4 décembre 1937. Le Français, d’origine russe, Alexandre Alekhine remporte son dernier titre de champion du monde d’échecs sur le score serré de 15,5-14,5 face au champion néerlandais Max Euwe.

Depuis, c’est le trou noir ou presque pour les échecs tricolores. Quatre-vingt quatre ans de disette au plus haut niveau mondial, malgré beaucoup d’espoirs placés ces dernières années dans deux jeunes prodiges. D’abord Joël Lautier, qui accédera à la 13ème place mondiale en 1995. Puis, une décennie plus tard, Etienne Bacrot, son cadet de dix ans, qui parviendra à se hisser dans le top dix mondial (9ème rang en 2005).

La France des échecs croit alors en sa bonne étoile. Mais aucun de ces deux brillants joueurs ne parviendra à se hisser au sommet de l’Olympe échiquéen. En 2001-2002, Joël Lautier échoue en quarts de finale du championnat du monde, en s’inclinant contre le futur finaliste du tournoi, Vassilli Ivantchouk (Ukraine). Bacrot, quant à lui, ira moins loin, éliminé dès le premier tour du championnat du monde 1997-1998, puis au deuxième tour en 2000, avant d’échouer au troisième tour, son meilleur résultat, quatre ans plus tard, sorti par Teimour Rajdabov (2,5-1,5).

Longtemps dominée par les Russes (Tal, Botvinik dans les années 1950-1960, puis le duo Kasparov-Karpov ensuite, des années 1980 au début de la décennie 2000, puis Kramnik), avant qu’un puissant norvégien du nom de Magnus Carlsen ne s’installe en 2013 à son sommet, l’élite échiquéenne mondiale serait-elle définitivement fermée aux joueurs français ?

Les dernières années laissent augurer que la donne pourrait enfin changer. Non pas qu’on assiste à une déferlante hexagonale sur le noble jeu. Avec seulement 4 représentants dans le top 100 mondial au dernier classement FIDE (Fédération internationale des échecs) en janvier 2021, les tricolores sont très loin des Etats-Unis (10 représentants) ou encore de la Chine (9 représentants) et, a fortiori, de la nation dominante, qui reste la Russie, qui en place quatre fois plus (16 en tout) que la France !

Mais il y a une embellie. Portée par une nouvelle lumière, qui éclaire les échecs français : Maxime Vachier-Lagrave. Plus fréquemment surnommé « MVL » par ses fans, le nouveau génie hexagonal est de loin le meilleur joueur français de tous les temps.

A trente ans tout juste, MVL affole les compteurs. Grand maître international (GMI) à 14 ans et 4 mois, il a surtout marqué les esprits en se hissant en septembre 2017 au second rang mondial, avec un classement qui a culminé à 2819 – une barre ahurissante – à quelques encablures seulement du champion du monde, Magnus Carlsen.

S’il est de nouveau permis de rêver qu’un Français décroche la couronne mondiale, c’est parce que le joueur, déjà numéro un mondial en parties rapides depuis juillet 2019, est aussi l’un des plus sérieux prétendants au titre de champion du monde en parties classiques. Au tournoi des « candidats » devant désigner le prochain adversaire de Carlsen lors d’un match en 14 parties qui sera disputé à Dubaï à la fin de cette année (24 novembre – 26 décembre 2021), MVL a brillé. En tête ex-aequo avec Ian Nepomniachtchi (Russie, 4ème mondial), le Français fait désormais figure de favori après 7 « rondes » disputées en mars 2020.

Si la covid-19 a prématurément interrompu le tournoi disputé à Ekaterinbourg, la FIDE s’est engagée en faveur de son redémarrage en avril 2021 en Russie.

Qui pourra bien arrêter alors le génie français, spécialiste de la « Sicilienne Najdorf » et de la « défense Grünfled », tacticien hors-pair, spécialiste des finales et qui a déjà mis au tapis à plusieurs reprises le champion du monde norvégien, tout particulièrement en décembre 2020 lors de la demi-finale du Speed Chess Championship (13-11) ?

Le meilleur ennemi des joueurs d’échecs, c’est souvent eux-mêmes. MVL pourrait bien sûr s’effondrer, avoir peur de gagner comme tant d’autres avant lui. Mais le champion français est solide et sa puissance de calcul, jugée phénoménale par ses pairs, devrait lui permettre de sortir en tête de ce combat, qui l’amènerait alors vers un bras de fer tant attendu avec Magnus Carlsen en fin d’année.

Pour la Fédération française des échecs (FFE), qui comptait un peu plus de 54 000 licenciés à la fin de l’année 2018, répartis dans plus de 900 clubs à travers le pays, ce serait la promesse d’un engouement supplémentaire pour le jeu. D’ores et déjà, le succès l’an dernier de la série « Le jeu de la dame » sur Netflix, réalisée par Scott Frank, a redoré le blason des échecs, près de cinquante ans après l’affrontement historique sur fond de Guerre froide entre Boris Spassky et son challenger au titre de champion du monde, l’américain Bobby Fischer, qui avait alors écrasé le soviétique sur le score sans appel de 12,5 à 8,5 (Reykjavik, 1972).

 

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