OPINION | Dans le cadre du Davos Digital 2021, baptisé cette année The Great Reset [1], le thème de la transition climatique occupera une place  prépondérante. Le ‘zéro émissions nettes’ pour les entreprises va devenir l’alpha et l’omega de leurs stratégies. L’initiative Chapter Zero France s’est constituée pour accompagner les conseils d’administration et leurs administrateurs dans cette nouvelle mission.

Par Monica de Virgiliis, Présidente de l’association Chapter Zero France

 

La transition vers un monde « zéro émission nette » nécessitera des transformations majeures dans les stratégies et les modèles d’affaires des entreprises.

Garant de la stratégie de l’entreprise ainsi que de la sincérité et de la qualité des informations divulguées, les conseils d’administration sont en première ligne pour stimuler ces transformations.

Le rapport IFA Carbone4, de décembre 2019[2], relève un décalage entre la perception de la criticité des enjeux climatiques et la réalité des agendas des conseils d’administration des sociétés françaises. Le même constat est fait par ailleurs partout dans le monde [3].

Le marathon vers la « zéro émission nette » va impliquer dans les dix prochaines années, pour les Conseils d’administration, des décisions difficiles, voire des dilemmes – mais surtout des changements profonds dans leurs ambitions et leurs pratiques. Les attentes et les exigences des investisseurs, des législateurs, des analystes, des gouvernements, des clients, et même des employés, sont en train d’augmenter de façon spectaculaire. Même les entreprises menant une politique climat volontariste peuvent être interpellées par des investisseurs sur le sujet. 

C’est ainsi, par exemple, qu’en octobre 2020, le groupe Espagnol de gestion des aéroports AENA a dû, sous la pression du représentant à son conseil du fonds activiste TCI, revoir son plan de réduction des émissions, jugé trop faible et sans objectifs concrets. L’ensemble des investisseurs internationaux a soutenu la démarche, conduisant le Conseil à inciter la direction générale à améliorer ce plan. Au final, il en est résulté une modification des statuts de la société et la décision de tenir un vote consultatif annuel sur le plan d’action climat de l’entreprise. Mais surtout, cela a conduit AENA à prendre conscience qu’elle pouvait mettre en place une stratégie visant à produire elle-même son électricité à un horizon de 5 ans : un changement de paradigme aux conséquences économiques positives.

Dans le même mouvement, le Conseil du géant mondial Unilever, a annoncé, en décembre 2020, la volonté de soumettre son plan de transition climatique au vote consultatif de l’Assemblée des Actionnaires.

Tout naturellement, le marché des capitaux est déjà prêt à récompenser les entreprises vertueuses. ENEL, le groupe Italien de production et distribution d’électricité, a émis en 2019 un emprunt obligataire dont le taux d’intérêt avantageux de 2,625% sera augmenté de 25 points de base si l’entreprise ne tient pas ses objectifs en matière de part de renouvelables dans son mix de génération énergétique. L’offre de 1,5 milliards de dollars a rencontré une demande de presque 4 milliards, signe du fort intérêt des investisseurs pour les engagements précis des entreprises sur le climat.

Déjà une vingtaine d’associations nationales d’administrateurs, appelées « Chapter Zero », sont actives

Car les investisseurs seront de plus en plus exigeants en la matière. HSBC, pourtant considérée comme une entreprise volontariste et avancée sur la transition vers le net zéro, subit la pression d’un groupe d’actionnaires pour qu’elle soit plus exigeante envers les entreprises dans lesquelles elle investit. Ils réclament en effet de la banque une stratégie claire de réduction de son exposition aux actifs exposés aux énergies fossiles. Si le green washing ne paie plus, les engagements concrets en revanche rencontrent l’adhésion.

