Avec 11% d’effectifs féminins en moins ces 5 dernières années, la parité a son parent pauvre : le numérique. Pallier ce déséquilibre qui freine l’innovation exigera bien plus qu’un changement des mentalités.
 
Pionnières dans l’histoire de la Tech
 
1843. Ada Lovelace crée le premier programme informatique. Dans le développement des logiciels, de la programmation et du wifi, les femmes ont joué un rôle originel décisif. Elles représentaient, dans les années 50, près de la moitié des effectifs du secteur, et dans les années 70, une écrasante majorité. Au début des années 80, de nombreuses femmes se lancent encore dans des études d’informatique, mais leur évolution a été ralentie par l’essor des nouvelles technologies. Avec l’apparition des ordinateurs individuels, l’informatique devient un secteur porteur, proposant des métiers d’avenir jugés prestigieux et synonymes de pouvoir. La technologie devient alors l’apanage des hommes, le fossé se creuse et le nombre de femmes en informatique chute drastiquement. Nous sommes en 2020 et le constat est clair : les métiers du high-tech, du digital et de l’innovation sont en panne de féminisation. Les nouvelles technologies construisent pourtant le monde de demain. Ne pas avoir de rôle à jouer dans cette révolution numérique représente un risque majeur de régression sociétale pour les femmes. Un enjeu de société mais pas seulement : d’après McKinsey, la parité générerait 10% de PIB supplémentaire en France d’ici à 2025.
 
Evangéliser et susciter l’envie pour briser le plafond de verre
 
Si le chemin vers une plus grande mixité numérique sera long et laborieux, il faut saluer la mobilisation exponentielle de celles et ceux qui dessinent les contours de cette révolution. 50inTech, Start-Her, Femmes-Numérique,… de formidables initiatives ont le mérite d’exister de manière exponentielle pour enfin démystifier le secteur et lever les préjugés d’une industrie réputée austère, masculine et élitiste. Car oui, les clichés ont la vie dure et les femmes ne se sentent souvent pas légitimes dans un milieu encore résolument masculin. En moyenne, elles attendraient d’avoir 120 % des compétences nécessaires pour postuler à un poste là où les hommes se lancent avec 60 % des qualités requises. Associations, collectifs, fonds d’investissement, concours, partenariats entre organismes de formation et entreprises… les options se multiplient pour aider les femmes à trouver leur place dans le digital, et c’est une bonne nouvelle. Pour autant, le but n’est pas seulement d’insérer les femmes dans la tech, mais qu’elles y restent, y évoluent et puissent accéder à des postes à responsabilité. Dans nos entreprises et nos écoles, il est urgent de créer un environnement bienveillant pour les femmes, d’utiliser un langage et un vocabulaire inclusif et de sensibiliser les directions pour lutter contre la discrimination et le sexisme.
 
Les ‘role models’ en porte-voie
 
Enfin, la place des femmes dans le futur du numérique se joue aujourd’hui et suppose que celles qui font l’écosystème Tech s’érigent en ‘role models’. Entrepreneures, directrices, investisseuses, professeures,…. Nous sommes entourés de femmes inspirantes pour nos nouvelles générations, mais de Sheryl Sandberg à Marissa Mayer, les plus visibles sont toujours les mêmes ! Même tendance dans l’hexagone, il est temps de mettre en lumière plus de parcours inspirants et de réussites qui révolutionnent le digital sous toutes ses formes. C’est notamment dans cette optique que s’inscrit le Female Founder Challenge du salon VivaTech ou encore la récente initiative de Station F à travers « Station F’s Female Founders Fellowship » qui valorise les modèles féminins afin d’attirer plus de femmes dans la filière digitale. De belles success stories existent et l’enjeu pour le secteur sera de les faire émerger et briller.
 
Par Laure Cohen, cofondatrice de Certideal