Alors que le Royaume-Uni quittera  officiellement le giron de l’Union européenne en mars 2019, de nombreux établissements bancaires prestigieux œuvrent en coulisses et depuis des mois à tenter de trouver un « point de chute » à plusieurs milliers de salariés après le Brexit. Les potentielles « terres d’accueil », comme Paris ou Francfort, continuent de jouer des coudes pour attirer ces employés en déshérence.

« Brexodus ». Voici le néologisme qui fleurit depuis maintenant plusieurs mois dans les couloirs de la City. La semaine dernière, Catherine McGuinness, responsable de l’administration locale de la City of London, a tenté, pour la première fois, de chiffrer les emplois susceptibles de « traverser la Manche » une fois le Brexit entériné : une fourchette – résolument large – oscillant entre 3 500 et 12 000 emplois.  « Nous ne prévoyons pas un important Brexodus dans un premier temps. Mais tout va dépendre de la manière dont les choses vont tourner. A long terme, on pourrait assister à de nombreux autres départs », a souligné la responsable qui ne se montre pour autant pas forcément très rassurante pour l’avenir. « De nombreux autres emplois pourraient être perdus sur le long terme », a ajouté Catherine McGuiness, en guise de coup de grâce. Mais la responsable déplore également le fait que le principe de « reconnaissance mutuelle », qui, comme son nom l’indique, aurait permis à la Grande-Bretagne et à l’Union européenne d’accorder de manière réciproque leurs règles financières, n’a pas été très suivi. « Nous nous attendions à ce que la ‘reconnaissance mutuelle’ fasse l’objet d’un soutien plus appuyé », a déploré Catherine McGuiness.


Mais finalement le gouvernement britannique a préféré opter pour la voie de « l’équivalence », de manière à permettre aux établissements financiers d’un pays extérieur à l’Union européenne soumis à une législation similaire de conserver leur accès au marché unique européen. Cependant, l’Union a d’ores et déjà rétorqué qu’il était pour l’heure « hors de question » d’adapter le système d’équivalence qui est le sien aux doléances britanniques.  Certaines personnalités de la City ne partage pas le « pessimisme » de Catherine McGuiness. Ainsi, le patron de Barclays, John McFarlane, s’est montré plus rassurant.  « Je ne pense pas qu’il y aura des dégâts définitifs (pour Londres) », a-t-il déclaré dans un entretien (relayé par Reuters) au titre de ses fonctions de président de l’organisme de promotion de la place financière de Londres, CityUK. Le patron de Barclays s’est dit convaincu « que Londres resterait la première place européenne pour les services financiers car elle offre les marchés les plus profonds et abrite le plus grand nombre de professionnels spécialisés ». De son côté, le vice-gouverneur de la banque d’Angleterre a également « tempéré » les chiffres de Catherine McGuiness, estimant que « moins de 5 000 emplois devraient être transférés au moment du lendemain du Brexit ».

Paris en embuscade

Mais il est bien connu, comme nous le rappelle l’adage, que le malheur des uns faisant le bonheur des autres, ces « transferts » d’emplois peuvent constituer une véritable aubaine pour certaines villes de l’Union européenne, Paris en tête. En effet, la capitale française semble s’imposer, ces derniers mois, comme l’une des destinations privilégiées  pour les salariés de la City en déshérence. Comme rappelé par Les Echos début juillet, ce sont déjà près de 3 000 salariés – soit près de la moitié de son objectif de 10 000 emplois nouveaux créés – tous établissements bancaires confondus (1 000 pour la banque sino-britannique HSBC ou encore 400 pour Bank of America entre autres) – qui devraient ainsi « trouver refuge » au sein de la Ville Lumière. Les raisons de ce nouvel attrait se situent essentiellement dans l’amélioration du climat politique français et la confiance retrouvée des investisseurs corrélées aux réformes impulsées par Emmanuel Macron à l’Elysée il y a un peu plus d’un an.  Et ce n’est pas fini, à en croire le Premier ministre Edouard Philippe qui a annoncé mi-juillet de nouvelles mesures pour amplifier le mouvement.  Pour séduire les gestionnaires de fonds, l’hôte de Matignon avait notamment affirmé que le “carried interest” perçu hors de France serait fiscalisé en France comme un revenu du capital et non plus du travail, réduisant ainsi l’imposition des impatriés qui bénéficieront de la flat tax à 30%.

De quoi redonner le sourire à la France, perçue aux yeux des investisseurs étrangers sous le quinquennat précédent comme « l’ennemi de la Finance », selon le mot de François Hollande en 2012, lorsqu’il battait la campagne à la conquête de l’Elysée. Ainsi, Paris, après un  « retard à l’allumage » aurait repris le dessus sur Francfort, sa principale concurrente dans cette « opération séduction » à destination des salariés de la City.  Par exemple, Bank of America (qui a officiellement annoncé le transfert de 400 salariés vers Paris) éprouverait de grosses difficultés à recruter à Francfort et envisagerait, de ce fait, de « renforcer son hub à Paris ». D’autant que « Mainhattan », comme est parfois surnommée Francfort, n’accueillera pas les « 4 000 emplois » initialement évoqués par Deutsche Bank à l’été 2017, puisque ce ne seront « que » quelques centaines de transferts qui verront le jour, disséminés dans plusieurs villes de l’Union européenne.  Mais Paris ne doit pas se laisser griser par ces premières victoires. La route est encore longue jusqu’à mars 2019.