À la suite des émeutes insurrectionnelles et meurtrières au Capitole des États-Unis, à Washington le 6 janvier dernier, un nombre croissant de policiers et de fonctionnaires à travers le pays sont interrogés ou arrêtés. Voici une liste des incidents qui font l’objet d’une enquête et des suspects appréhendés.

 

Un entrepreneur naval du New Jersey, Timothy Hale-Cusanell (décrit comme étant un « suprémaciste blanc déclaré et un adepte de l’idéologie nazie », selon la justice), est poursuivi pour intrusion illégale sur une zone réservée, entrave à un agent de police dans l’exercice de ses fonctions, intrusion violente et trouble à l’ordre public au sein d’un bâtiment du Capitole. D’après une plainte et un mandat d’arrêt déposés devant une Cour fédérale de district, Timothy Hale-Cusanell est réserviste au sein de l’armée américaine. En outre, il travaille pour la Naval Weapons Station Earle (base de la marine américaine dans le New Jersey) et possède à cet égard une habilitation de sécurité de niveau 2 (secret) ainsi qu’un accès à des munitions. 

Robert Sanford, un pompier à la retraite de Pennsylvanie, a été arrêté par les autorités fédérales, car il est soupçonné d’avoir lancé un extincteur qui a percuté trois policiers, dont un a dû être hospitalisé après que le projectile a heurté sa tête. D’après les enregistrements des caméras de surveillance, durant les émeutes le suspect portait un chapeau des pompiers de la ville de Chester. Pour autant, une autre personne a d’abord été accusée à sa place. En effet, un pompier à la retraite de Chicago, David Quintavalle, a été qualifié de « terroriste » et accusé d’avoir lancé l’extincteur sur les policiers durant les émeutes. Néanmoins, il faisait ses courses à Chicago au moment des faits. Selon le site de vente en ligne Patch, « les déclarations sans fondement ont explosé sur Twitter. » Les tweets dénonçaient le pompier à la retraite depuis 2016 comme étant « #extinxteurman », l’homme repéré sur les enregistrements des caméras de surveillance, et affirmaient qu’il était recherché par le FBI. Son avocat, John Nisivaco, a déclaré : « Les réseaux sociaux ont tué David Quintavalle. Cette affaire a été un désastre absolu pour lui et sa famille. Il y a une voiture de police devant sa maison ».

Jacob Fracker et Thomas Robertson (vétéran de l’armée et tireur d’élite), deux policiers de Rocky Mount (Virginie) en dehors de leurs heures de service, sont poursuivis pour intrusion violente et trouble à l’ordre public après avoir publié des selfies sur lesquels ils réalisent un geste obscène au sein du Capitole. L’armée américaine a déclaré que Jacob Fracker est caporal au sein de la Garde nationale de Virginie, faisant de lui le premier militaire en activité accusé dans le cadre des émeutes au Capitole.

Christine Priola, une ancienne ergothérapeute ayant travaillé pour le Cleveland Metropolitan School District (District scolaire métropolitain de Cleveland), est poursuivie pour intrusion violente et trouble à l’ordre public, après avoir pénétré sciemment dans un bâtiment réservé, ainsi que pour activités illégales à l’intérieur du Capitole. Elle a été photographiée dans la chambre du Sénat avec une pancarte dont le message était : « Les enfants réclament justice ». Le lendemain des émeutes, Christine Priola a remis au district scolaire une lettre de démission remplie de thèses conspirationnistes. Elle y déclarait qu’elle « changeait de voie pour exposer au grand jour le fléau mondial du trafic d’êtres humains et de pédophilie qui sévit au sein même des différents organismes gouvernementaux et agences de services à l’enfance. »

Les supérieurs de Roxanne Mathai, lieutenante pénitentiaire, ont dénoncé au FBI cette vétérane du bureau du shérif de Bexar County après que cette dernière a posé sur des selfies au milieu du chaos au Capitole. Elle a été mise en congé sans solde en attendant les résultats de l’enquête interne sur son implication.

D’après une dépêche Reuters, deux enseignants de Pennsylvanie (non nommés), un originaire d’Allentown et l’autre de Susquehanna Township, ont publié des photos du rassemblement sur les réseaux sociaux et ils sont tous deux sous le coup d’une enquête. À cet égard, une pétition en ligne réclamant le renvoi de l’enseignant de Susquehanna Township a recueilli plus de 5000 signatures.

