Longtemps en situation de monopole dans la capitale, Vélib’ a récemment vu débarquer une concurrence particulièrement ambitieuse qui a rebattu les cartes. Ainsi, la start-up Gobee.bike et ses « montures » vert pomme a su tirer son épingle du jeu grâce à une approche beaucoup plus moderne – notamment le recours à la géolocalisation – et des vélos bien plus maniables. Bilan d’étape un peu plus d’un mois après son arrivée remarquée dans la Ville Lumière.

Le marché des vélos en libre-service a connu une petite révolution le 9 octobre. Le « monopole » Vélib’ n’est plus et l’ancien porte-drapeau de JCDecaux – passé depuis sous le giron de la PME Montpellieraine Smoov qui prendra officiellement la succession du spécialiste de la publicité urbaine le 1er janvier – doit désormais ferrailler avec la concurrence. Et non des moindres… qui n’a pas pu échapper au regard aiguisé et affûté des Parisiens. En effet, difficile de ne pas remarquer ces vélos vert pomme – qui de facto tranchent singulièrement avec la grisaille inhérente à notre chère « Ville Lumière » – à la faveur de l’automne. Sagement stationnées sur les emplacements dédiés à cet effet, simplement « posées » près de la porte d’un immeuble haussmannien, voire même « occupant » des bornes Vélib ‘, les « montures » colorées et estampillées Gobee.bike ont envahi le paysage. « Pourquoi le vert pomme ? Car cette couleur se distingue particulièrement bien dans le paysage urbain et augmente la sécurité de l’utilisateur car les voitures les voient bien, y compris dans un cadre sombre », développe Geoffroy Marticou, responsable France de Gobee.bike. « C’est également un clin d’œil à l’environnement », ajoute le dirigeant.

Quid de l’accueil à Paris ? Le dialogue avec la mairie et les autorités compétentes fait partie du « préalable » de la start-up avant son installation dans chaque commune. « Dès que nous nous lançons dans une ville, nous prenons grand soin de mener des discussions avec les administrations locales. Les échanges sont francs et ouverts et, à Paris, nous venons compléter le dispositif actuel et nous sommes sur la même longueur d’onde, notamment en qui concerne la politique environnementale », abonde Geoffroy Marticou. Dès lors, quel premier bilan tirer de « l’aventure parisienne » de Gobee.bike, la start-up ayant fait le choix initial de se « déployer » à Lille et à Hong-Kong ? « Nous constatons une très forte adoption du service par les Parisiens qui correspond véritablement à leurs besoins quotidiens. Nous soutenons ainsi la mairie de Paris dans son ambition de tripler le nombre de déplacements en vélo à l’horizon 2020 », souligne le responsable France de la jeune pousse.

Le « point fort » géolocalisation

Si cette dernière ne communique pas sur les chiffres « ville par ville », Gobee.bike revendique déjà près de 73 000 utilisateurs depuis son lancement en France, grâce notamment à son « point fort » qui relègue ainsi Vélib’ au rang « d’antiquité » sur le marché : la géolocalisation. Un procédé qui permet à chaque usager de ne plus être tributaire des « fameuses » bornes et ainsi disposer d’une marge de manœuvre accrue pour déposer sa bicyclette sur un simple parking à vélos.  Finis ainsi les sempiternels détours pour trouver une borne avec des places disponibles. Une petite « révolution » à laquelle les services de scooters en libre-service comme CityScoot ou encore Coup ont déjà souscrit, faisant de la géolocalisation leur marque de fabrique. Le mode opératoire de « location » diffère également du « grand frère » Vélib’.

Les « montures » vert pomme de Gobee.bike sont ainsi disponibles par l’intermédiaire d’une application mobile, celle-ci permettant aux usagers de localiser les vélos à proximité. Ils pourront, une fois le choix effectué, les déverrouiller via un QR Code unique. Une fois l’usager arrivé à bon port, les vélos pourront être déposés sur un parking dévolu à cet effet et pour mettre officiellement un terme à la location l’utilisateur n’aura qu’à abaisser manuellement un verrou situé sur la roue arrière. « Cette facilité d’utilisation est reconnue par nos usagers qui peuvent déverrouiller un vélo en quelques secondes », confirme Geoffroy Marticou. Le « fameux » retour d’expérience fait également office d’incontournable pour la start-up, toujours désireuse d’améliorer la qualité de son service. Car si certains « ratés » sans gravité (difficulté à déverrouiller un vélo par exemple), inhérents à toute structure nouvellement arrivée sur un « territoire », sont à déplorer, Gobee.bike tente de corriger le tir. Ainsi, certains utilisateurs se sont plaints de voir leurs courses se poursuivre « sans eux », une fois le cadenas fermé, la start-up met désormais à disposition un verrouillage manuel sur son application afin d’éviter ce genre de désagréments.

Facilité de conduite

Autre point fort, souligné en préambule, la maniabilité du vélo, et son design épuré aux antipodes de la concurrence. En effet, Gobee.bike assure que sa « flotte » est plus légère de quatre kilos, en moyenne, que les autres vélos en libre-service sillonnant actuellement les routes de l’Hexagone. Quid du tarif en vigueur ? 50 centimes d’euros la demi-heure et la caution à payer – uniquement valable quelques semaines suivant le lancement – est famélique : 15 euros. Mais elle grimpera à 50 euros par la suite. Ce qui reste somme toute raisonnable.  Galvanisée par une levée de fonds de 9 millions d’euros au mois d’août dernier, Gobee.bike se sent pousser des ailes et espère rapidement tisser sa toile dans l’Hexagone. Objectif avoué : une dizaine de villes en France mais également en Europe d’ici la fin de l’année en cours, même si la discrétion reste de mise, une nouvelle levée de fonds est à l’étude, comme l’évoque, sibyllin, Geoffroy Marticou.  « Nous regardons pour la suite. Nous sommes dans un business qui demande du cash. Villes secrètes ouvertes avant la fin de l’année.  Nous visons, en effet, une dizaine de villes sur le marché européen ». Pour rappel, Gobee.bike, outre Paris, couvre des zones comme Boulogne-Billancourt, Neuilly sur Seine et une partie de la Défense.

De quoi devenir une alternative crédible à Vélib’ « version Smoove » qui a quelques atouts à faire valoir également :  la PME montpelliéraine gère actuellement plus de 715 stations vélos, 8 800 vélos en libre-service et 13 000 vélos de location longue durée.  Une capacité qui devrait plus que doubler avec l’accession à la « concession » Vélib’ « première version ». En outre ces « Vélib’ 2.0 » disposeront d’un boîtier électronique placé dans la potence du vélo, autonome en énergie, car rechargé par la dynamo. Ce boîtier permettra un accès direct et rapide au vélo, sans clé ni totem, et assurera un système antivol et anti-vandalisme sophistiqué.  Enfin, à l’instar de Gobee.bike, les Parisiens pourront disposer de vélos plus légers et plus malléables avec un usage « diversifié » puisqu’un tiers d’entre eux sera équipé d’une assistance électrique. De quoi augurer une « montée en gamme » des services de vélos en libre-service. Les « bienfaits » de la concurrence. Pour le grand bonheur des « cyclistes » du quotidien.