Alors que Nicolas Hulot vient d’annoncer la fin de la commercialisation du moteur à combustion comme mesure phare d’ici à 2040, Volvo excelle dans l’art du timing en annonçant que d’ici à 2019 tous leurs modèles seront soit tout électrique soit hybride. Il est temps d’observer ce à quoi ressemble Volvo sous la coupe de Geely, le constructeur automobile chinois qui en est le propriétaire.

L’entreprise est intelligente, fortifiée par l’investissement de capitaux permettant de développer des produits étonnants et innovants; elle évolue de plus en plus efficacement afin d’assurer sa pérennité sur un marché bien occupé. L’annonce de mercredi, révélant qu’à partir de 2019 tous les modèles Volvo seront des véhicules électriques ou des hybrides à groupe motopropulseur, est audacieuse. Et pour une si petite entreprise, au milieu d’un marché si grand et si compétitif que celui de la production automobile mondiale, l’audace peut s’avérer gagnante.

L’histoire de Volvo nous montre ce qui peut arriver aux constructeurs automobiles indépendants. Son histoire a connu des hauts et des bas pendant des dizaines d’années, des moments très délicats survenant après les plus grandes prises de risques. Les périodes couronnées d’un succès grisant ont été ponctuées de situations où l’entreprise a frôlé l’échec.

Volvo est l’un des rares constructeurs automobiles de sa taille et de son envergure qui puisse opérer un changement si radical avec une telle confiance. Les Volvo sont des voitures de luxe, ce qui signifie que les acheteurs risquent d’être moins nombreux si le coût des batteries provoque une hausse du prix final. L’entreprise a également un engagement historique en matière de gestion environnementale, qui date d’il y a plusieurs décennies – le passage à la propulsion exclusivement électrique est une extension moderne de ce positionnement.

Si l’annonce de Volvo a fait du bruit à Gothenburg (Suède), le changement annoncé n’est pas tout à fait aussi bouleversant qu’il en a l’air. Il y aura encore des moteurs à essence et des hybrides légers pendant un bon moment. Le fait de supprimer de sa gamme la voiture à moteur unique peut être perçu comme un effort hypocritement écologique qui consiste à ne proposer aux acheteurs que des voitures plus coûteuses, en supprimant les options plus économiques. Cependant, on peut mettre en doute une telle stratégie. Les hybrides ont principalement deux systèmes de propulsion complets fonctionnant côte-à-côte: il n’est donc pas possible de les rendre moins coûteux sans percées technologiques. Plutôt que d’attendre indéfiniment que cela n’arrive, retirer ces modèles de son catalogue est probablement une meilleure décision.

Peut-être qu’au bout du compte Volvo n’aura pas à subir de perte financière dans son passage au tout électrique. Si les groupes motopropulseurs électriques sont plus cher, principalement à cause des batteries, en prenant en compte tout ce que Volvo n’aura plus à faire, le constructeur peut même réaliser des économies : les tests d’émissions ou les certifications; le développement d’une combustion interne coûteuse pour faire durer le petit peu de performance restant; l’économie de carburant, ou la conformité du tuyau d’échappement. Volvo économisera donc ces charges que le constructeur devait doublonner pour les modèles essence et les modèles diesel.

Au lieu de cela, Volvo peut dès à présent réduire ses coûts en diminuant progressivement le moulage des blocs-moteurs, l’achat des convertisseurs catalytiques. Le constructeur suédois nous débarrassera d’une habitude, qui sera vite perçue d’un autre temps, de remplir nos véhicules de combustibles naturels millénaires. Cela représente beaucoup pour un constructeur automobile à la fois aussi grand et aussi petit que l’est Volvo. D’un côté, Volvo est un constructeur à l’échelle mondiale, qui produit des voitures de luxe réputées dans le monde entier mais de l’autre, les ventes totales de Volvo sont très éloignées de celles des géants du secteur.

Volvo est tout de même bien positionné sur ce marché. Si sa gamme de produits est assez réduite, elle cible des consommateurs prêts à investir dans des modèles haut de gamme. De plus, la qualité de la conception et le style sont deux éléments qui, depuis au moins quinze ans, sont fortement associés à l’image de Volvo, cela va jouer en sa faveur et l’on peut envisager que l’effet Tesla bénéficiera également à Volvo.

Pour l’instant, après une telle annonce, la pression ne va faire qu’augmenter pour le constructeur.