Le premier gouvernement d’Edouard Philippe semble avoir davantage privilégié l’expérience – aux postes régaliens – laissant place, comme attendu, à la nouveauté pour les maroquins « moins stratégiques » même si certaines figures, largement connues du grand public, vont se heurter, pour la première fois, à l’exercice du pouvoir.

Ils seront 22 à œuvrer pour la France. Le premier gouvernement de l’ère Macron – hormis certains maroquins moins stratégiques – a essentiellement fait la part belle à l’expérience, reléguant à l’arrière-ban – provisoirement ? –  les promesses de campagne du candidat, à savoir le renouvellement et la parité. Sur ce dernier aspect, comme de nombreux responsables avant lui, si l’équilibre est scrupuleusement respecté (11 hommes pour 11 femmes), force est de constater qu’aucune femme n’occupe la fonction de ministre d’Etat. Dans l’ordre protocolaire, la première femme apparaît à la quatrième place, en l’occurrence Sylvie Goulard qui gèrera le portefeuille nouvellement rebaptisé des armées mais sans titre honorifique de ministre d’Etat, titres uniquement dévolus à Gérard Collomb, Nicolas Hulot et François Bayrou.


De plus, le ministère des droits des femmes « plein et entier » promis par le candidat d’En Marche! pendant la campagne est devenu un « simple » secrétariat d’Etat. En ce qui concerne maintenant les équilibres politiques, Les Républicains « Macron-compatibles » comme Bruno Le Maire et l’édile de Tourcoing, Gérald Darmanin, héritent, d’une place de choix puisqu’ils s’emparent de la citadelle de Bercy, respectivement à l’Economie et aux comptes publics. Le MoDem est lui aussi particulièrement bien servi avec un poste de ministre d’Etat, ministre de la Justice pour Bayrou, et les Affaires européennes pour la fidèle Marielle de Sarnez. Tour d’horizon des principales personnalités du gouvernement Philippe.

Gérard Collomb (Ministre de l’Intérieur)

Membre du premier cercle et ne ménageant pas sa peine durant la campagne, le sénateur-maire de Lyon voit sa fidélité récompensée en devenant numéro 2 du gouvernement au poste stratégique et ultra-exposé de ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur. A l’image d’un Gaston Defferre sous François Mitterrand, Emmanuel Macron semble avoir privilégié l’expérience d’un maire d’une grande ville pour occuper la place Beauvau, constamment sur le devant de la scène. A 70 ans et après 40 ans de vie politique, celui qui a poussé Emmanuel Macron à briguer la magistrature suprême, devient pour la première fois ministre.

Nicolas Hulot (Transition écologique)

La surprise du chef. Incontestablement. Et un joli coup pour Emmanuel Macron s’il ne fallait en retenir un dans la composition de ce gouvernement. Ardemment courtisé par Nicolas Sarkozy et François Hollande, Nicolas Hulot n’avait jamais franchi le Rubicon et s’était toujours tenu à bonne distance des ors des ministères et de la politique en général. D’autant que sa dernière tentative pour concourir à la magistrature suprême s’était soldée par une cinglante défaite en 2011 pour les primaires d’Europe Ecologie Les Verts face à l’ancienne juge Eva Joly.  A 62 ans, il va également vivre sa première expérience ministérielle.

François Bayrou (Ministre de la Justice)

Dans les tuyaux depuis quelques semaines déjà, la nomination de François Bayrou à la Chancellerie n’a pas surpris grand monde. Après avoir rallié Emmanuel Macron dans la dernière ligne droite au mois de février – lui permettant de faire la bascule au-delà des 20% et se qualifier pour le second tour – François Bayrou s’est pleinement investi dans la campagne du fondateur d’En Marche!, sans aigreur, là où son cadet a réussi là où l’ancien maire de Pau a toujours échoué : à savoir briser le vieux clivage droite / gauche et œuvrer à la recomposition du paysage politique français. Désormais François Bayrou va plancher à la rédaction de son fameux projet de loi sur la moralisation de la vie publique.

Bruno Le Maire (Ministre de l’Economie)

La patience est une vertu et ce n’est pas Bruno Le Maire qui va démentir l’adage. Aux prises avec François Baroin pour accéder à Bercy en 2011 après la nomination de Christine Lagarde au FMI, l’ancien chef de cabinet de Dominique de Villepin échouera dans cette entreprise au regard d’un poids politique considéré – à juste titre à l’époque – comme trop faible. Six ans plus tard, l’heure de la revanche a sonné et Bruno Le Maire récupère le maroquin tant convoité faisant office de « prise de guerre » au regard de son appartenance aux Républicains. Une solide performance surtout après ses 2,4% des voix lors de la dernière primaire de la droite et du centre.

Laura Flessel (Ministre des Sports)

L’autre « demi » surprise du gouvernement Philippe. L’ancienne championne olympique d’escrime est la personnalité la plus emblématique issue de la société civile à se retrouver sur le devant de la scène politique.  Elle s’est mise « en marche » de manière plus active durant l’entre-deux tours où, avec une soixantaine de sportifs, elle a signé un appel à voter pour Emmanuel Macron. Une quinzaine de jours plus tard, la voici ministre. Avec un challenge de taille : redonner ces lettres de noblesse à un maroquin souvent qualifié de refuge pour anciens sportifs aux abois ou faisant office de recasage pour inconnus en déshérence.