Si Jean-Pierre Raffarin a récemment annoncé son retrait de la vie politique élective, l’ancien Premier Ministre ne compte pas prendre sa retraite. Il vient en effet tout juste d’être nommé Représentant Spécial pour la Chine – un titre unique – et aussi nouvel administrateur d’une holding chinoise. Retour sur 4 questions d’actualités analysées à travers le prisme du nouveau Monsieur Chine…

  1. Doit-on s’attendre à une guerre commerciale avec la Chine ?

« Je ne le crois pas. Du moins, je ne l’espère pas. Aujourd’hui, si les tensions sont là, il n’y a pas de guerre commerciale. L’escalade des tarifs douaniers annoncée par Donald Trump et Xi Jinping, le leader chinois, ne trompent personnes. La désescalade viendra. Voyez l’acier, les exportations chinoises ayant été réduites considérablement. Je ne comprends pas la stratégie américaine derrière les annonces, au-delà d’un simple effet politicien de Donald Trump. La croissance chinoise est aujourd’hui portée par la demande intérieure. Cette « guerre » est dépassée. »


« Ce qui est sûr, c’est qu’il faut continuer à prôner le dialogue et le multilatéralisme. Avec les américains et avec les chinois, ces derniers semblent d’ailleurs plus enclins à accepter la coopération. La guerre commerciale mènerait aux conflits et il faut tout faire pour refuser cette voie. Le dialogue et la coopération économique mènent à la Paix. C’est ce message qu’il faut porter dans le contexte actuel. »

Peu de chance donc pour une guerre commerciale franco-chinoise. Le stock d’IDE chinois en Europe n’a par exemple jamais été aussi élevé : 46 milliards d’euro, représentant une croissance de 90% par rapport à l’année précédente. Inversement, de plus en plus d’entreprises françaises tentent l’aventure chinoise, à l’instar de Noerden qui connaît un franc succès dans les objets connectés. Les grands groupes français ont su jouer la carte chinoise.

  1. La France est-elle encore de taille pour dialoguer avec la Chine ?

« La France est de taille pour dialoguer avec tout le monde. M. Macron prône le multilatéralisme comme voie diplomatique prioritaire. Il a raison et je soutiens cette initiative.

Face à l’imprévisibilité du Président américain, et son unilatéralisme – il est sorti de l’accord de Paris, plus récemment de l’accord iranien – le multilatéralisme doit être défendu. C’est une arme face à tout style de pressions. »

« Concernant la Chine, bien sûr que la France dialogue avec elle. J’ai été nommé récemment Représentant spécial pour la Chine par le gouvernement français qui m’a confié cette mission. C’est une tâche importante qui doit permettre d’approfondir la coopération franco-chinoise tout en se disant clairement les choses. C’est ce que nous faisons notamment en ce qui concerne le grand projet des Routes de la Soie. »

La France jouit incontestablement d’une très bonne image en Chine. Yuchen Zhang, étudiante à l’université des Postes et Télécommunications de Pékin rapporte : “La France est associée au romantisme – Lang Man / 浪漫 en chinois. Voilà le premier mot qui me vient à l’esprit quand on me parle de la France.”  Aujourd’hui, la France, c’est aussi la French Tech. La Chine et la France sont habitées par des peuples sensibles. Cela les rapproche. 

  1. Qu’appréciez-vous en Chine et d’où vient cette relation si particulière ?

« Xi Jinping a dit : « ceux qui souhaitent bien connaître la Chine doivent se garder de prendre une partie pour le tout ».

La Chine est un pays de paradoxe. C’est le Yin et le Yang, des hauts et des bas. Mon intérêt pour la Chine est ancien. J’ai été attiré par ces mystères. C’est venu avec la lecture d’Alain Peyreffite, Quand la Chine s’éveillera, en 1973. S’en suit mon voyage que je raconte dans un livre « La Vie en jaune, 7 jeunes giscardiens en Chine Populaire ». Ce fut une révélation. En 2020, je fêterai mes 50 ans de Chine. Depuis, mon intérêt n’a jamais faibli car ce pays possède deux qualités essentielles : sa civilisation et son énergie. La pensée chinoise est basée sur l’équilibre des contraires. Elle est, au fond, une pensée de la sensibilité, elle est profondément moderne. »

On a beaucoup à apprendre de la Chine, comme la Chine a également à apprendre de nous. »

Des relations donc très anciennes et profondes avec la Chine. Les différentes analyses de l’ancien Premier Ministre peuvent être retrouvées dans ses carnets. Quels sont désormais ses prochains projets?

  1. Et maintenant, qu’allez-vous faire ?

« J’ai lancé en mai l’organisation non-gouvernementale « Leaders pour la Paix » qui m’occupe la plupart de mon temps. Le défi de la Paix est désormais un défi de civilisation. « Leaders pour la Paix » a pour ambition de sensibiliser les dirigeants et les opinions publiques sur les risques de conflits armés, régionaux ou mondiaux. C’est une « maquette » du Conseil de Sécurité. Il m’apparaît urgent d’agir afin de prévenir des déséquilibres et des crises qui se développent sur l’ensemble de notre planète. La pédagogie est un préalable à la prise de conscience.

« Toute mon action se tourne en ce sens. Prôner le dialogue, la coopération, les projets communs : c’est défendre le multilatéralisme, c’est agir pour la Paix. En pratique internationale, les proximités entre la France et la Chine sont multiples ».

 

Philippe Branche, Manager à Pékin