L’innovation est un processus qui participe continuellement au bien-vivre des communautés humaines à travers le monde. C’est le fruit d’une démarche transformationnelle qui reconfigure tous les modes de production, de distribution et de consommation. Cette dynamique apporte de la croissance positive et responsable sur l’ensemble de la chaîne de valeur. Dans l’objectif de doper les initiatives innovantes, il est opportun de mieux connecter le monde de la finance et de l’entrepreneuriat pour accroître la valeur ajoutée probante des produits et services en faisant émerger des marchés plus résilients qui prennent davantage en considération les évolutions sociétales et économiques.

Le plus important est de bâtir une innovation des solutions sur la base dune approche globale incluant l’idéation à l’aide des outils du Design Thinking, la R&D, l’étude des modes de financement et d’optimisation possibles ainsi que les mécanismes de positionnement sur le marché. Ceci ne peut voir le jour que grâce à la co-construction dune action éco-systémique. Dans ce sens, il est particulièrement utile de mettre le paquet sur la clarté, la flexibilité et la modularité des modes de financement de l’innovation, qu’ils soient publics ou privés. Au delà des subventions classiques, les décideurs ont désormais le devoir de créer des cadres soutenables et de décliner les politiques publiques vers la recherche avancée, pour donner naissance à des applications économiques et industrielles à grande échelle.

La promotion des politiques d’innovation est capitale pour préparer les sociétés modernes aux challenges de demain. A nous tous d’être les opérateurs de ce changement profond par l’adoption des meilleures pratiques et la mobilisation des sources organisationnelles et humaines adéquates. Afin de garantir un meilleur ancrage local de l’innovation hybride à fort impact social et écologique, les programmateurs institutionnels peuvent explorer l’idée de mettre en place un « Paquet d’Innovation territorialisé » associant le secteur public et privé en vue de déclencher un cercle vertueux et de faire apparaître des innovateurs dotés de capacité hors-norme à transformer les idées en business florissant et contribuer par la suite à renforcer une économie servicielle de la proximité au bénéfice des populations.

Pour permettre aux acteurs de l’innovation de prévoir et d’anticiper les innovations de rupture qui redessineront les modèles économiques et renverseront à coup sûr les schémas de domination sur les marchés, il est du devoir des pouvoirs publics d’organiser l’installation des hubs territoriaux de créativité facilitant l’utilisation des nouvelles méthodes agiles comme l’open innovation. Ces lieux propices seront plus efficients par le regroupement des entrepreneurs, des conseillers, des investisseurs, des industriels, des prospectivistes, des citoyens, du monde académique, des intellectuels, des scientifiques et des technologues. De plus, il est extrêmement stratégique de se focaliser sur des domaines porteurs comme les Smart Cities, les Smart Buildings, les villes durables, les infrastructures, l’aménagement numérique des territoires, le développement soutenable, la transition énergétique, les nouvelles mobilités, l’économie circulaire, l’industrie 4.0 et l’intelligence artificielle.

Les crises économiques, sanitaires ou sociales sont des opportunités pour redistribuer les cartes, renouveler les modes d’actions pour mieux rebondir et se pencher sur de nouvelles sources de rupture technologique. Désormais, il faut se diriger vers moins d’administratif et plus de pragmatisme en adoptant une approche ouverte, horizontale et axée sur la confiance, qui optimise la levée des blocages. Le challenge est double de nos jours : engager des financements pour maintenir l’existant et se projeter vers l’avenir en prenant des risques pour enrichir l’offre sur les marchés.

En vue de concrétiser des projets innovants, il est indispensable de mobiliser des fonds en choisissant la stratégie d’investissement la mieux adaptée. Dans la perspective de garder de l’avance en matière d’innovation et maintenir une compétitivité sur un marché ultra concurrentiel, il est crucial d’étudier en amont et de manière fine, les pistes de financements pertinents et conformes tout en mettant l’accent sur une politique de communication agressive et des arguments solides envers les institutions financières pour gagner en crédibilité et les convaincre du bien-fondé des solutions développées.

Un certain nombre de mesures peuvent être utilisées additionnellement aux subventions étatiques, afin d aider les entreprises à avancer sereinement et couvrir une part importante de leurs charges tout en investissant dans le volet R&D, à savoir le Crédit Impôt Recherche, le Crédit Impôt Innovation, l’IP Box (régime fiscal dédié à la valorisation de la propriété intellectuelle), les allègements sociaux divers, les prêts d’honneur, les concours ou les appels à projets. Parallèlement à cela, la Banque Publique d’investissement – BPI a également créée des outils adaptés aux entreprises naissantes particulièrement investies dans le développement de prototype, matérialisés à titre d’exemple par INNOV’UP. En outre, l’Etat a conçu un programme d’investissement d’avenir progressif de plusieurs dizaines de milliards d’euros, au service du développement des territoires dans les secteurs de la compétitivité des entreprises, l’écologie, le numérique, l’enseignement supérieur et la recherche.

