OPINION// Les systèmes de production-consommation classiques, provoquent de très nombreux déséquilibres à l’échelle du monde, et invitent les décideurs, les prospectivistes, les innovateurs, les acteurs économiques, les financeurs, les chercheurs et les citoyens, à bâtir un nouveau modèle limitant les dommages environnementaux et réduisant les émissions carbone. C’est en donnant la priorité à la ressource humaine, que les paramètres socio-économiques peuvent enregistrer un saut qualitatif vers plus de durabilité et de sobriété grâce aux efforts individuels et collectifs.

 

A l’inverse d’une économie linéaire polluante et nuisible à la santé humaine, l’économie circulaire représente une source d’espoir et de soulagement pour la planète. Cette nouvelle économie vise à augmenter la productivité et à la partager équitablement, tout en baissant les charges et en améliorant considérablement notre environnement de vie. Cela suppose une implication des citoyens et une coopération renforcée des organisations pour refonder complètement les modèles productifs et distributifs. Dans l’objectif de performer toute la chaîne de valeur, les démarches R&D sont incontournables pour la mise en œuvre d’une stratégie d’économie circulaire actant ainsi la transformation profonde des économies et menant à une croissance durable et solide.
Le cadrage de cette économie vertueuse appelle à la définition d’une nouvelle gouvernance capable d’orienter les politiques publiques vers ce nouveau paradigme, en intégrant les complexités éco-systémiques du futur. Au-delà des changements climatiques imposant de changer le logiciel et de rationaliser l’usage des ressources naturelles, ce gisement économique à fort potentiel offre clairement des opportunités business prometteuses.
Il est clair que les systèmes économiques vont connaitre une métamorphose sur tous les plans. Le rôle de l’Etat en tant que facilitateur d’initiatives et législateur, est décisif pour ancrer durablement les pratiques d’une économie circulaire à l’échelle nationale et locale. A cet effet, l’évolution de la législation et de la réglementation est déterminante pour changer la structure traditionnelle des institutions et flexibiliser les instruments d’actions qui en découlent, par une meilleure adaptation aux conditions et réalités des territoires. Il est également important de mettre en exergue la pluri-dimensionnalité d’une approche d’économie circulaire, qui réduira les inégalités sociales dans différents pays, régions ou villes.

Aujourd’hui, l’économie circulaire se mondialise et se répand dans plusieurs pays qui ont fait le choix de la soutenabilité pour hausser la qualité de vie de leurs citoyens. Afin de donner un nouvel élan à cette manne, les Etats devraient fixer des objectifs chiffrés en concertation avec les acteurs publics et privés pour donner corps à une action pérenne et viable.
Néanmoins, les Etats seuls ne peuvent pas tout pour accompagner ces mutations radicales. C’est pourquoi les banques et les fonds d’investissement ont une carte à jouer dans cette transition vers une circularité de l’économie, par une réorientation des flux financiers encourageant la multiplication des projets décarbonés et un meilleur accompagnement des citoyens dans l’évolution des modes de consommation.
Compte tenu de l’urgence de la situation, la structuration d’une économie circulaire est l’affaire de tous. Chaque individu a un rôle à remplir pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre. Ce sont les petits pas qui mèneront à de grands résultats. Incontestablement, le travail des ONG est aussi considérable pour sensibiliser la société civile aux dangers de la pollution atmosphérique. C’est dans ce sens que WWF a lancé le programme Plastic Smart Cities qui a pour objectif de limiter la pollution plastique dans les villes, et promeut une économie bleue durable.

Certains pays pionniers se font remarqués ces dernières années par leur volontarisme fort et la puissance des mesures déployées. En Europe, on observe une prise de conscience en forte progression. La France à tire d’exemple, prévoit dans son plan « France Relance » le renforcement de l’éco-conception dans toute la chaîne de valeur industrielle, la modernisation des filières de recyclage des déchets et l’accélération de l’innovation dans les technologies vertes. En Asie, c’est le Japon qui est le pays le plus actif dans ce domaine grâce au concept 3R (réduction, réutilisation et recyclage). Quand à l’Australie, les opérateurs mènent une politique de recyclage d’eau pour lutter contre les effets de la sécheresse. En revanche, il serait illusoire de considérer que cette transition réussisse sans que les Etats-Unis et la Chine, principaux pollueurs de la planète, modifient fondamentalement leurs systèmes économiques. Dans le même ordre d’idée, la tenue de certains grands événements à l’instar du « Circular Economy Symposium » à Harvard, qui invitent à réfléchir l’économie autrement, est réjouissante.

