82 000 taxis robots, c’est considérable, il n’y aura plus de place pour les autres. Récemment, Waymo a tout misé sur les taxis autonomes. L’entreprise a tellement investi qu’elle ne va pas laisser beaucoup de place à ses concurrents.

L’entreprise, filiale de Google, annonçait la semaine dernière qu’elle prévoyait d’acquérir jusqu’à 62 000 minivans fabriqués par Fiat Chrysler Automobiles NV, en plus des 20 000 SUV I-Pace Jaguar dont elle avait déjà annoncé l’achat il y a maintenant quelques semaines.

Tous ces véhicules, 82 000 au total, suffiront certainement à couvrir les grandes villes d’Amérique du Nord.

Aujourd’hui, on ne compte que 175 000 taxis, chauffeurs privés et véhicules de transport adapté dans la région, selon la Taxi, limousine and paratransit association. La circulation en continu des 82 000 taxis robots autonomes de Waymo pourrait remplacer, en grande partie, les services disponibles actuellement.

De plus, il est fort probable que Waymo annonce des partenariats supplémentaires avec d’autres constructeurs automobiles afin d’agrandir sa flotte déjà conséquente sur le papier. Juste pour vous donner un idée de l’ampleur de l’engagement de Waymo : la ville la plus peuplée d’Amérique du Nord, New York, compte environ 27 000 taxis certifiés, qui assurent plus de 400 000 courses par jour. Les véhicules de Waymo pourraient assurer jusqu’à six fois plus de courses quotidiennes.

General Motors va se battre pour également déployer ses taxis sur le terrain. Si les deux entreprises, GM et Waymo, inondent la marché de voitures autonomes, il sera saturé, du moins, en Amérique du Nord.

Selon les données publiques de 2015, les courses d’Uber durent 24,9 minutes sur 10 km en moyenne. Si l’on se base sur ces mesures, on peut donc estimer qu’un véhicule peut effectuer 58 courses par jour. Ce qui est impossible, à moins que le client suivant ne se trouve à l’endroit exact où le client précédent a été déposé et que la voiture se nettoie ou se recharge toute seule.

Les chauffeurs Uber expliquent qu’ils font autant de kilomètres à vide, que de kilomètres de courses. Ce qui réduit le nombre de courses par jour à 30, au maximum, sachant qu’un taxi new yorkais réalise quinze courses par jour en moyenne.

Un seul véhicule parcourrait alors près de 200 000 km par an, et la flotte Waymo pourrait réaliser 2,46 millions de courses par jour.

Ces estimations impliquent une circulation en continue et elles ne tiennent pas compte de la maintenance, de la chute de la demande durant les heures creuses, de la météo, ou de tout autres facteurs qui pourraient réduire le nombre de courses. De plus, ces moyennes ne prennent pas en compte la vitesse de déplacement de ces véhicules, qui sont plus lents que les taxis conventionnels.

En réalité, il est peu probable d’atteindre ces prédictions.

Waymo est l’entreprise qui souhaite conquérir ce marché en premier. General Motors est prêt à bondir depuis que SoftBank a investi 2,25 milliards de dollars dans son programme de développement de véhicules autonomes Cruise Automation. Le constructeur américain a d’ailleurs promis de lancer, en masse, une flotte de taxis robots en 2019. Bien que le « en masse » soit légèrement ambigu, nous supposons tout de même qu’il y aura bien plus que quelques centaines de véhicules en circulation.

Ensuite, une nuée d’entreprise leur emboîtent le pas, notamment Didi, Zoox, nuTonomy, Ford, Uber, Navya, EasyMile, May Mobility et d’autres pourraient suivre prochainement.

Ces dizaines de milliers de taxis robots additionnels débarqueraient sur un marché pas seulement occupé par les taxis, mais également par des centaines de milliers de chauffeurs Uber ou Lyft.

Maintenant, on peut toujours supposer que les gens préfèreront ces services de taxis autonomes à leurs propres voitures et que toute l’offre de taxis autonomes sera comblée. Mais ce phénomène n’a pas encore pris malgré la montée en puissance des services de mobilité. En effet, aux Etats-Unis, le nombre de foyers possédant deux voitures ne cesse d’augmenter, alors que la part de foyers sans voiture diminue.

Waymo promet de fournir une meilleure course, pour un prix inférieur, sans modifier le service rendu. Il est cependant difficile de comprendre comment les taxis autonomes peuvent attirer plus de public que les services de mobilités conduits par des humains, mis à part sur l’aspect budgétaire.

Une étude sur les motivations des automobilistes à abandonner leurs véhicules personnels a été réalisée l’an dernier par Gartner aux États-Unis et en Allemagne. Elle a découvert que 47 % des personnes sondées n’abandonneraient pas leur véhicule personnel au profit des services de mobilité, même si cela leur permettait d’économiser 75 % de leur budget alloué aux transports.

Parmi les 53 % restant, la majorité affirme que pour songer à faire appel à un service de mobilité, il faudrait qu’un véhicule soit disponible en moins de dix minutes.

Le pourcentage de personnes prêtes à abandonner leur voiture était légèrement plus élevé dans les zones urbanisées, où le nombre de places de stationnement est limité et où la population est plus jeune. Donc près de la moitié de la population n’est pas prête à se débarrasser de son véhicule personnel, et l’autre moitié demande à pouvoir obtenir un véhicule en moins de dix minutes.

Pour résumer l’étude, il faut retenir que les principales motivations sont : le côté pratique, la sécurité et l’intimité, le coût du voyage n’apparait qu’au second plan.

L’usage des services de mobilité est en plein essor, bien que moins d’un tiers des Américains aient fait appel à un service de mobilité au cours des douze derniers mois, selon l’étude. Et seulement 3 % des personnes interrogées affirment utiliser des services comme Uber régulièrement ou pour se rendre sur leur lieu de travail.

Il est fort probable que de plus en plus de personnes utiliseront les différents services de mobilité à l’avenir, mais le changement d’habitudes des automobilistes sera-t-il assez important pour justifier les efforts déployés actuellement par les services de mobilité et de véhicules autonomes ?

Waymo, GM, et les autres, vont dépenser des dizaines de milliards de dollars pour trouver la réponse à cette question.