Alors que les discours de haine ou d’apologie du terrorisme sont encore assez souvent présents sur les réseaux, on a vu récemment les réseaux sociaux censurer Donald Trump. A priori, à ce jour, seulement deux personnalités mondialement connues le furent. Il y eut Julian Assange, fondateur de WikiLeaks, qui regrettait début 2013 la collaboration de plus en plus active des réseaux sociaux avec l’administration Obama. Un Assange qui disait alors « c’est très grave, cela veut dire que l’on peut vous couper votre micro du jour au lendemain ». Et c’est ce qui s’est produit avec cette deuxième personne mondialement connue censurée, Donald Trump.

Deux géants aujourd’hui protégés par la régulation

Peu se souviennent que l’article 230 du Communications Decency Act a exempté il y a déjà 25 ans les services informatifs interactifs de toute responsabilité dans les contenus publiés par des tiers. Considérés comme des hébergeurs, les deux géants ne sont en effet pas dans l’obligation de vérifier si ce qui est publié correspond à la vérité.

Aujourd’hui, certains politiques, particulièrement des démocrates, ont pris conscience de la puissance de la Big Tech ou réseaux et du pouvoir de leurs algorithmes. Ils souhaiteraient maintenant limiter la position dominante de ces géants du numérique que sont Facebook et Twitter. L’aile gauche du parti démocrate parlerait même de démanteler les deux plateformes.

Quelle est la position sur la régulation de Mark Zucherberg et de Jack Dorsey alors que tout semble les opposer ?

La régulation est bien la seule chose qui ne les oppose pas, car les deux veulent protéger les intérêts économiques de leurs entreprises. Et qui dit intérêt économique d’un réseau dit publicité. 
Par contre, sur la publicité politique, ceux-ci peuvent prendre des positions différentes. Le marié et père de deux filles Mark Zuckerberg, qui détient 13% du capital de Facebook et 59% des droits de vote, avait décidé d’interdire la publicité politique pendant la dernière semaine de la campagne électorale. L’excentrique collectionneur de top models et de danseuses, Jack Dorsey, qui détient moins de 2% de Twitter, a interdit les publicités politiques un an avant l’élection.

Cette censure va-t-elle pacifier la toile et les relations entre ces deux Tycoons ?

Pacifier la toile, certainement pas, car, admis ou pas, les conflits ou complots ou autres fake news qui attisent le feu ne font qu’augmenter l’audience et donc le chiffre d’affaires, et c’est cela qui confère aux réseaux un pouvoir inédit et quasiment infini. Et pacifier les relations entre Facebook et Twitter encore moins, car la puissance de Facebook, qui compte à ce jour 15 fois plus d’abonnés, agace Twitter dont la valorisation en bourse est 20 fois inférieure.

De surcroît, le chef d’entreprise rationaliste et pragmatique Zuckerberg aurait, semble-t-il, beaucoup appris sur la politique lors de sa rencontre avec Donald Trump en octobre 2019.  Ce qui l’aurait amené à en tirer la conclusion suivante : une société privée n’a pas à se positionner en arbitre de ce que disent les gens en ligne. Un Zuckerberg qui pense que leur réseau doit respecter tous les points de vue. Une analyse peu partagée par ses 50 000 salariés. 

Le punk original Jack Dorsey, adepte des retraites spirituelles dans des pays exotiques, se situe plutôt proche de Black Lives Matter. Ce qui le rend proche de ses 5 000 salariés qui l’ont soutenu lorsqu’il a été la cible d’un fond activiste. Dorsey, un hacker cofondateur de Twitter qui s’était fait évincer il y a une douzaine d’années par l’autre cofondateur Ev Williams qui détenait alors 70% des parts. Mais le créatif génial et humilié Dorsey fut rappelé en 2015 par Twitter après qu’il eut participé à la création d’autres tech à succès.  

Que va-t-il se passer demain ?

Facebook et ses filiales, dont la successfull Instagram, devraient connaître une évolution d’entreprise globale purement capitaliste. De surcroît très bien gérée par un patron équilibré et actif, Facebook continuera donc à être opportuniste dans ce pays gouverné aujourd’hui par les démocrates. Ses positions pas antagonistes aux républicains pourraient néanmoins générer des tensions en interne. 

Quant à Twitter, celle-ci est entre les mains de hedge funds. Son positionnement politique est aujourd’hui excellent, mais ne pas oublier que l’entreprise est dirigée par un boss qui disparaît fréquemment une fois au Myanmar une autre fois en Afrique, et, il n’est pas certain que ses intérims soient très productifs.

Les démocrates, qui furent les premiers à bénéficier des réseaux sous Obama, furent jusqu’à la censure, agacés par les réseaux. Ils pourraient alors être tentés de démanteler ces deux réseaux, mais ils savent très bien que cela laisserait la porte ouverte aux réseaux chinois de plus en plus puissants. Ce qui est le plus vraisemblable, c’est que les démocrates aient faits un deal avec les réseaux : on ne vous démantèlera pas, mais en contrepartie, « effacez » Donald Trump jusqu’à la passation des pouvoirs. 

 

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