Comme c’était le cas il y a peu sur les enjeux du développement durable, le secteur du bâtiment et plus spécifiquement sa composante énergétique, a constamment besoin de gagner en valeur. Aujourd’hui, l’argument principal réside dans les services aux usagers, thématique en plein développement. Les solutions fleurissent, poussées par les entreprises du numérique (SSII, ESN, start-up…) et développées en partenariat avec les grands acteurs de la chaîne de valeur des équipements électriques du bâtiment, focalisés sur sa gestion et son pilotage tout au long de son cycle de vie. Le « Building as a service », la nouvelle locomotive du secteur du bâtiment ?

Parmi les services offerts par le bâtiment, on distingue les services aux usagers, mais aussi les services d’ordre énergétiques et ceux apportant une aide à l’exploitation et à la maintenance du bâtiment.

Le bâtiment comme plateforme de services


Du côté des usagers, l’objectif est de leur faire vivre une vraie expérience utilisateur. Elle peut débuter par un système de contrôle d’accès rattaché à la gestion technique du bâtiment (GTB), qui, après leur avoir ouvert les portes, appellera l’ascenseur, allumera l’ensemble des luminaires jusqu’au poste de travail, allumera son poste et ouvrira ses stores avant même son arrivée à son bureau. Cette expérience peut être enrichie de fonctionnalités supplémentaires, comme la gestion de l’éclairage, des ouvrants ou du chauffage et pourra intégrer un plan du bâtiment, des détecteurs de présence pour déterminer l’occupation des salles de réunion, ou encore des « Web Services » : menu du restaurant d’entreprise, horaires des transports en commun, plateforme de covoiturage, météo…

Certains de ces services aux usagers concourent également au suivi et au pilotage des consommations énergétiques, première brique du « Building as a Service ». Ces solutions, développées pour améliorer l’efficacité des bâtiments, se composent de trois parties : les capteurs transmettent les informations aux centrales de traitement des données, qui les transmettent à leur tour vers des logiciels de pilotage énergétique.

L’aspect énergétique relève davantage de l’exploitant, lui permettant de suivre l’évolution de son bâtiment et de ses équipements pendant tout leur cycle de vie. Il pourra ainsi, en se basant sur l’évolution des consommations de son bâtiment, mettre en place des actions de maintenance préventives, évitant ainsi à un équipement défaillant ou mal entretenu de faire grimper les consommations. Par l’intermédiaire des capteurs reliés à la maquette numérique du bâtiment (BIM), l’exploitant peut déterminer précisément l’équipement défaillant.

Des offres à forte valeur ajoutée

Le « Building as a Service » implique un bâtiment ultra connecté (porté par le dispositif d’État Plan Transition numérique du bâtiment), équipé de capteurs, de contrôleurs, d’automates, de matériaux et d’équipements de dernière génération. Il est ainsi traversé par davantage de câbles pour l’alimentation des équipements et embarque de l’intelligence, ce qui n’est pas le cas d’un bâtiment conventionnel, qui s’apparente davantage à une simple coquille.

Cette nouvelle façon d’appréhender la réflexion sur le bâtiment appelle aussi à une mutation de la filière. Les différents corps d’état qui interviennent sur le bâtiment devront être sensibles à ces enjeux et formés pour y répondre. Les métiers traditionnels du bâtiment se verront eux-mêmes modifiés : l’électricien devra intégrer des compétences en programmation informatique pour paramétrer les équipements qu’il installe, le tableautier devra savoir mettre en place des architectures plus complexes et intégrant de la connectivité et les bétonneurs verront leur tâche dictée par ces nouvelles contraintes.

Le bâtiment intelligent est donc une formidable opportunité donnée à la filière pour se réinventer et offrir des prestations plus techniques, apportant davantage de valeur ajoutée.

La filière monte en gamme

Mais cette valeur ajoutée se retrouve également dans les équipements vendus par les fabricants : systèmes de chauffage, ventilation ou climatisation (CVC) innovants et plus efficaces, objets connectés en nombre pour le suivi des consommations, le pilotage des équipements ou encore la distribution électrique, matériaux techniques pour l’enveloppe, systèmes de surveillance et de contrôle d’accès de dernière génération et éventuellement des systèmes de production d’énergie. Toutes ces nouvelles solutions créent des postes à forte valeur ajoutée, dans les départements R&D, mais aussi commerciaux, en raison de la montée en gamme des offres.

En offrant tous ces services, le bâtiment justifie ainsi son coût, bien plus important que celui d’un bâtiment traditionnel. D’autant que cet investissement de départ se retrouvera, pour une grande part, amorti par les économies réalisées au niveau des consommations, mais aussi de l’identification des pannes et de la maintenance.

Le « Building as a Service », nouvel argument choc

Comme c’était le cas pour la « valeur verte » du bâtiment il y a quelques années, la montée en gamme des prestations offertes est un argument de poids pour les exploitants. En effet, une foule de labels existe aujourd’hui pour évaluer l’aspect durable des bâtiments. Ces labels, créés pour la plupart entre 2005 et 2015, lors des périodes de creux pour le secteur du bâtiment, étaient un moyen à la filière de se réinventer et de développer de nouvelles offres. Le mouvement avance à grands pas jusqu’en 2008 et la crise financière, qui ralentit drastiquement ces initiatives. Le train repart au moment de la sortie de crise et le sujet revêt aujourd’hui une importance toute particulière.

Sauf qu’aujourd’hui, l’argument choc pour vendre un bâtiment n’est plus la seule valeur verte, mais la durabilité associée aux services. L’élan de durabilité qu’a connu le bâtiment est pratiquement considéré comme un acquis, point que l’on retrouve notamment dans la loi avec la Réglementation Thermique (RT2012) et la Réglementation Bâtiment Responsable (RBR2020) qui prendra le relai. Si l’aspect durable, économe et neutre en carbone est aujourd’hui, dans une certaine proportion, une obligation, il fallait trouver d’autres leviers pour se réinventer.

Argument choc, les services sont présents partout dans notre vie quotidienne, notamment grâce à l’arrivée massive des smartphones et des applications et objets connectés associés. Le bâtiment n’a donc fait que suivre une grande tendance de société.

Gagnant, gagnant, gagnant

Tous les acteurs se retrouvent dans ce bâtiment intelligent, connecté, durable, serviable… Qu’il s’agisse du bureau d’études, qui passera plus de temps sur la phase de conception, du maître d’ouvrage, qui vendra son bâtiment pour ses services à un prix supérieur, de l’exploitant, qui gagnera du temps à maintenir son bâtiment, du fabricant de matériel électrique, qui vendra des équipements à plus haute valeur ajoutée, de la maîtrise d’œuvre, qui facturera davantage de matière grise au maître d’ouvrage, jusqu’à l’usager, qui disposera d’un bâtiment vivant et intelligent, un véritable outil de travail.