Ouvrir les perspectives d’orientation et de formation dans le numérique. Un objectif que s’est fixé Innov’Avenir  avec son programme de sensibilisation auprès des jeunes des territoires fragiles. Entretien avec Marjolaine Girard, Responsable du dispositif.

 


La révolution numérique est porteuse d’opportunités sociales et professionnelles nouvelles. Pourtant à l’heure où 80 000 emplois ne sont toujours pas pourvus dans le numérique, et où les études montrent que 60% des métiers de demain n’existent pas encore, le taux de chômage dans les quartiers populaires ne diminue pas. 

Désirée de Lamarzelle : Que propose Innov’Avenir ?

Marjolaine Girard : Le programme Innov’Avenir est porté par l’association Les Entreprises pour la Cité et a été Lauréat d’un PIA (Programme d’Investissement d’Avenir) en 2016. C’est devenu une référence en matière de mobilisation auprès des jeunes des territoires fragiles, après trois années de déploiement et 25 000 bénéficiaires, en matière d’inclusion numérique. Concrètement, Innov’Avenir déploie dans les collèges et lycées de l’éducation prioritaire, ainsi qu’auprès des publics éloignés de l’emploi (Ecoles de la 2nde Chance, missions locales), trois parcours de sensibilisation et composés de sessions de 2h qui peuvent inclure visites d’entreprises et témoignages de collaborateurs et qui aident les jeunes à se projeter dans le monde de l’entreprise, leur apportent des clés de compréhension de l’univers dans lequel ils évoluent, les aident à réfléchir pour mieux se connaître, s’orienter au XXIème siècle.

Quels sont les dispositifs existants de sensibilisation et de formations labellisées pour porter l’inclusion numérique ?

Celles qui nous intéressent ne portent pas tant sur l’évolution au sein des entreprises que sur l’intégration au sein de ces dernières. Cela passe par la nécessité de promouvoir les métiers du numérique mais aussi par la déconstruction des stéréotypes. Comme les associations qui forment les femmes au numériques (Wi-filles, SocialBuilder et Talents du Numérique). Il faut aller mener ce travail de sensibilisation auprès des jeunes des territoires fragiles comme le fait Innov’Avenir avec des formations labellisées « Grande Ecole du Numérique » (dispositif de l’Etat favorisant l’inclusion dans les métiers du numérique) car on pas l’habitude de voir dans les entreprises du numérique ces jeunes issus des territoires fragiles qui sont en recherche d’emploi. Notez que l’école informatique 3W Academy a récemment initié une formation au métier de développeur destinée aux jeunes demandeurs d’emploi de la ville de Sevran, en partenariat avec Pôle Emploi. Des exemples à suivre.

Quel est le principal message d’Innov’Avenir ?

Il est urgent de mettre en place des mesures ambitieuses d’inclusion numérique à destination des jeunes des territoires fragiles, sous peine de voir les inégalités se creuser rapidement. Les « digital native » ont une maîtrise très inégale du numérique. Il y a diverses manières. Il faut que l’Etat renforce son soutien aux programmes tels que le nôtre, mais aussi la formation des enseignants : il ne faut pas oublier de transmettre la culture numérique, les codes, qui permettront aux jeunes des territoires fragiles de naviguer sereinement dans une société digitalisée, et de saisir les opportunités du numérique au même titre que les autres.  

Quelles sont les idées reçues sur le numérique que vous souhaitez combattre ?

La pensée informatique est surtout le symbole d’une autre forme d’apprentissage, d’une ouverture sur le monde, d’une source de savoir et de compréhension au-delà des simples usages. Elle démultiplie le « pouvoir d’agir » et ouvre les perspectives des individus, à chaque étape de leur vie : élève, citoyen, parent… pourtant un rapport de la French Tech Diversité pointait une surreprésentation des hommes issus de grandes écoles dans l’écosystème startup français en 2017. Les idées reçues se situent côté entreprises, les grandes PME comme les start-ups. Nous avons besoin de leur soutien pour combattre les idées reçues en faisant évoluer leurs pratiques, notamment en ouvrant leurs recrutements à des profils moins « classiques », par exemple à des jeunes de niveau infra bac qui ont suivi des formations labellisées Grande Ecole du Numérique. La représentation erronée et genrée de la figure du « geek » doit être déconstruite pour favoriser la mixité. 

Vous espérez beaucoup de la mise en place d’un CAPES informatique, qu’en attendez-vous en particulier ? 

La spécialité « numérique et sciences informatiques » a été choisie par 8,4% des élèves, cela montre  l’intérêt pour ce nouveau type d’enseignement, alors qu’il n’est pas dispensé dans tous les lycées. Les enseignants doivent se former, notamment grâce au CAPES informatique. Si les compétences numériques évoluent, les formats d’apprentissage également. Innov’Avenir propose un projet déployé sur un semestre pour permettre aux jeunes de développer une solution numérique pour rendre leur ville plus solidaire. Cela permet de révéler leur potentiel et de les rendre acteurs de leur territoire en s’emparant des opportunités qu’offre le numérique ( méthode design thinking). Dans la dernière édition qui a réuni plus de 450 jeunes, les collégiens et les lycéens ont développé des solutions nées des problèmes rencontrés dans leur quotidien : projets en faveur de davantage de lien social, de l’économie durable, avec un ancrage territorial fort et des usages innovants.