 

Les investisseurs ont effet bien intégré les impacts majeurs et parfois radicaux pouvant frapper les entreprises qui ne joueraient pas suffisamment le jeu. En février 2020, suite à une action en justice menée par l’organisation Client Earth, les tribunaux polonais ont marqué un brutal coup d’arrêt au projet d’agrandissement d’une centrale électrique à charbon dans le pays. La raison : aucune démonstration n’avait été produite de la pérennité économique de cet investissement, évidemment sujette à caution au vu de l’évolution des réglementations.

Dans ce contexte, le Forum Economique Mondial (WEF) a lancé à Davos, en 2019, la Climate Governance Initiative ayant comme objectif de mobiliser les Conseils d’administration vers la transition zéro émission nette des entreprises. 

Depuis, plus d’une vingtaine d’associations nationales d’administrateurs (appelées « Chapter Zero ») adhérents à « Climate Governance Initiative » ont été créés à travers le monde. Sept sont en opération :  la Grande Bretagne, l’Italie, la Malaisie, la Russie, la Suisse, le Canada et la France, depuis décembre dernier.

C’est dans le cadre du Davos Digital 2021, intitulé The Great Reset, que Chapter Zero France, en association avec son homologue suisse, lance le débat dans cette année cruciale pour la Gouvernance et Climat qui va culminer lors de la COP26 à Glasgow. Avec la participation exceptionnelle de André Hoffman, Barbara Kux et Jonathan Normand, le dialogue digital “The Great Reset – The Role of the Board in Climate Change” va ouvrir le 26 janvier prochain.

 

Chapter Zero France mobilise les administrateurs non exécutifs des entreprises françaises dans la prise en compte des risques et des opportunités liés aux changements climatiques

 

Chapter Zero France a 3 objectifs :

1. Dispenser de la formation et permettre des échanges (ateliers, séminaires, conférences, outils d’autoévaluation) ;
2. Organiser des prises de parole ciblées ;
3. Echanger de l’information (sélection de documents pertinents pour les administrateurs).

Trois ateliers avec des experts de grande renommée sont prévus entre le 26 janvier et le 11 février, pour développer les thématiques suivantes : les risques réputationnels (avec BakerMackenzie, Rep-Publica), les évolutions nécessaires dans la stratégie des entreprises (Danone, le Cefic et Deloitte) et l’accès au capital (Banque de France, Amundi et Quivalio). Les ateliers sont conçus pour des administrateurs mais sont ouverts à une plus large base de participants. Pour s’inscrire : http://chapterzero-france.com/index.php/evenements/

L’association est soutenue depuis sa création par l’INSEAD Centre de Gouvernance et le cabinet DELOITTE, et bénéficie du soutien plus récent de nouveaux membres partenaires comme Ethics & Boards et l’ADEME.

L’adhésion à Chapter Zero France est gratuite et requiert la signature d’un protocole d’affiliation, aligné avec la Charte de la « Climate Governance Initiative ».

En conclusion, l’objectif de « Chapter Zero France » est d’éclairer et de mobiliser les administrateurs non exécutifs des entreprises françaises dans la prise en compte des risques et des opportunités liés aux changements climatiques, en leur offrant une plateforme d’échanges et de réflexion sur ces enjeux, pour qu’ils soient à même de mobiliser leurs entreprises vers l’objectif de « zéro émission nette ».

Le changement climatique comporte des risques majeurs pour les entreprises, mais aussi des opportunités significatives : les entreprises les plus informées et les plus audacieuses, avec un conseil engagé en support du management, ont des opportunités à saisir.

Par Monica de Virgiliis, Présidente de l’association Chapter Zero France

 

 

[1] Davos 2021 est ouvert au public https://www.weforum.org/events/the-davos-agenda-2021/

[2] https://www.agefi.fr/gouvernance/actualites/quotidien/20191210/administrateurs-doivent-mettre-defis-climatiques-288732

[3] https://www.bloomberg.com/news/articles/2021-01-13/corporate-boards-don-t-get-the-climate-crisis-green-insight

 

<<< À lire également : Changement climatique : le lourd prix de l’inaction >>>