En dépit d’une image considérablement amoindrie avec la crise des « gilets jaunes », Emmanuel Macron tentera, mercredi et jeudi pour deux journées en immersion dans la « French Tech », de convaincre plusieurs grands fonds de capital-risque étrangers de venir investir en France.

L’exercice s’annonce particulièrement périlleux. Doux euphémisme. Embourbé dans la crise des « gilets jaunes », l’exécutif, qui a annoncé un moratoire sur la hausse de la taxe carbone qui pèse sur le prix des carburants à la mi-journée, va devoir déployer des trésors de persuasion pour convaincre une quarantaine d’investisseurs de venir contribuer au développement de la « French Tech ». Ainsi, Emmanuel Macron en personne, dont la cote est cependant plus élevée dans les rangs des entrepreneurs que dans l’opinion en général, s’attellera à l’exercice lors des deux prochains jours. Le chef de l’Etat vantera, à cette occasion, les mérites de la France et l’impérieuse nécessité d’œuvrer à la montée en gamme de l’écosystème hexagonal. « Le gros sujet pour les start-up françaises c’est de grossir. Il faut qu’il y ait des fonds qui soient capables de mettre des tickets de plus de 50, voire de plus de 100 million d’euros », explique une source à l’Elysée, citée par Reuters. Au programme : visite des haut-lieux de la tech française, rencontre avec des figures internationales du secteur installées à Paris, speed-dating et en clôture, échange direct avec le président français, ont souligné ces mêmes sources.

Si le « timing » et le « calendrier » de ce « road-show » à la française a de quoi surprendre, ces séances de travail, qui n’ont pas de caractère officiel et ne sont pas publiques, ont été programmées avant l’émergence du mouvement des gilets jaunes et le cadre des échanges avec Emmanuel Macron reste (encore) à arbitrer. Des dirigeants d’Andreessen Horowitz, Sequoia Capital, General Atlantic, KKR ou encore Goldman Sachs figurent parmi la quarantaine de capital-risqueurs et d’investisseurs attendus ces mercredi et jeudi dans la capitale française.  Comme rappelé par Reuters, l’enjeu pour Paris est double : convaincre ces fonds à la puissance de feu financière sans équivalent d’augmenter leurs investissements dans l’Hexagone, mais aussi mettre en avant les atouts d’un écosystème mêlant grandes écoles, chercheurs et accélérateurs et incubateurs de jeunes pousses. En effet, si le nombre de créations de start-up s’est envolé en France, ces entreprises peinent à « transformer l’essai » et à accéder au statut de « licorne » (seulement trois en France : Blablacar, Criteo et Vente-privée), terme utilisé pour évoquer des sociétés valorisées à plus d’un milliard de dollars.

Un “calendrier” étonnant

Cette opération séduction n’est pas la première du genre pour Emmanuel Macron. Dès janvier 2018, l’ancien ministre de l’Economie lançait ainsi, sous les ors du château de Versailles, l’initiative « Choose France », un appel audacieux pour convaincre multinationales et investisseurs de « miser sur la France ». Au menu on trouvait une série d’entretiens avec Sheryl Sandberg (Facebook), Sundar Pichai (Google), Vasant Narasimhan (Novartis) et Bill McDermott (SAP). Deuxième banderille le 23 mai 2018, à la veille du salon VivaTech, et le sommet « Tech For Good » où Mark Zuckerberg ou encore Satya Nadella, de Microsoft, étaient conviés à réfléchir sur « des projets à visée sociale ». Le lendemain, pour l’inauguration de VivaTech, Emmanuel Macron se lançait dans un long laïus enflammé, vantant les mérites de la France, future place forte de la Tech mondiale. « Ni le modèle américain, où la régulation n’est pas soutenable faute d’implication politique, ni le modèle chinois de surrégulation ne permettront aux entreprises de répondre aux nouveaux défis, notamment éthiques ». Et d’ajouter, fort de ce postulat : « Faisons de ce pays la nouvelle porte d’entrée pour cette nouvelle régulation ».

Des « exemples de réussite » seront également mis à contribution, dans le sillage d’Emmanuel Macron, pour hisser au plus haut les couleurs tricolores à l’instar de David Gurle, fondateur de la messagerie cryptée Symphony, qui a établi une partie de sa R&D à Sofia Antopolis, dans le sud de la France. Mais également Tony Fadell, ancien d’Apple et de Google, désormais installé en France et Ian Rogers, responsable du numérique chez le leader mondial du luxe LVMH. Ce dernier, interrogé par nos soins il y a quelques mois, expliquait l’ouverture du « campus des start-up » au sein de l’incubateur Station F et la nécessité pour son groupe de ne pas laisser passer le train de l’innovation. « « Nous nous devions d’être présents au sein de ce lieu unique qui respire l’enthousiasme et la volonté d’entreprendre ». Un discours similaire à celui qui devrait être tenu ces deux prochains jours aux investisseurs étrangers.  A condition que la grogne des gilets jaunes s’estompe. Ce qui est encore (très) loin d’être le cas.