Lundi 8 novembre, l’événement “France is AI” organisé par l’association France Digitale ouvrait “la semaine de l’IA”. Les diverses annonces gouvernementales faites à cette occasion laissent peu de doutes quant au fait que l’intelligence artificielle (IA) fait et fera partie des paris technologiques de ces 10 prochaines années dans un contexte mondial où les enjeux sont multiples et les prises de position déterminantes. Pour mener à bien ce pari, un investissement de 2.22 milliards d’euros, dont 1.5 milliard de financements publics, est prévu pour faire de la France un champion de l’IA. Les fonds publics se répartissent sur 5 ans, essentiellement sous forme d’appels à projets sur deux axes majeurs : la formation d’une part (50% de l’effort) et le soutien à l’innovation, la recherche et sa valorisation par le transfert à l’industrie d’autre part.

 

Les objectifs de l’Etat sont clairs. Il s‘agit d’ici 2025 de :

  • faire monter la France en compétences en développant les offres de formation transversales intégrant les technologies autour de l’IA et en attirant les talents
  • faire du pays un leader dans le domaine de l’IA embarquée, de l’IA frugale (faible consommation d’énergie) et de l’IA de confiance (impliquant une forme de réglementation des développements et usages de l’IA)
  • accélérer le déploiement de l’IA dans l’économie.

Sur ces sujets, la question de la répartition des fonds entre les divers acteurs de l’écosystème est toujours sensible. Compte tenu des actions déjà mises en œuvre ces dernières années, les pôles de compétences et de recherche en IA ont pu se développer et sont aujourd’hui connus. L’écosystème entrepreneurial s’est également développé avec des grandes entreprises engagées sur le développement et l’intégration des enjeux de l’IA et pas moins de 502 start-ups françaises répertoriées par France Digitale sur ces technologies en 2021 (elles étaient 450 en 2020). Les collaborations transversales entre tous ces acteurs sont par ailleurs fortement encouragées, la transdisciplinarité étant identifiée comme une clé déterminante pour des technologies alliant excellence et confiance.

Ces annonces enthousiasment certes la filière technologique et l’industrie, mais pour autant plusieurs points de vigilance sont apparus au fil des interventions sur l’événement France is AI. Parmi eux, Bruno Maisonnier, fondateur de la start-up  AnotherBrain et connu pour avoir fondé la société Aldebaran, alertait quant à la nécessité d’encourager la souveraineté nationale et européenne autour des technologies, et de l’IA en particulier, invitant les acteurs économiques à développer leurs propres outils et briques technologiques plutôt que d’exploiter les technologies des puissances étrangères qui créent une dépendance non désirable à moyen terme.

Autre point soulevé par Maya Noël, Directrice Générale de l’association France Digitale, et relatif à la formation : la nécessité de se pencher également sur les emplois non qualifiés de l’IA qui sont une manne de création d’emplois, accessibles à des profils (jeunes ou non) peu ou pas diplômés, ou encore à des projets de reconversion professionnelle de chômeurs de longue durée. En effet, les start-ups de l’IA ont permis la création de 13 459 postes à ce jour (pour 70 000 emplois indirects générés) et prévoient de recruter 9000 personnes en 2022 selon l’étude réalisée par France Digitale. Contrairement à ce que l’on pourrait facilement croire, l’ensemble de ces postes n’est pas dévolu en effet aux seuls ingénieurs ou chercheurs. Des postes de testeurs, d’analystes ou encore de contrôleurs qualité par exemple restent accessibles à des profils très divers, peu ou pas qualifiés.

Enfin, le dernier sujet évoqué à plusieurs reprises concerne la nécessité de voir la commande publique s’ouvrir davantage dans les prochaines années aux technologies développées par les sociétés françaises et les start-ups de l’IA afin de favoriser la dynamique économique, l’applicabilité des investissements injectés dans l’innovation, la formation et la recherche, et d’accélérer le transfert de ces technologies vers l’industrie et les services. Cette demande constitue d’ailleurs la première proposition parmi celles recensées dans le manifeste des start-ups françaises publié par France Digitale à l’attention des candidats à la présidentielle de 2022.

Au regard de l’ensemble de ces mesures en faveur de la formation et de l’innovation, des diverses propositions et de la volonté de développement des acteurs autour de l’intelligence artificielle, il est indubitable que le paysage de l’emploi en France devrait se redessiner pour idéalement parvenir à une certaine autonomie et souveraineté nationale sur ces enjeux économiques stratégiques.

Si la formation des talents est nécessaire, une réflexion accrue devra être portée sur l’attraction de tous les talents et leur rétention, de sorte à voir émerger des champions sur le territoire et de les conserver sous pavillon européen.

 

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