Nissan et la NASA construisent une voiture dotée de son propre cerveau. Dans la zone de test du Centre de Recherche de Nissan (NRC) dans la Silicon Valley, Liam Pedersen présente le véhicule futuriste à une foule de journalistes. « Cette Nissan Leaf ressemble à une voiture mais il s’agit en fait d’un robot » précise-t-il. L’ancien chercheur en robotique de la NASA ayant participé à la conception du Mars rover est désormais le principal chercheur en matière de véhicules autonomes chez Nissan.

 


Il décrit sa mission en comparant Mars et la Terre : « Quel est le point commun entre notre prototype de véhicule autonome Nissan Leaf et le Mars rover ? Ils sont tous deux dotés de systèmes autonomes similaires pour naviguer dans leurs environnements respectifs. Sur Mars, les robots comme le Mars rover, doivent pouvoir appréhender leur environnement. Ils doivent décider eux-mêmes de ce qu’ils doivent faire. Et c’est ce qu’une voiture robot doit pouvoir faire sur Terre. »

 

Les voitures robot sont dotées de caméras, de capteurs et de logiciels complexes. L’équipe dirigée par Liam Peterson est responsable de la création des logiciels d’intelligence artificielle permettant à la voiture autonome du futur de fonctionner. 

 

Lors de l’édition du CES de 2018, Nissan a présenté à nouveau son engagement envers les véhicules autonomes en annonçant que Nissan Amérique du Nord avait accepté de poursuivre sa collaboration avec le Ames Research Center de la NASA, situé en Californie, au cœur de la Silicon Valley. Cette collaboration a pour but la recherche et le développement de la technologie sur laquelle se baseront les futurs services de mobilité autonome. Nissan est actuellement le seul constructeur automobile à collaborer avec la NASA pour la conception de la nouvelle génération de véhicules autonomes.

 

Mais avant tout, établissons les bases. Beaucoup de personnes se demandent tout simplement quelle est l’utilité des véhicules autonomes. « La sécurité est notre priorité », explique Liam Pedersen. « Chaque année, les accidents de la route tuent plus de 20 000 personnes par an aux États-Unis et la plupart des victimes ont moins de 25 ans. Et nous pensons pouvoir agir à ce niveau. L’encombrement des routes est une autre raison. Chaque jour, je passe deux heures dans les embouteillages. Une plus grande mise en place de la mobilité autonome permettrait de désencombrer les routes et de réduire la durée de nos trajets. Les véhicules autonomes permettent également de mettre en place de nouveaux types de transports. Par exemple, grâce au covoiturage, les véhicules électriques sont plus abordables. »

 

Liam Pedersen pense qu’en créant ce nouveau monde plus sûr, plus efficace et plus propre, les véhicules électriques et la conduite autonome pourront en tirer profit. « Ces deux technologies vont de paire, explique Liam Pedersen. Avec l’utilisation des technologies de conduite autonome, nous pouvons rendre les véhicules électriques plus économiques et diminuer les émissions de CO2. Nous souhaitons atteindre l’objectif de 0 émission et 0 mort sur la route. »

 

Le directeur néerlandais du Centre de Recherche de Nissan et ancien ingénieur pour la NASA, Marteen Sierhuis, déclare : « Les véhicules autonomes auront toujours besoin de notre aide. Tous les systèmes autonomes sont construits par des humains et pour des humains, alors les véhicules devront interagir avec des humains. Afin d’exécuter parfaitement la transition robot-humain, Nissan a conçu un système d’intégration sans à-coup, il s’agit du SAM ou Seamless Autonomous Mobility. C’est un système de support pour les systèmes autonomes et les réseaux de transports en commun comparable au système de contrôle du trafic aérien qui gère des milliers d’avions. Mais il y a quand même des humains qui peuvent gérer et observer l’espace aérien à distance. Le SAM utilise différentes caméras, le LiDAR, un télémètre laser, un radar millimétrique et d’autres systèmes lui permettant d’interagir avec l’extérieur en toute fluidité.

 

Liam Pedersen explique que l’un des enjeux majeurs du système est de savoir s’adapter à notre société : « Imaginons que vous arrivez à une intersection. Il y a des feux de circulation, des piétons traversent la route, des cyclistes et des automobilistes voulant passer en premier. Un humain peut facilement analyser la situation, mais c’est très difficile pour un robot. » Le robot doit apprendre à interagir avec des personnes et d’autres voitures de manière civilisée. S’il se comporte bizarrement, les automobilistes autour de lui vont aussi devoir adopter un comportement dangereux pour l’éviter.

 

« La société doit accepter les voitures robot. La priorité est de ne pas déranger les personnes autour en étant trop poli, trop lent, trop hésitant. Nous devons à tout prix éviter cela car se serait inacceptable », explique Liam Pedersen.

 

« Par exemple, en cas de travaux sur la route, un ouvrier peut vous indiquer de passer alors qu’un feu rouge vous interdit le passage. Que va faire le robot dans cette situation ? ». Un automobiliste peut rencontrer des situations similaires tous les jours. Nissan doit faire en sorte que le robot puisse gérer de tels cas de figure. La voiture autonome doit toujours avoir la possibilité de demander de l’aide à un humain dans ce genre de situation.

 

Comme un Big Brother, le système de contrôle piloté par l’humain sait toujours où les véhicules sont situés et s’ils ont besoin d’aide. Si la personne présente dans le véhicule ne sais pas conduire, le véhicule peut s’informer à distance sur la manière de se sortir d’une situation délicate.

 

Lorsqu’un véhicule autonome utilise ce système pour détecter un obstacle lors de la conduite, cette information est transférée à un gestionnaire de mobilité humain à distance qui pourra changer l’itinéraire du véhicule pour contourner l’obstacle. Une fois l’itinéraire redéfini, l’intelligence artificielle pourra transférer cette information aux autres véhicules autonomes qui pourront éviter l’obstacle sans intervention extérieure.

 

Selon Liam Pedersen, un système similaire est en phase d’expérimentation par Nissan au Japon, mais sur des voies rapides sans feux de circulation, sans piétons et où toutes les voitures vont dans le même sens. « Cependant, dans la Silicon Valley, nous nous concentrons sur des situations plus complexes avec des feux de circulation, des piétons, des cyclistes et des voitures dans tous les sens de circulation.

 

L’objectif final de Nissan est de fournir un système exhaustif de mobilité fluide. Liam Pedersen ajoute que le système pourra gérer des milliers de véhicules à la fois créant ainsi un gros écosystème de mobilité autonome. Ces technologies autonomes piloteront des services comme les robo-taxis, les robo-livreurs, les robo-navettes ou les robo-covoiturages. C’est une évidence désormais. Les véhicules autonomes sont en route et ils seront là plus vite que vous ne le pensez. Ce partenariat de R&D avec la NASA permet à la mobilité intelligente de Nissan de surmonter quelques ennuis techniques tout en se préparant à un monde où les véhicules autonomes transformeront la société.

 

On pourrait se croire tout droit sorti d’un film de James Cameron, car la voiture robot peut être à la fois bénéfique et un peu effrayante. Beaucoup de personnes sont impatientes de voir ce monde où il n’y aura plus de chauffeurs de taxi. Mais on peut tout de même se demander si les pizzas se livreront toute seules, comment feront-ils pour amener la pizza jusqu’à votre porte s’il n’y a personne pour la porter ?