Demain, sort un livre très original au titre provocateur : Et si la crise sanitaire était une chance ? (L’archipel, 2021). Son auteur, Martial You, journaliste à RTL et Capital (M6), y développe l’idée selon laquelle la crise sanitaire que nous traversons va nous aider à mieux préparer « le monde d’après ». Stéphane Richard signe la préface de cet ouvrage que le PDG de France Télécom appelle « un livre médicament ». Nous la publions en exclusivité.

 

Depuis plus d’un an maintenant, la pandémie de Covid-19 s’abat de manière impitoyable sur l’humanité. Elle éprouve nos systèmes de santé, nos institutions et nos économies. En ébranlant nos certitudes, la maladie nous renvoie à notre humanité et à notre vulnérabilité. Elle nous pousse à l’introspection et nous donne, d’une certaine manière, une leçon universelle d’humilité.
Mais face à la déflagration sanitaire, nous avons aussi vu s’exprimer les plus belles formes de créativité et les plus touchantes formes de solidarité pour continuer à apprendre, à éduquer, à inventer, à partager, à aider. Pour continuer à vivre. Séparés les uns des autres, nous avons pourtant toutes et tous été les acteurs de cette résistance. Nous serons aussi les architectes de ce fameux « monde d’après » dont les contours sont imaginés avec autant d’enthousiasme que d’anxiété. À nous, en effet, de nous mobiliser collectivement pour que cette crise se mue en déclencheur, qu’elle soit le point de départ d’une nouvelle révolution dont émergera peut-être un nouvel ordre, au bénéfice du plus grand nombre.
Y a-t-il vraiment une « chance » dans la tragédie que nous traversons depuis plus d’un an ? Plus de 2,5 millions de morts dans le monde, dégradation de l’état de santé psychologique de la population, sombres perspectives d’avenir pour les jeunes que beaucoup considèrent comme une génération sacrifiée… Les raisons de s’inquiéter sont nombreuses, et la crise que nous envisagions durer quelques mois semble s’allonger sans cesse en dépit du début des campagnes de vaccination.
C’est pourtant la thèse aussi optimiste que provocatrice défendue ici par l’auteur. Dans cet ouvrage résolument tourné vers l’avenir, il nous invite à nous projeter au-delà de la période difficile que nous vivons. Grâce à une analyse originale, il propose une vision de ce « monde d’après » et nous donne l’opportunité de nous interroger sur les prémices de sa construction.
Martial You nous offre ainsi un livre médicament, en nous plongeant dans un futur à la fois optimiste et pragmatique. Loin d’ignorer les bouleversements, il les décrit dans leur complexité : ceux que nous vivons seuls ou de façon collective, ceux dont nous faisons déjà l’expérience autant que ceux que nous anticipons. À la manière d’un chercheur d’or dont la quête peut sembler désespérée, il les passe au tamis et se concentre ainsi sur ce qui lui semble essentiel : les opportunités infinies dont tous ces changements sont porteurs. Télétravail, enseignement à distance, nouvelle révolution industrielle… l’auteur s’attaque aussi aux questions macroéconomiques, politiques et géopolitiques. Et la première conclusion de cette analyse est que toutes ces mutations partagent un point commun : le numérique. La révolution numérique ne date pas du printemps 2020, mais elle s’est incontestablement accélérée.

 

Cet ouvrage sonne comme un rappel : les crises recèlent toutes de formidables opportunités

