Aujourd’hui, oublions tout d’abord ces oracles du futur émettant pour certains quelques émanations de charlatanisme. Des oracles ne venant pas de la Tech, mais annonçant néanmoins à longueur d’éditoriaux le grand remplacement Robotique. Au XIXe siècle, Andrew Ure affirmait déjà que les usines parfaites seraient sans travailleurs. Il y a aussi 50 ans, Jeremy Rifkin prophétisait « The end of work ». Quant au grand remplacement auquel il faudrait s’adapter, ces oracles ne nous indiquent jamais précisément à quoi et comment on va devoir s’adapter.

Rébellion dans la Silicon Valley

Pendant ce temps-là, dans la Silicon Valley chez les GAFA, on voit naître une forte Contestation des salariés pourtant très bien rémunérés. Salariés bénéficiant de très nombreux avantages, dont des cantines dignes d’un 2 Étoiles, des congés parentaux généreux, et des intéressements ou stock-options fabuleux. Nos oracles passent sous silence ces contestations, dont cette volonté de créer des syndicats. Syndicats toujours excessivement puissants aux USA. Voir syndicat des Techworkers https://techworkerscoalition.org/.

Darwinisme Digital.  

Pourquoi cette révolution ? Car, les salariés de la Silicon Valley se sont rendu compte, que grâce à eux ou à cause deux, on se retrouve désormais face à un nouveau libéralisme digital s’appuyant totalement sur les épaules de Darwin. Et, ils ne veulent pas être les collaborateurs de ce darwinisme du XXIe siècle qui imposera à tous et toutes de se plier ou de disparaître. Un nouveau darwinisme enjoignant l’espèce humaine à s’adapter à cette mondialisation digitale addictive présentée comme une incontournable « happycracie ». Les salariés de la Silicon Valley sont opposés à cette Mondialisation digitale ou économie du clic qui a discrètement généré un énorme nouveau lumpenprolétariat mondial.

Émergence d’un Lumpenprolétariat digital

Un nouveau Lumpenprolétariat encadré par un management algorithmique qui empêche toute contestation aux petites mains connectées par de micro-contrats de travail. Petites mains qui ont pour seul objectif, produire toujours plus de données de consommateurs et extraire de plus en plus de valeur de chaque utilisateur. Les GAFA ont en fait poussé subrepticement la chaîne de la sous-traitance à son paroxysme. Et qui est aujourd’hui encore moins coûteux que ce nouveau Lumpenprolétariat, les prisonniers.  

La société Vainu https://product.vainu.io/ propose aux entreprises de sélectionner les sous-traitants les moins chers. Pour cela, Vainu a créé un partenariat avec l’Agence des sanctions criminelles finlandaise, qui gère les détenus. Premier contrat, des détenus qui généreront de la data en lisant entre autres des centaines de milliers d’articles de presse.

Enfin, Messieurs et mesdames les oracles, n’ayez aucun doute là-dessus, les taches humaines précises et répétitives resteront indispensables afin de compenser les erreurs et biais de l’intelligence artificielle. Cette Contribution humaine invisible et très faiblement rémunérée sera toujours inévitable pour la simulation, la validation et l’entraînement.  Sauf à faire produire par des logiciels de la data totalement artificielle, ce qui a déjà commencé avec les GAN Generative Adversarial Networks Lire : https://bernard-jomard.com/2018/04/25/intelligence-artificielle-tout-ce-que-vous-vouliez-savoir-sans-oser-le-demander/.

Les oracles oublient aussi le besoin de stabilité de notre espèce qui ne se laisse pas facilement dominer par l’apparition de flux en pleine accélération. À la fin dans nos démocraties c’est toujours l’intelligence collective qui décide, et ce sont les entreprises et les politiques qui s’adaptent.   

Prise de conscience des salariés des GAFA

Pourquoi le danger viendra de l’intérieur aux USA. Parce qu’ils sont de plus en plus nombreux à se mobiliser aujourd’hui contre des projets de recherche qu’ils considèrent à la limite de la morale. Et, cela, alors que la plupart de ces salariés des GAFA sont passionnés par leurs métiers et par ladite recherche.

Hier encore, travailler dans la Tech n’était pas aussi immoral que de travailler dans la finance, mais avec l’apparition de ce lumpenprolétariat, cette perception est en train de changer.

Voir classement et évaluation des entreprises https://www.glassdoor.com/Award/Best-Places-to-Work-LST_KQ0,19.htm

Un autre déclencheur fut le fait que les accusations de harcèlement sexuel devaient être désormais obligatoirement réglées par un arbitrage forcé. Un autre coup de grâce à la moralité des GAFA fut porté par le scandale Cambridge Analytica et la dispersion de données privées. Plus la boîte de Pandore s’ouvrit, et plus les technos se sentirent trompés.

Ces technos qui veulent désormais travailler à un monde meilleur

Ils en viennent à refuser de créer des fonctionnalités. La reconnaissance faciale leur pose problème.  Ainsi que le fait de construire des bases de données pour les agences de contrôle des frontières. Ou des bases de données ciblant des individus en fonction de leur race, de leur sexualité ou de leur religion. Enfin nombre de technos refusent de fournir à l’armée des solutions d’intelligence artificielle ou casques de réalité augmentée pouvant servir à la guerre. Lire sur les discriminations générées par l’intelligence artificielle : https://bernard-jomard.com/2018/09/10/lintelligence-artificielle-est-elle-discriminante-et-misogyne/

À quoi s’attendre

Il semble évident que ces « émois » humanistes et démocratiques vont freiner la progression des GAFA et probablement les affaiblir. IL en sera de même pour les autres sociétés technologiques et Start Up assez souvent basées en Californie. Cela permettra malheureusement aux entreprises chinoises non humanistes et non démocratiques déjà très puissantes de devenir éventuellement incontournables, et là est le danger.  

L’Europe technologique assez divisée se retrouve elle dans une position de faiblesse face aux technologies et intelligence artificielle du XXIe siècle. Elle aura demain à choisir pour ses partenariats entre des entreprises américaines toujours dominantes bien sûr, mais des entreprises ayant des valeurs éthiques, de transparence, d’équité, et d’inclusion.  L’autre choix serait de s’allier à des entreprises chinoises, toutes filles d’un autoritarisme gouvernemental quasi militaire, et pour qui l’éthique démocratique ne s’applique pas.  Lire sur Huawei et la 5G https://bernard-jomard.com/2019/02/24/guerre-commerciale-acte-ii-huawei-et-la-5g/. Si rien n’évolue rapidement, L’Europe aura alors à choisir entre la peste et le choléra.