L’Afrique contribue elle aussi de façon opérationnelle à l’écosystème mondial de l’économie circulaire. Au Maroc, les grands acteurs appuyés par l’impulsion étatique, prennent cette question à bras le corps. Le Groupe OCP, en tant que détenteur de la plus importante ressource de phosphate au monde, et désormais membre de l’organisation « World Business Council for Sustainable Development », prend le virage de la transition écologique. Dans la pratique, le Groupe met en œuvre une politique d’économie circulaire transversale et pragmatique, à travers le déploiement de la Sustainability Platform ainsi que l’élargissement de ses activités industrielles, de formation et de recherche. Ce groupe influent, distingué par son ancrage territorial et son rayonnement international, peut se targuer de concrétiser une stratégie d’économie circulaire adaptative et forte. En effet, ses actions sont multidimensionnelles et se manifestent par la préservation des ressources en adaptant continuellement ses consommations, la valorisation maximale des déchets, l’adoption des mesures volontaristes comme la comptabilisation des émissions carbone et la promotion des achats durables.

Concrètement, l’OCP a fixé des objectifs mesurables en matière de dessalement de l’eau de mer, d’augmentation d’usage d’une eau recyclée non conventionnelle et de verdissement de sa source d’énergie. Il est à noter que les dirigeants du groupe prônent une fertilisation plus écologique et une forte synergie entre le monde industriel et les autres partenaires investis dans le développement durable des territoires, dans la perspective de mettre les technologies propres au service des communautés humaines et du progrès sociétal.
Penser une économie circulaire en harmonie avec les critères territoriaux, c’est garantir in fine l’émergence d’une agriculture plus inclusive et responsable qui apporte une sécurité alimentaire au plus grand nombre. Cette économie circulaire aiguillée par le social, l’économique et l’environnemental permet de rejoindre de nouveaux marchés et de créer des emplois locaux de qualité.
C’est toute une philosophie à appréhender par les acteurs économiques et industriels. Pour illustrer cette prise de conscience, Geocycle – filiale du groupe LafargeHolcim démontre sa capacité à concevoir des solutions innovantes et locales pour solidifier les filières de transformation des déchets et structurer un écosystème dédié au réemploi des matériaux de construction.
C’est cette Afrique des solutions, mieux intégrée aux circuits économiques internationaux, dont le monde a tant besoin pour se régénérer. Il parait donc évident que cette « green révolution » qui est à l’œuvre exige une véritable chaîne de solidarité internationale contribuant à baisser drastiquement l’empreinte carbone de l’ensemble des pays, qu’ils soient gros ou petits émetteurs de CO2.

Pour aller plus loin dans l’installation d’une économie circulaire, il est primordial de s’appuyer sur l’intelligence collective et les progrès technologiques qui ouvrent des perspectives très optimistes. Ce qui est clair, c’est que les plateformes digitales et les technologies issues de l’intelligence artificielle accélèrent la dématérialisation des chaînes de valeur et la responsabilisation des entreprises. Dans le même temps, ce numérique qui se diffuse dans tous les secteurs permet d’avoir une vision globale sur la traçabilité et les flux des ressources dans le but de perfectionner les processus industriels.
Assurément, l’économie circulaire peut très largement participer à atteindre les objectifs de développement durable (ODD). D’autant plus que les humains tireront de grands avantages de ce modèle régénérateur, qui réinvente les schémas de production et de consommation, et met fin au système passéiste « produire-consommer-jeter ». Cette nouvelle logique permettra de construire une planète saine et une économie sobre.

Enfin, il serait pertinent d’adopter la démarche de métabolisme urbain générant un outil d’évaluation pour mieux mesurer l’impact d’une économie circulaire à l’échelle urbaine et garantir une analyse des flux de matières entrants et sortants. Ce qui est important à savoir, c’est que les villes concentrent de multiples données et capitaux qui peuvent être exploités de manière plus optimale rendant ainsi le cadre de vie urbain plus agréable, en agissant dans plusieurs domaines comme l’économie sociale et solidaire, l’agriculture urbaine, la mobilité, le développement économique, l’habitat, l’eau, l’énergie, l’éclairage public, les infrastructures et la logistique.
Le but à terme est de fabriquer des villes circulaires et inclusives, à l’image de la ville d’Amsterdam qui porte l’ambition de devenir la première ville circulaire au monde grâce à une forte volonté politique et à un plan pragmatique. Le moment est venu pour se saisir des opportunités gigantesques de ce nouveau modèle économique circulaire et se tourner vers l’avenir au lieu de le fuir.

 

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