Au-delà de leur généralisation, les outils numériques ont apporté la preuve de leur aspect vital, pour les individus comme pour les sociétés. Les visioconférences ont permis aux familles de maintenir un contact précieux. L’explosion de la télémédecine a sans doute sauvé des vies et permis de désengorger les services hospitaliers. Le télétravail a sauvegardé des emplois, et l’enseignement à distance a limité les dommages sur les scolarités. Le développement du e-commerce et du click & collect a à la fois contribué au ralentissement de la circulation du virus et soutenu l’activité de milliers de commerçants.
« Faute de mieux », le numérique s’est imposé comme le seul liant pour maintenir l’essentiel. Mon intime conviction est que le numérique est un outil formidable et un levier d’amélioration à de nombreux égards pour nos sociétés. Cependant, comme avec tous les outils, son utilisation et son omniprésence posent certaines questions. La première est celle de l’inclusion et s’articule autour de deux volets : celui de l’accès au réseau, et, peut-être plus important encore, celui de la formation. Il est en effet très difficile, si ce n’est impossible, de faire face à une situation de confinement sans maîtriser les usages basiques de la technologie. Bien souvent, ces situations sont le reflet d’inégalités préexistantes qui ont pu donc être accentuées par la crise. Elles se situent à la fois au niveau mondial entre pays développés et pays en voie de développement, mais également au sein des pays développés où les fractures culturelles comme sociales doivent être réduites.
La seconde question posée par la présence croissante de la technologie dans nos vies est celle de la notion d’économie « immatérielle ». Si nos réseaux ont tenu le choc des différents confinements en dépit de leur sollicitation sans précédent, ils nous rappellent que nos infrastructures sont bien réelles. Aujourd’hui, près de 80 % de l’internet français sollicite des serveurs situés sur le continent américain, et les câbles sous-marins traversant l’Atlantique assurent cette liaison critique. L’incendie d’un data center français en mars 2021 a rendu indisponibles des centaines de sites internet dans le monde, illustrant de manière dramatique la relative fragilité de ce monde virtuel.
Cette vulnérabilité nous amène naturellement à la troisième question posée par le numérique : celle de la confiance. À qui appartiennent les millions de données que nous générons chaque jour ? Qui construit les algorithmes sur lesquels repose l’intelligence artificielle ? Comment sont-ils élaborés ? En nous connectant à notre téléphone, nous pouvons avoir accès à une quantité infinie d’informations, sur tous les sujets. Mais leur fiabilité est remise en question et les fake news sont légion, encouragées par la caisse de résonance des réseaux sociaux. En outre, le lien entre confiance et numérique est intimement lié à son utilisation politique, alors que certains États n’hésitent pas à franchir une frontière que nous considérions il y a seulement quelques années comme inimaginable.
Tandis que la lassitude et l’abattement menacent de s’imposer, cet ouvrage sonne comme un rappel : les crises recèlent toutes de formidables opportunités, et notre plus grande force est de demeurer les acteurs du rebond. Forts de notre fragilité redécouverte, saisissons l’occasion de rebattre les cartes et de revoir nos priorités. Et si la crise sanitaire était une chance apparaît donc comme un bol d’air frais. Ce livre appelle à la construction d’un avenir meilleur : plus compétitif, plus connecté, mais également plus respectueux, plus solidaire et plus écologique. C’est une nouvelle échelle de valeurs qui sous-tend la construction du « monde d’après ».

 

*Stéphane Richard Président-directeur général de France Télécom


 

 

Et si la crise sanitaire était une chance ?
Préface de Stéphane Richard
En librairie le 12 mai 2021 216 pages – 18 €

Les « Nouvelles Trente Glorieuses » sont devant nous ! Une formidable période de croissance économique succédera à la pandémie de covid-19. Nous sortirons du combat contre le virus avec la même volonté de vivre et d’inventer qu’à l’issue de la Seconde Guerre mondiale. D’ici 2030, de nouvelles technologies, de nouveaux métiers feront leur apparition. Des centaines de milliards seront injectés par les États pour transformer nos villes, nos usines, nos modes de transport. Bref, l’actuelle crise sanitaire, qui nous oblige à nous réinventer, est notre chance. Tel est l’intime conviction de Martial You, qui lève dans cet essai le voile sur le monde d’après.

Ancien d’Europe 1, BFM et Radio France, Martial You dirige le service Économie Social-Éducation de RTL depuis 2014. Chaque matin, à 6h50, il décrypte l’actualité dans « L’Éco & You ». Sur M6, il intervient comme expert dans le journal de la rédaction de 19h45 et dans l’émission « Capital ».

 

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