Renault a lancé Renault Digital en début d’année. Parce que l’automobile devient électrique, connectée et autonome, l’entreprise structure sa transformation dans une entité unique qui embauche déjà 300 personnes. Et espère dégager un milliard d’euros à l’horizon 2020 grâce aux applications, logiciels et outils numériques développés pour l’ensemble des métiers du groupe.

Deux plateaux aux 5ème et 6ème étages du « Cristallin », un bâtiment lumineux de Boulogne-Billancourt, accueillent les équipes de Renault Digital depuis janvier 2017. « L’industrie automobile est au cœur d’une transformation majeure : la voiture devient électrique, connectée et autonome », souligne Serge Yoccoz, directeur général de Renault Digital. Le siège social de l’entreprise n’est pas loin, comme pour marquer dans l’espace les deux ancrages de cette nouvelle structure : l’esprit Renault et l’indépendance. « Nous voulions éviter de créer une structure trop isolée du groupe qui aurait fonctionné comme un prestataire, ni créer quelque chose de trop intégré qui aurait perdu en créativité », indique Frédéric Vincent, directeur des services d’information. « Là, les équipes créent leurs propres méthodes qui pourront ensuite être déployées dans le reste du groupe. » Des méthodes, et déjà une quarantaine de projets.

Data scientists et UX designers

Renault l’a bien compris, le numérique, c’est sur l’ensemble de la chaîne : en amont avec la conception du véhicule, en interne avec les outils utilisés par les salariés, et lors de la vente pour instaurer de nouvelles relations entre la marque et le client. Par exemple aujourd’hui, il peut se passer plusieurs jours avant qu’un défaut de fabrication ne soit décelé sur une voiture en construction. Autant de journées perdues. L’objectif est de développer les outils numériques nécessaires pour détecter le défaut le plus tôt possible, faire remonter l’information et repartir sur de bonnes bases. Un gain opérationnel, et donc de production.

Déjà en 2016, l’entreprise avait engagé sa mue avec l’intégration des activités de R&D d’Intel en France. À la fin de l’année, décision est prise d’aller plus loin et de créer Renault Digital. Chose faite en janvier 2017, avec pour espoir de dégager un milliard d’euros de valeur à l’horizon 2020, 50% gagnés sur la productivité, 50% sur les ventes.

L’entreprise ne lésine pas sur les moyens : 150 à 200 millions d’euros par an. Et pour faire tourner la machine, 300 personnes ont déjà été embauchées : 100 dans la filiale pour développer des projets, 100 en externe et 100 freelance. Objectif : « internaliser des métiers et des compétences qui n’existaient pas chez Renault », indique Hadi Zablit, directeur associé chez BCG, le cabinet qui accompagne le changement. Des Data engineers, data scientists et data analysts pour avoir de la donnée propre, des développeurs, architectes et UX designers pour travailler sur l’expérience utilisateur, et des scrum masters et coach pour gagner en rapidité dans l’exécution. 100 autres embauches sont envisagées d’ici fin 2018.

CHUET

Parmi les premiers projets, l’application CHUET, dont une première version a été proposée en juillet, une deuxième en septembre et une troisième en novembre. Testé dans l’usine espagnole de Vallaloid, l’outil numérique, disponible sur tablette, permet au chef d’équipe d’optimiser son temps. Le premier utilisateur, un chef d’unité élémentaire de travail, d’où le nom de CHUET, faisait 12 kilomètres par jour à pied pour se rendre d’un point de la chaîne à son bureau. Désormais, son bureau est dans sa poche avec tous les indicateurs clés (performance, qualité, temps) qui se mettent à jour en temps réel sur sa tablette. Le premier utilisateur ne fait plus que 7 kilomètres par jour, réduisant les allers-retours inutiles entre la chaîne et son bureau. Dans un an, l’ensemble des usines seront équipées.

« L’objectif est que l’ensemble des équipes se passent de Renault Digital », précise Frédéric Vincent, mettant l’accent sur la formation « training by doing ». Renault Digital doit ainsi permettre à l’ensemble des salariés du groupe d’acquérir compétences et méthodes pour développer de nouveaux produits de manière rapide et autonome. Pour diffuser l’acculturation, des bureaux ont été ouverts au Brésil et en Russie et d’autres devraient ouvrir en Asie en 2018.