Le 19 novembre, dans une lettre adressée aux administrateurs de Danone, le fonds activiste Bluebell Capital Partners, actionnaire depuis la fin de l’année 2020 du groupe alimentaire à hauteur de 5%, contestait la gestion ainsi que la performance boursière du groupe. Considérées comme décevantes, le fonds dénonce la gestion menée par Emmanuel Faber

Quatre jours après l’envoi de cette lettre, Danone annonçait un vaste plan de réorganisation du groupe, incluant une baisse des effectifs de deux mille postes dans le monde dont quatre cents en France et un allègement de la direction centrale, au profit d’une organisation « par pays ».

Une première lecture hâtive pourrait laisser penser que le cas Danone ajoute à la liste des sociétés déjà longue subissant une pression activiste. Il est vrai qu’aucune entreprise n’est désormais immune à la critique activiste. Car si l’on observe un certain recul ces derniers mois des attaques activistes, en conséquence du contexte de la pandémie -24 campagnes lancées au troisième trimestre 2020, soit une diminution de 54% par rapport au 3ème trimestre 2019, (Lazard’s Shareholder Advisory Group, Review of shareholder activism, Q3 2020) – la tendance de fond est désormais installée et irréversible.

Elle traduit un phénomène majeur selon lequel l’actionnaire minoritaire ne se contente plus d’un traitement purement capitalistique de sa participation, qu’il entend exercer une influence sur l’émetteur. A cet égard, l’activisme actionnarial illustre l’émergence d’une nouvelle ère marquée par un principe de redevabilité.

Les actionnaires activistes et leurs interventions font désormais partie intégrante de la vie des émetteurs, qui doivent en conséquence identifier leurs vulnérabilités en amont afin d’anticiper les demandes et les éventuelles campagnes.

Cependant, l’attaque subie par Danone se distingue car cette fois, la cible est une entreprise à mission. En effet, en juin 2020 Danone est devenue la première entreprise du CAC 40 à se transformer en entreprise à mission, avec l’approbation de plus de 99 % de ses actionnaires.

« Avec pour mission d’apporter la santé par l’alimentation au plus grand nombre » et d’inspirer des habitudes alimentaires et de consommation plus saines et plus durables, en ligne avec sa vision Danone, One Planet. One Health, Danone a fait le choix de placer la santé et l’environnement au cœur de son activité et de sa performance.

On comprend dès lors que cette attaque activiste prenne un relief particulier. Elle pose l’interrogation cardinale de la compatibilité de deux valeurs que l’entreprise doit aujourd’hui créer, économique et financière d’un côté, écologique et humaine de l’autre, double création de valeur désignée par Danone par « création de valeur durable ».

La preuve est faite que la prise en compte de la santé et de l’environnement oblige l’émetteur et l’écosystème à s’inscrire dans un temps long, ce dont on ne peut que se féliciter.

Pour autant, la faculté d’apporter une réponse appropriée et économiquement viable au défi de la conciliation des différents intérêts en présence, notamment ceux des actionnaires, des salariés, de l’environnement, de la santé dans le cas de Danone, est déterminante. Elle est d’autant plus essentielle que toutes les entreprises confrontées au passage, Ô combien délicat et coûteux, du marron au vert, sont confrontées à ce défi.

Voyons donc dans cette interpellation le pragmatisme et l’exigence de l’activiste actionnarial qui demande à l’entreprises de concilier performance économique et performance écologique.

Dès lors, la question que Bluebell Capital Partners pose n’est pas tant de considérer s’il est souhaitable de concilier ces deux valeurs, ce qui semble s’imposer, mais de savoir si Danone et son président, Emmanuel Faber, sont en mesure d’y parvenir.

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