Partout au monde, nous assistons à un foisonnement des dispositifs de financement de l’innovation. Depuis des années, les outils s’internationalisent et élargissent leur champ de compétences en proposant une offre complète qui comporte toutes les phases de développement d’un produit et sa mise en vente. Dans l’objectif d’assurer une pérennisation des modèles, les institutions financières internationales sont appelées à imaginer de nouveaux outils d’accompagnement dans le soutien à l’innovation et les banques sont invitées à réduire les taux de crédits.

Au niveau de l’Europe, la commission Von Der Leyen a lancé des programmes de financement ambitieux en faveur de l’éco-innovation via le dispositif LIFE qui met l’accent sur l’innovation au service des changements climatiques et la protection de l’environnement.

Quant à l’Asie, cela prend la forme du Research Innovation Enterprise 2020 plan (RIE2020) en direction des entreprises singapouriennes les plus innovantes. Aux Etats-Unis, les petites entreprises spécifiquement impliquées dans la R&D et proposant des solutions hautement performantes, sont récompensées par une assistance pluridimensionnelle via des fonds de recherche fédéraux ciblés comme le Small Business Innovation Research (SBIR) et le Small Business Technology Transfer (STTR).

Pour en finir avec le sous–investissement en Afrique, certains pays leaders s’engagent avec beaucoup de force dans un processus de rattrapage en matière de financement de l’innovation. La coalition Smart Africa est une initiative volontariste qui encourage la coopération sud-sud en poussant vers l’installation d’un écosystème d’innovation stimulant. Il existe aujourd’hui de grands projets innovants dans ce continent, comme la Smart Fez Factory au Maroc Financée par le Fonds de Zones Industrielles Durables (Fonzid) porté par le Millennium Challenge Corporation (MCC), l’Université Euromed de Fès (UEMF), le conseil régional et le ministère de l’industrie. Un autre programme intitulé « UMP6 Explorer » élaboré conjointement par l’Université Mohammed VI Polytechnique et le MIT Sandbox Innovation Fund, vise à faire émerger une nouvelle génération d’entrepreneurs marocains en mettant à leur disposition des appuis financiers et toute sorte de conseils pour les aider à mettre sur pied leur prototype. Le Maroc poursuit son offensive pour booster son écosystème d’innovation, à travers le lancement de l’Agence de Développement du Digital et le renforcement des Conseils Régionaux d’investissement. De nombreux centres d’innovation y voient le jour, à l’image de l’Expérience Center implanté à Casablanca par PWC Maroc, l’Innovation Hub à Benguérir et le Smart Construction Lab inauguré par l’industriel LafargeHolcim à Bouskoura.

En Australie, le gouvernement a déployé le programme « Early Stage Venture Capital Limited Partnership (EVCLP) » doté d’une enveloppe de 50 millions de dollars Australiens. Ce financement est destiné aux entrepreneurs développant des innovations majeures à l’échelle mondiale. Grâce à son action globalisante composée de conseil, d’étude de faisabilité technique, d’optimisation des coûts et de réseautage, ce fond souverain a déjà fait ses preuves par l’accompagnement ciblé et l’investissement dans plusieurs success stories, à l’instar de la Start-up Assignar qui est arrivée au stade de diffusion de nouveaux produits et augmente sans cesse son chiffre d’affaires via une stratégie d’innovation commerciale.

Les efforts des gouvernements doivent être soutenus par un fort engagement du secteur privé. Concrètement, il faudrait opter pour une solidarité plus active entre les grands groupes et startups en faisant la promotion des partenariats win-win. Cette collaboration fortement utile peut aider les jeunes entreprises vers un passage d’échelle en accélérant la traduction des technologies à des business cases.

Les transformations vont tellement rapidement qu’il ne serait plus permis de maintenir les mêmes modes de pensées et de production. L’innovation est un outil de performance qui met fin à toute forme de stagnation. La question n’est pas d’innover pour innover, mais de fixer un cap avant de se lancer dans un investissement innovant qui se répercutera directement sur l’expansion du chiffre d’affaires.

Les modes de financement alternatifs fleurissent ces dernières années. En revanche, certains appuis financiers gagneraient à être mieux distribués et simplifiés pour garantir leur efficacité. Egalement, les bénéficiaires potentiels ont intérêt à faire appel à des cabinets pour les conseiller et les orienter vers des propositions de financements pertinents. En somme, une politique de financement efficace doit être évaluée et corrélée aux résultats atteints par les structures. Le triangle Anticipation, adaptation, et prospection est le leitmotiv d’une stratégie d’innovation à succès préfiguratrice d’une économie futuriste et forte.

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