La semaine dernière, trois éléments d’importance capitale ont illustré le virage brutal de Tesla, Porsche et Mercedes en direction des voitures électriques, et ce bien plus tôt que de nombreux experts ne l’avaient prédit.

Vendredi dernier, Tesla a livré la première fournée de ses voitures électriques Model 3 à des clients situés aux Etats-Unis, la Tesla Model 3 étant par ailleurs une voiture très attendue, et d’un coût raisonnable. Pendant ce temps, en Allemagne, le vainqueur du 24 Heures du Mans 2017, Porsche, annonçait sa décision de quitter le monde du carburant représenté par le Championnat du Monde d’Endurance – y compris les 24 Heures du Mans – en faveur des voitures électriques de la Formule E.

Son nouveau modèle destiné au grand public faisant finalement son entrée dans les salons de l’automobile, Tesla proposera la Model 3 à un prix démarrant à 35 000 dollars pour une voiture ayant une autonomie de 354 km. On peut opter pour la version à 498 km, pour 44 000 dollars. Parvenant enfin à son but d’offrir un véhicule électrique à prix raisonnable pour le grand public, l’unique problème rencontré par Tesla est de maintenir le cap de son plan auto-imposé d’une production très importante de 400 000 unités d’ici la fin 2018.

Annonçant une mauvaise nouvelle de plus en ce qui concerne les futures courses des moteurs essence et diesel, Mercedes Benz  a confirmé son entrée dans la Formule E et sa sortie du championnat allemand des voitures de tourisme. L’entreprise continuera bien sûr à faire concourir sa productive équipe F1 dans sa course à un quatrième titre consécutif de constructeur.

À la fin de l’année dernière, Audi s’est retiré des courses du Championnat du Monde d’Endurance, parmi lesquels les 24 Heures du Mans, pour se concentrer sur la Formule E. Les deux constructeurs Audi et Porsche s’étant donc tous deux retirés de la course du Mans, Toyota va à présent étudier sérieusement ses options vis-à-vis de cette forme prototype de sport automobile, particulièrement après que son PDG, Akio Toyoda, a récemment annoncé que son entreprise retournerait au Mans l’année prochaine.

Connu pour ses victoires légendaires au 24H du Mans à la fin des années 80, et plus récemment pour ses deux titres remportés lorsque la F-Pace triompha au World Car Awards (prix mondial de la Voiture de l’année) de cette année, Jaguar a également fait part de ses plans de ne plus concourir qu’en Formule E.

Tout en notant qu’un nombre encore plus important de constructeurs automobiles est censé quitter les formes établies de sport automobile dans un futur très proche, les constructeurs déjà en concurrence en Formule E sont Renault, Audi, BMW, Citroën, Venturi Automobiles, Faraday Future, NIO et Jaguar.

Les nouvelles du monde de la Formule 1 indiquent que Honda va mettre fin à son accord d’approvisionnement de moteur avec McLaren à la fin 2017, et que le constructeur s’est retiré des négociations d’approvisionnement de moteur avec l’équipe Sauber F1 pour 2018. Aventurons-nous à dire que Honda, dont le retour en F1 avec McLaren fut une calamité, ferait mieux d’investir son expertise et ses bénéfices du sport automobile dans la Formule E.

Dans cette année décisive pour les véhicules électriques, Nissan introduira son tout nouveau modèle électrique Leaf à l’échelle mondiale, au cours du quatrième trimestre 2017. Lancée en 2010, la Leaf originale était la première voiture électrique au monde produite pour le grand public, et constitue la meilleure vente de véhicules électrique à ce jour. Cela fait suite à l’étonnante annonce de Volvo survenue début juillet, selon laquelle le constructeur planifierait de ne plus offrir que des voitures électriques ou hybrides après 2019. Cela fait suite également à la révélation de Porsche qui faisait savoir que la marque dédiera la moitié de sa production annuelle aux véhicules électriques d’ici 2023.

La Chine a plus d’une douzaine de constructeurs (sans compter le bien plus grand nombre de constructeurs de voitures à essence) qui produisent plus de trente-deux voitures électriques. De plus, des entreprises de renommée internationale telles que BYD, Faraday Future et NIO vont de l’avant dans le développement de véhicules électriques afin de pouvoir répondre à la demande croissantee à l’échelle nationale et à l’étranger. Il est ainsi prévu que ce chiffre gonfle rapidement dans les prochaines années.

Néanmoins, tandis que la Chine et Tesla progressent dans la production de voitures électriques en même temps que la Formule E prend de l’ampleur, l’unique difficulté concernant chacun des constructeurs est la demande grandissante de batteries, et les matières premières nécessaires pour les produire.

L’approvisionnement en matières premières pour la production de batterie de type lithium, cobalt, nickel et graphite peut-il suivre la cadence du marché en plein essor ? Cela demeure incertain. D’après l’institut d’études géologiques des Etats-Unis l’approvisionnement en lithium est satisfaisant pour l’instant. En revanche, il n’en est pas de même pour le cobalt. Etant donné que les deux tiers de l’approvisionnement du monde en cobalt proviennent de la République Démocratique du Congo, un pays faisant une application douteuse des droits de l’homme et pratiquant le travail forcé, la fourniture de ces matières de la plus haute importance pourrait devenir problématique.

Au vu de la forte croissance que connaît la Chine en matière de véhicules électriques, et du demi-million de commandes reçues par Tesla pour son Model 3, la vitesse à laquelle la demande de batteries dépassera l’approvisionnement pourrait déterminer le nombre de constructions de voitures électriques dans le futur.

Le succès sur le long terme de l’effort du secteur dans l’électrique reposera sur la capacité de ce dernier à répondre ou non à l’avide demande de batteries, et à trouver ou non de quoi remplacer les matières qui viendraient à manquer.