La plateforme TikTok a été contrainte de s’excuser après avoir suspendu le compte d’une adolescente qui partageait des vidéos illustrant les violations des droits de l’homme en Chine. Cette affaire fait la une alors que le gouvernement américain vient de demander un contrôle en matière de sécurité et de censure de l’application à succès, détenue par la société de technologie chinoise ByteDance.

Le 23 novembre dernier, l’utilisatrice Feroza Aziz a posté sur TikTok une vidéo rapidement devenue virale, qui a en apparence tout l’air d’un tuto de maquillage, mais qui traite en réalité des violations présumées des droits humains commises par les autorités chinoises envers les Ouïghours.


La vidéo a été retirée de la plateforme chinoise exactement 50 minutes après avoir été partagée. Dans une déclaration adressée quelques heures plus tard, TikTok présente ses excuses et fait porter le chapeau à une « erreur humaine de modération ».

 

Ce n’est pas la première fois que TikTok a affaire à la jeune fille de 17 ans. Lundi déjà, Feroza Aziz s’était inscrite sur Twitter pour annoncer que son compte TikTok avait été suspendu pendant un mois pour « de multiples violations » des consignes communautaires de la plateforme. Voici ce qu’affirme TikTok : la jeune fille, qui avait plusieurs comptes sur l’application, a vu son premier compte (getmefamousplzsir) suspendu le 14 novembre après qu’elle a posté une vidéo satirique incluant une image d’Oussama ben Laden. Selon TikTok, la vidéo ne respectait pas ses directives sur le contenu en rapport au terrorisme. Le même jour, Feroza Aziz s’est donc créé un deuxième compte sur la plateforme (getmefamouspartthree) avec le même téléphone qu’elle avait utilisé pour son premier compte. C’est sur ce nouveau compte qu’elle a posté la vidéo au sujet de la Chine.

TikTok annonce avoir interdit l’accès sur sa plateforme à plus de 2000 appareils liés à des comptes ne respectant pas les consignes, notamment le téléphone de l’Américaine à partir duquel le premier compte avait été supprimé. Dès lors, il a donc été impossible pour Feroza Aziz de se connecter à son nouveau compte, bien que ce dernier reste actif.

La gestion controversée de la fameuse vidéo par TikTok, ainsi que la suspension des comptes et de l’appareil de la jeune fille, ont ravivé les inquiétudes au sujet de la modération de la plateforme. Feroza Aziz a qualifié les agissements de la société de « suspects ». TikTok a donc présenté ses excuses et a annoncé avoir levé l’interdiction d’accès sur le téléphone de la jeune militante. La société insiste sur le fait que la suppression de la vidéo était une erreur humaine et que la séquence a été remise en ligne une fois l’erreur constatée. Elle a également publié une chronologie des événements relatifs à la controverse, disponible ici.

En septembre dernier, les directives de modération du contenu TikTok avaient été récupérées par The Guardian, qui avait par la suite révélé que le personnel avait reçu l’ordre de s’occuper des vidéos traitant de sujets sensibles pour la Chine, comme le massacre de la place Tian’anmen, le Tibet ou encore le contenu pro-LGBT.

Feroza Aziz a répondu aux excuses de TikTok sur Twitter : « tik tok m’a présenté des excuses publiques et m’a rendu l’accès à mon compte. Est-ce que je pense qu’il avait été supprimé à cause d’une vidéo satirique non apparentée supprimée de mon ancien compte, lui aussi supprimé ? Alors que je venais de partager une vidéo en 3 parties sur les Ouïghours ? Non ».

Les vidéos de la jeune Américaine sont un parfait exemple de la façon dont les jeunes utilisateurs de l’application emploient des tactiques créatives pour parler de problèmes sociaux urgents. L’application Douyin, une version de TikTok disponible uniquement en Chine qui fait l’objet d’une forte censure, a déjà été utilisée par les Ouïghours pour attirer l’attention sur les membres de leur famille détenus par les autorités chinoises.

Feroza Aziz et d’autres militants tentent d’attirer l’attention sur la politique chinoise de détention massive ciblant les Ouïghours et d’autres groupes ethniques musulmans majoritaires dans la région du Xinjiang, à l’extrême ouest du pays. Au début du mois de novembre, le Consortium international des journalistes d’investigation a publié une série de documents du gouvernement chinois ayant fait l’objet de fuites qui révèlent le fonctionnement des camps d’internement sécurisés pouvant accueillir jusqu’à 1 million de personnes. La Chine affirme que les camps avaient été installés à des fins de formation bénévole, mais les documents fuités ont poussé l’ONU et le Royaume-Uni à réclamer un accès sans interruption à la région.

Selon Reuters, l’entreprise ByteDance a pris des mesures pour soustraire TikTok à ses activités chinoises, afin de ne pas être contrainte par le gouvernement américain à vendre l’application à succès. Le sénateur Chuck Schumer a exhorté le gouvernement américain et l’armée à étudier le cas de ByteDance. Il souhaite en effet examiner la possibilité que l’application injecte une censure chinoise sur les réseaux sociaux américains, tout en ayant accès aux données sensibles des utilisateurs.