous recommanderiez?

« Je travaille depuis que je suis jeune et n’ai donc que très peu de temps pour lire. Néanmoins, j’ai appliqué les principes de bienveillance et les philosophies tirés de mes sélections de livres. Je les ai gardés dans mon cœur et ils m’ont nourri tout au long de mon parcours. Nous devrions d’abord gagner notre vie, puis essayer d’aider les gens qui nous entourent. »

Connaissez-vous la France?

« Bien sûr ! Je suis allé en France récemment pour regarder Roland Garros. La France est évidemment un très beau pays avec des paysages et des gens très sympathiques. J’ai d’ailleurs fait un “road-trip” en France avec mes amis quand j’étais plus jeune. Nous nous arrêtions pour regarder les matchs de sport car nous en sommes tous des grands fans. J’ai découvert que la France était un pays de liberté et que les Français appréciaient les cultures et les arts. »