Développée par Charles Boes, 25 ans, et ses trois associés, l’application Foodvisor permet, par une seule prise de photo avec votre smartphone, de « scanner » intégralement le contenu de votre assiette, vous offrant ainsi, en temps réel, les principales informations nutritionnelles de votre repas.

Impossible d’échapper au phénomène. Depuis maintenant quelques années, le premier « réflexe » en recevant son plat au restaurant est, non plus d’y goûter, mais de le prendre en photo, pour le partager sur les réseaux sociaux et en faire « profiter » sa communauté. Twitter et surtout Instagram ont largement contribué à ce qui est désormais une seconde nature chez tout un chacun. Une habitude à laquelle la start-up Foodvisor a décidé d’adjoindre une « coloration » informative au service de la santé des « photographes amateurs » et donc utilisateurs potentiels, ne se cantonnant pas à l’aspect purement esthétique du met proposé. « Notre application permet simplement de noter tout ce que l’on consomme (calories, glucides, protéines etc ) en prenant une simple photo. Il s’agit d’un coach culinaire de poche », raconte Charles Boes, l’un des maîtres d’œuvre de cette ambitieuse application aux côtés de ses associés, Gabriel Samain (25 ans), Yann Giret, mais également Aurore Tran (24 ans, Essec) sortie de terre à l’occasion d’un projet d’étude lors de leur dernière année à Centrale Paris.


Si la circonspection domine de prime abord – certaines applications similaires brillant davantage par leur manque de constance et de précision -, force est de constater que Foodvisor, grâce au retour d’expérience continu de ses utilisateurs, est rapidement monté en gamme, améliorant de mois en mois la qualité des algorithmes développés par ses soins. Un travail permanent. « Au début, nous pensions qu’en deux mois nous arrivions à toucher du doigt notre produit final mais cela fait maintenant deux ans que nous ne cessons d’améliorer et affiner notre technologie », concède Charles Boes. L’entrepreneur reconnaissant encore certains petits ajustements comme le café, selon qu’il soit décaféiné ou non, peut troubler le résultat. « On se focalise énormément sur le fait de savoir comment les gens vont utiliser notre application pour pouvoir en corriger les petits défauts le plus rapidement possible », poursuit-il.

Coach alimentaire

Hormis ces petites anicroches, le modus operandi de la start-up, pour mettre sur orbite cette application particulièrement novatrice, est sans fausse note majeure.  « Nous développons une technologie basée sur l’intelligence artificielle et le deep-learning. Nous développons à partir de cela nos propres algorithmes qui sont spécifiques à la reconnaissance de nourriture, ce qui les rend particulièrement performants », souligne l’entrepreneur.  Dès lors, une fois la photographie prise, les données récoltées vont échoir dans le « journal alimentaire » de l’application.  « Le nombre de calories consommées dans ce repas va ainsi s’ajouter au nombre de calories déjà consommées dans la journée. Ce qui permet, avec l’aide de l’application santé d’Apple par exemple, d’obtenir la balance entre les calories consommées dans la journée ( via Foodvisor) et celles brûlées durant les activités sportives », précise le dirigeant.

Car les études sont formelles. Suivre son alimentation en surveillant ce que l’on consomme multiplie par 2 la perte de poids dans le cadre d’un régime.  L’engouement pour ses applications “Food Tracker” ne date pas d’hier et est notamment très en vogue de l’autre côté de l’Atlantique. C’est d’ailleurs aux Etats-Unis que l’un des associés, Yann Giret, alors en poste chez Withings (pépite française rachetée par Nokia, ndlr) a pu prendre la mesure de cette tendance. Avec une nuance de taille tout de même.  Ces applications sont, en effet, très populaires aux USA avec plus de 200 millions d’utilisateurs… mais elles nécessitent une entrée manuelle de tous les aliments et de tous les repas. “Le processus est donc rébarbatif et chronophage », souligne Charles Boes. FoodVisor, à l’inverse, a su trouver la parade pour ne pas lasser ses usagers. 

Levée de fonds et conquête internationale

Les Etats-Unis pourraient d’ailleurs être un objectif à terme pour la start-up, actuellement en pleine levée de fonds, et qui a participé au dernier « FoodTech Lab » en juin dernier, un programme lancé par Business France (et dont la nouvelle édition est prévue pour mars 2018 à San Francisco). Celui-ci, dirigé par Wassila Satouri, directrice de la division Food pour l’Amérique du Nord, propose d’accueillir pendant une semaine une dizaine de start-up hexagonales désireuses de conquérir les Etats-Unis pour les initier aux us et coutumes de la « FoodTech locale » et les mettre dans les meilleures dispositions pour aborder ce marché. « Nous avons pu, à cette occasion, discuter avec des investisseurs américains mais également échanger avec différents mentors locaux pour avoir leur point de vue sur notre application. Nous en avons profité pour nouer quelques contacts que nous comptons activer le jour où nous ouvrirons un bureau à New York. Ce programme est la façon idoine de préparer une installation potentielle aux Etats-Unis ».

En attendant un brillant destin de l’autre côté de l’Atlantique, FoodVisor, qui prépare une levée de fonds pour le premier semestre 2018, pose ses jalons dans l’Hexagone. Ainsi la jeune pousse et ses quinze salariés ont attisé la convoitise d’un grand acteur de restauration collective qui souhaiterait utiliser l’application pour ses plateaux repas. Objectif : que chaque client obtienne un bilan nutritionnel précis de son repas. « Cela pourrait également s’étendre à tous les restaurants disposant d’un self-service », confirme Charlie Boes. Une manière de démocratiser l’usage de FoodVisor afin que prendre la photo de son repas ne soit plus un acte cosmétique. Le salut du « mieux manger » en restant « tendance » est à ce prix.