Au moins deux policiers de Seattle sont mis en congé administratif à la suite de leur implication supposée dans les émeutes. Par ailleurs, l’Office of Police Accountability (OPA – Bureau de la responsabilité policière) de la ville a ouvert une enquête pour savoir si au cours des émeutes des violations de la politique du Seattle Police Department (SPD – Département de police de Seattle) ont eu lieu ou si des activités illégales doivent « faire l’objet d’une enquête criminelle. »

Derrick Evans, membre de la Chambre des délégués de Virginie-Occidentale, est poursuivi pour intrusion sur une zone réservée après avoir enregistré une vidéo en direct sur Facebook, durant l’invasion du Capitole, dans laquelle il hurle : « On est entré ! On est dedans, bébé ! » (Il a depuis démissionné).

Un policer de Houston, en dehors de ses heures de service, qui n’a pas encore pu être identifié, a été placé en congé administratif la semaine dernière dans l’attente de sa démission. Il est fort probable qu’il soit poursuivi après avoir été photographié brandissant un drapeau pro-Trump dans le Capitole.

Le commissaire de police Dermot Shea a annoncé que les autorités de police de New York (NYPD) enquêtaient sur l’implication dans les émeutes d’au moins un membre actif des NYPD.

La police de Philadelphie a retiré son arme de service à la détective Jennifer Gugger et l’a transférée au service de contrôle des antécédents des recrues de la police. L’unité des affaires internes a découvert des publications sur les réseaux sociaux prouvant la présence de la détective lors des manifestations.

Andrew Williams, pompier et secouriste originaire de Sanford en Floride, a été arrêté après avoir été identifié sur une photo envoyée anonymement à une chaîne d’information de Floride. Sur cette photo, l’homme se trouve dans le hall du Capitole. Il porte une casquette « Trump 2020 » et pointe du doigt une plaque avec le nom de Nancy Pelosi. L’avocat du suspect a indiqué que le président Donald Trump et la police du Capitole « avaient encouragé des comportements abjects », mais que « son client n’avait pris part à aucun d’entre eux. »

Les membres démocrates du Sénat de Virginie ont décidé de procéder au vote de censure de la sénatrice républicaine Amanda Chase après qu’elle a assisté au discours de Donald Trump lors du rassemblement. Dans les jours qui ont suivi, la sénatrice a qualifié les émeutiers de « patriotes » et elle a déclaré, sans aucun fondement, que les responsables des incidents étaient des activistes antifascistes. À la suite de cette procédure de censure, la sénatrice s’est dite « outrée » que le Sénat envisage de la sanctionner alors que d’autres sénateurs ont participé aux manifestations pour l’égalité raciale après la mort de George Floyd. Par ailleurs, elle a déclaré qu’elle « ne se ferait pas sermonner sur l’acceptation des résultats des élections par ces mêmes politiciens » qui « ont refusé d’accepter nos résultats [la victoire de Donald Trump en 2016, NDLR] » et « ont orchestré une attaque généralisée contre la légitimation » du président Trump.

La police du Capitole a annoncé la mise à pied de plusieurs officiers qui ont violé les règles du Département, et le chef du parti démocrate à la Chambre des Représentants, Steny Hoyer, a déclaré qu’une quinzaine d’enquêtes étaient en cours pour faute professionnelle de la part de la police du Capitole. Selon le Représentant Tim Ryan (parti démocrate, Ohio), un membre de la police du Capitole aurait pris un selfie avec un émeutier et un autre aurait porté une casquette « Make America Great Again » (MAGA) et dirigé les émeutiers dans le bâtiment.

La rédaction de Forbes US a tenté de joindre les personnes citées dans cet article, ou leurs avocats, pour obtenir leur réaction.

 

POUR RAPPEL :

Les émeutes du Capitole ont provoqué la mort de cinq personnes, notamment d’un officier de police du Capitole, Brian Sicknick. Ce dernier « a été blessé à la suite d’une altercation avec des manifestants ». Après avoir rejoint son bureau à la suite du conflit, le policier a perdu connaissance. Il a été transporté à l’hôpital le plus proche, où il est ensuite décédé. Les autorités officielles ont déclaré qu’une cinquantaine de policiers ont été blessés au cours d’altercations avec des manifestants pro-Trump. Trois hauts responsables de la sécurité du Congrès ont donné leur démission (le chef de la police du Capitole, Steven A. Sund, le sergent d’arme de la Chambre des représentants, Paul D. Irving, et le sergent d’arme du Sénat, Michael C. Stenger).

Selon Andrew Myerberg, directeur civil du Bureau de la responsabilité policière du département de police de Seattle, « [l]a question principale est la suivante : la présence au rassemblement est-elle en soi une violation de la politique du département ? Je n’en ai pour l’instant aucune idée. Je pense que tout dépend du comportement et du rôle de chacun au cours de cet évènement. » À ce jour, une centaine d’affaires pénales, en lien avec la tentative d’insurrection au Capitole des États-Unis, ont été portées par le ministère de la Justice.

 

Article traduit de Forbes US – Auteur : Tommy Beer

 

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