Le Brexit marque une nouvelle étape dans les relations entre la France et l’Irlande. La fin de la période de transition a confirmé le retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne faisant de la France le plus proche voisin de l’Irlande au sein de l’UE et l’Irlande son plus proche voisin anglophone. Entretien avec Mathieu Gorge, homme d’affaires français implanté en Irlande et ancien président de la Chambre de Commerce Franco-Irlandaise.


 

Quelles étaient les relations entre la France et l’Irlande avant le Brexit ? 

Mathieu Gorge : Les relations entre la France et l’Irlande ont toujours été très bonnes. Tout d’abord, les deux pays ont des cultures assez proches. Il y a beaucoup de francophiles en Irlande. On parle beaucoup de la diaspora irlandaise en France mais il y aussi une grande diaspora française en Irlande.  
L’Irlande reçoit souvent des visites de ministres français. En 2019, Il y a eu la visite de Gérard Larcher, président du Sénat, accompagné d’une délégation.
Niveau business, là aussi, les relations ont toujours été bonnes. Même si la France n’est pas le premier partenaire du pays, le commerce bilatéral est très important. En 2019, il représentait un total de 11 milliards d’euros. 
On dénombre près de 500 entreprises irlandaises dans l’Hexagone et un peu plus de 350 sociétés françaises à s’être implantées sur l’île d’émeraude. 

 

Y-a t’il une envie côté irlandais de faire de la France un nouveau partenaire stratégique ?

M. G. : L’Irlande mais également la France ont très vite réalisé qu’il fallait profiter du Brexit pour renforcer leur alliance notamment sur le plan économique.

Depuis la sortie du Royaume-Uni, les exportations, notamment dans le secteur de l’agriculture et de la viande et destinées aux deux tiers à l’Angleterre, sont devenues problématiques. L’agriculture est très importante pour le commerce entre les deux pays car l’Irlande va essayer de repositionner une partie de sa production vers la France. 
A la FICC (Chambre de Commerce Franco-Irlandaise), nous travaillons avec le gouvernement irlandais pour repositionner les opportunités d’exportations et d’importations entre les deux pays. Cela s’est traduit par une augmentation très notable des routes aériennes, la création de nouvelles routes maritimes pour contourner l’obstacle britannique. Une ligne entre La France et l’Irlande “le Celtic Interconnector” permettra même à Dublin d’être reliée au réseau européen sans passer par le Royaume-Uni à l’horizon 2026.
Du côté français, on ressent également cette envie de pousser la collaboration. Le message vient du nouvel ambassadeur de France, Vincent Guérend mais également de Bercy et de l’Elysée. 

 

Dans certains secteurs comme l’agriculture, l’informatique, la cybersécurité, la Bretagne peut être une bonne plateforme de rebond pour atterrir en France.

 

Quels secteurs sont privilégiés pour les échanges entre les deux nations ? 

M. G. : Aujourd’hui, il y a de très belles opportunités pour les start-up de la French Tech de s’exporter en Irlande. Au cours des 18 prochains mois, la French Tech Dublin et la FICC vont organiser plusieurs évènements pour promouvoir cette ouverture. Il faut que cet espace bilatéral soit accessible aux start-up. 
Il y a également des opportunités dans des secteurs où l’Irlande est en deçà de ses objectifs comme le climat et la green tech. La France, qui possède des super services et technologies dans ce domaine, procède à des échanges bilatéraux. 
Certaines grandes entreprises françaises ont déjà très bien réussi leur implantation sur l’île verte comme Véolia, Transdev, BNP Paribas ou Servier. 
D’un autre côté, il est intéressant pour une entreprise irlandaise de rejoindre l’Hexagone car son développement peut être limité étant donné la taille du pays. La FICC est là pour favoriser ce double positionnement. 

 

La Bretagne, premier port d’attache, peut-elle devenir un hub pour les entreprises irlandaises ? 

M. G. : Effectivement c’est le premier port d’attache, de façon physique, donc il y a vraiment des opportunités pour bien se positionner comme terre d’accueil. Dans certains secteurs comme l’agriculture, l’informatique, la cybersécurité, la Bretagne peut être une bonne plateforme de rebond pour atterrir en France. Après, des entreprises dans le secteur de la finance vont probablement vouloir s’installer dans de grandes métropoles comme Paris, ou Lyon. 

 

Quels accompagnements propose la chambre du commerce franco-irlandaise ? 

M. G. : On les aide en amont de leur installation, en leur présentant au sein de la chambre du commerce les personnes qui pourront être le plus à même de les aider dans leur démarche spécifique. Une fois arrivées dans les pays, on les incorpore aux différents groupes de travail. Il faut savoir qu’en Irlande, la chambre du commerce travaille en collaboration avec d’autres institutions : Business France, l’ambassade de France, la French Tech Dublin afin de proposer un meilleur accompagnement et suivi des entreprises désirant s’installer chez nous. On est une vraie équipe, ce qu’on appelle la team France !
De plus, outre l’aide que nous pouvons apporter, il y a un aspect de collaboration très appréciable. Il n’est pas rare qu’une entreprise, consciente qu’elle n’a pas toutes les compétences requises pour répondre aux attentes d’un client, recommande une entreprise concurrente. Le pays est trop petit, tout le monde connaît tout le monde, on ne peut pas se permettre de se mettre des bâtons dans les roues. 

 

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