Prenant le relais du spécialiste de l’affichage publicitaire JC Decaux, la PME montpelliéraine Smoovengo, qui a arraché de haute lutte ce marché tant convoité des vélos en libre-service dans la capitale, connaît quelques difficultés à tisser sa toile avec son Vélib’ 2.0.

Le vert pomme est décidément tendance pour les vélos parisiens en ce début d’année. Après les fameux « Gobee.bike », concurrents numéro 1 de Vélib’, qui bénéficient de la géolocalisation et qui arborent ce « teint » sur les routes de la Ville Lumière, c’est au tour de « l’ancien maître du jeu » Vélib’ de se mettre au goût du jour et revêtir également – en partie – cette couleur ne passant pas inaperçue (le modèle électrique arbore cependant une couleur turquoise), tout en gardant néanmoins quelques nuances de gris, son habit originel. Mais l’installation – ou plutôt la réinstallation – s’avère plus délicate que prévue. En effet, après avoir régné sans partage des années durant, Vélib’ « première version » a vu la concurrence fourbir ses armes et a vécu une fin de règne contrastée. Et les débuts de Smoovengo s’inscrivent malheureusement dans cette droite ligne, au grand désarroi des usagers.

Comme le souligne Libération, sur les 1 200 stations « canal historique » de Vélib’, seulement environ 80 fonctionnent à pleine mesure. A des années-lumière des 600 initialement promises à date, avant d’être ramenées, « plus raisonnablement » à 300. Mais le compte n’y est toujours pas. Déjà pour compenser la réduction du nombre de stations Vélib’ en décembre, le syndicat, qui regroupe Paris et les 66 communes adhérentes de la Métropole du Grand Paris, avait annoncé des compensations pour les abonnés (crédit d’heures, réductions), qui pourraient ainsi être amplifiées. Mais la société Smovengo, si elle reconnaît ce retard, l’impute au précédent prestataire,  JC Decaux, qui, sans doute « mauvais perdant », avait lancé une action en justice, après avoir perdu le marché, ce qui, de fait, aurait augmenté les délais d’installation du « Vélib’ 2.0 ».

L’opposition « vent debout » contre Anne Hidalgo

Une explication qui ne convainc pas les usagers les plus réguliers de la plateforme qui s’estiment lésés. A l’instar de Nicolas Plommée cité par l’AFP qui ne décolère pas. « Aujourd’hui on a perdu octobre, novembre, décembre. Et là, ça va être opérationnel fin mars. Sur un abonnement d’un an, c’est des problèmes sur six mois ! », fulmine celui qui utilise Vélib’ depuis une dizaine d’années maintenant. Ces atermoiements ont même pris une tournure politique.  L’opposition à la maire de Paris, Anne Hidalgo, s’en donnant à cœur joie pour dénoncer la mauvaise gestion de ce dossier. Ainsi, le groupe UDI-MoDem et Les Républicains (LR) crient au « fiasco » et déplorent un « retard intolérable » et un « démarrage plus que poussif ».  « Seules 64 stations sont activées au 5 janvier et moins de 500 vélos sont disponibles contre 20 000 en temps normal », indique un communiqué du groupe LR selon qui les « 30 000 abonnés essuient les plâtres d’un changement d’opérateur insuffisamment préparé ». Fin de citation.

L’autre groupe d’opposition, UDI-Modem, est également monté au créneau et déplore que « ce retard intolérable est le prix à payer pour les erreurs de gestion de ce dossier par la Ville de Paris, véritable chronique d’une catastrophe annoncée depuis juillet 2016 par le groupe ».  Ainsi, les deux groupes demandent un dédommagement pour les utilisateurs « à la hauteur du préjudice subi »,  l’UDI-MoDem réclamant 6 mois gratuits pour les abonnés au vélo traditionnel. Dans la même veine, Les Républicains (LR) demandent le remboursement des usagers «tant qu’au moins 500 stations ne sont pas opérationnelles». Mais l’association « Paris en Selle » va plus loin dans les colonnes de Libération et parle carrément d’un « accident industriel ». «Le sujet n’a pas été pris très au sérieux par l’opérateur ou les politiquesQuand le RER ferme pour travaux, il rouvre à la bonne date, pas trois mois après», abonde Simon Labouret, porte-parole de l’association. Paris en Selle réclame désormais la constitution d’un comité d’usagers des Vélib’.

Une concurrence accrue

Pendant ce temps, la concurrence ne chôme pas. Comme évoqué en préambule, Gobee.bike a largement su tirer son épingle du jeu, profitant sans doute indirectement des turpitudes de l’ancien leader des vélos en libre-service dans la capitale. Si le « challenger » ne communique pas sur les chiffres « ville par ville », Gobee.bike revendique déjà près de 73 000 utilisateurs depuis son lancement en France, grâce notamment à son « point fort » qui relègue ainsi Vélib’ au rang « d’antiquité » sur le marché : la géolocalisation. Plus besoin en effet de « tourner » afin de trouver une borne.  Mais les Vélib’ « nouveau cru » ont également quelques arguments à faire valoir.  Certains d’entre eux – les « turquoises » – disposent d’un boîtier électronique placé dans la potence du vélo, autonome en énergie, car rechargé par la dynamo. Ce boîtier permettra un accès direct et rapide au vélo, sans clé ni totem, et assurera un système antivol et anti-vandalisme sophistiqué. En attendant, que Vélib’ trouve son rythme de croisière, la concurrence bat son plein. Les usagers ont désormais l’embarras du choix. A Vélib’ de renouer avec ce glorieux passé.