Plusieurs choses définissent la réussite économique d’un pays. Sa croissance et sa capacité d’innover sont primordiales, mais également sa compétitivité sur les marchés internationaux des talents. L’INSEAD publie aujourd’hui l’édition 2021 de l’Index mondial de compétitivité des talents (GTCI), l’occasion pour nous d’en discuter avec Bruno Lanvin de l’INSEAD, et auteur principal du rapport.
 

La covid-19 a eu un impact sur les entreprises, c’est indéniable. Face à la pandémie, nous avons dû revoir notre manière de travailler, la façon dont on recrute du personnel et qui nous recrutons. 

Si les gouvernements ont un rôle à jouer dans l’évolution du marché du travail et dans le recrutement des talents, au lendemain de la crise, la France peut se targuer de n’avoir pas diminué sa progression puisque le pays fait son e
ntrée pour la première fois dans le top 20, et entre à la 19e place. 
La France, déjà en progression dans l’innovation (elle se positionne cette année aux portes du top 10 du Global Innovation Index), figure donc également en très bonne place dans ce nouveau classement. Publié annuellement depuis maintenant 8 ans, l’indice GTCI repose sur des analyses comparatives, qui classent les pays et les villes en fonction de leur capacité à produire, à attirer et à retenir les talents. Cette 19e place vient s’expliquer entre autre par le fait que  la qualité de vie à la française séduise les talents qui décident de rester vivre en France et qui font de l’hexagone le 12e pays capable de retenir ses talents sur son sol, mais aussi par la qualité de son système éducatif et la qualité de ses infrastructures numériques.


À l’international

« Il est intéressant de voir comment un pays évolue dans les classements. On dit souvent qu’un classement se confirme quand sa performance continue d’évoluer d’année en année. » C’est le cas de la Suisse, de Singapour et des Etats-Unis, que l’on retrouve tous les 3 à la tête de ce classement, pour la 4e année consécutive. En revanche pour le Royaume-Uni, on observe la tendance inverse. Le pays ne maintient pas son classement et passe de la 7e à la 11e place en 1 an. On peut voir là un effet du Brexit (par exemple dans le contexte de la City et des talents financiers, mais aussi dans des activités requérant des compétences techniques, comme l’a montré la récente pénurie de chauffeurs de camion).
 
 Voici le top 20 :
GTCI 2021 rankings
INSEAD
 
 
 
Les villes, également, sont classées, et jouent un rôle croissant dans la course aux talents.

Si, à l’échelle mondiale, San Francisco est en tête, suivie de Genève et de Boston, en France, c’est bien la ville lumière qui fait rayonner le pays en matière de compétitivité à l’international, et qui se hisse au 32e rang du palmarès des villes. Elle est suivie de la ville de Lyon qui arrive à la 59e place, puis par la ville de Marseille, qui prend la 89e place. Ce classement français s’explique par l’excellence des universités françaises notamment à Paris et Marseille. Ces deux villes souffrent néanmoins d’une image négative en matière d’environnement. La ville de Lyon, elle, tire son avantage de la qualité de ses infrastructures IT et la qualité de son environnement ; cependant la ville a du mal à attirer des investissements étrangers.

Déjà en progression en termes d’innovation, où la France est aux portes du top 10, ce nouveau classement est une analyse comparative annuelle, qui classe les pays et les villes en fonction de leur capacité à produire, à attirer et à retenir les talents. Ce résultat vient du fait que la qualité de vie à la française séduit les talents qui décident de rester vivre en France et qui fait de l’Hexagone le 12e pays capable de retenir ses talents sur son sol.

En revanche, la France a certaines difficultés et, selon Bruno Lanvin, « pour évoluer un pays doit faire le bilan de ce qui a bien fonctionné et l’inventaire de ce qui doit être revu. Ce qui a bien marché doit être maintenu. Il faut surtout être conscient de ce qui handicape la France. »

Selon le directeur des indices de l’Insead, il y a 3 choses à revoir pour permettre a la France d’attirer plus de talents sur son sol :

  1. « D’abord, la France doit redorer la perception que l’on a des villes, comme Paris et Marseille, qui souffrent d’une image négative en terme d’environnement et de sécurité. Le pays doit mettre l’accent sur les emplois et compétences « verts » et numériques qui sont essentiels à la transformation numérique et aux transitions environnementales vers une économie durable.
  2. Ensuite, on doit la France devrait faire plus de place pour les femmes à des fonctions de direction, bien que le taux de femmes dans les postes de directions augmente, ils demeurent en dessous de la moyenne européenne.
  3. Enfin le dernier élément à revoir qui n’est pas des moindre, c’est l’éducation, la France doit faire des efforts en faveur du système d’alternance, chez nous, il est plutôt réservé aux filières les moins prestigieuses, alors que dans d’autres pays européens comme la Suisse ou l’Allemagne le système d’alternance dans l’éducation est complètement démocratisé. »
 

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